À propos des processus révolutionnaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient

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Comité international de la IVe Internationale, extrais d’un rapport produit en juin 2021
1. Les causes objectives du soulèvement révolutionnaire dans la région
Ce soulèvement à une échelle régionale est le résultat d’une combinaison de la crise structurelle du capitalisme mondial et d’une grave crise conjoncturelle dans les centres impérialistes en 2008. C’est une crise complexe et multidimensionnelle (économique, financière, sociale, environnementale, politique…) et ses effets dévastateurs ont été ressentis dans beaucoup de pays dépendants, mais particulièrement dans cette région.
La récession économique mondiale de 2008 aux États-Unis, en Europe et même en Chine a entraîné une baisse des prix des matières premières (pétrole, phosphates, etc.) en 2009 et une contraction des marchés des centres occidentaux. Les pays dépendants ont alors connu une forte baisse de leurs recettes d’exportation et une accentuation de leur déficit commercial structurel, tendance qui ne s’est pas inversée avec une reprise lente et chaotique de la croissance depuis lors.
Cependant les soulèvements populaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MOAN) ne sont pas seulement un avatar de la crise économique mondiale de 2008. Celle-ci n’a joué qu’un rôle accélérateur des facteurs structurels spécifiques de l’explosion régionale, qui découlent des modalités spécifiques du mode de production et de reproduction capitaliste dominant dans la région : un capitalisme spéculatif et commercial caractérisé par une recherche de profits à court terme. L’économie de la région est trop concentrée sur l’extraction de pétrole et de gaz naturel, le sous-développement des secteurs productifs, le surdéveloppement des secteurs de services et alimentant diverses formes d’investissements spéculatifs, en particulier dans l’immobilier.
Régimes patrimoniaux, offensive néolibérale et injustices insupportables
Qu’il s’agisse de monarchies absolues, de dictatures républicaines, de systèmes politiques autoritaires ou parlementaires confessionnels, les régimes et gouvernements en place depuis des décennies au Moyen-Orient et en Afrique du Nord se sont généralement distingués par une corruption généralisée et un despotisme politique extrême. Ils ont bloqué le développement de leurs pays en s’appropriant l’appareil de l’État pour piller les richesses et tirer avantage des politiques néolibérales, pour étendre leurs monopoles et dominer tous les secteurs rentables en partenariat avec des capitaux étrangers.
Manquant de légitimité populaire, les différents régimes et États de la région ont souvent nourri des clientèles tribales, confessionnelles et/ou régionales en tant que garanties contre les soulèvements populaires, constituant l’armature du pouvoir avec une hypertrophie des appareils militaires et policiers. L’explication de la persistance de tels facteurs ne devrait surtout pas être cherchée dans une sorte d’« exceptionnalisme » arabe ou islamique, mais est liée à la dynamique du développement inégal et combiné du système capitaliste global.
L’importance de la question socio-économique, et son impact sur le déclenchement des processus révolutionnaires, reste la dimension la plus occultée par les médias internationaux et régionaux, malgré son rôle fondamental. Depuis les années 1980, tous les régimes de la région se sont inscrits dans des dynamiques économiques néolibérales encouragées par les institutions financières internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). Les mesures néolibérales ont servi au démantèlement des services publics, à la suppression de subventions, notamment pour des biens de première nécessité, tout en accélérant les processus de privatisation dans les secteurs de l’industrie, l’immobilier et la finance.
Les réformes néolibérales des régimes du MOAN ont encouragé à des rythmes différents des politiques basées sur l’accueil des investissements directs étrangers, le développement des exportations et de services comme le tourisme et l’immobilier. Les gouvernants ont assuré aux multinationales l’absence ou de faibles taux d’imposition tout en leur garantissant une main-d’œuvre très bon marché. Les appareils répressifs ont servi « d’agent de sécurité » pour ces compagnies, les prémunissant de tous troubles ou revendications sociales. Ces États ont joué le rôle d’entremetteurs pour les capitaux étrangers, tout en garantissant l’enrichissement d’une classe bourgeoise liée au régime.
Les différences des trajectoires des processus révolutionnaires s’expliquent en grande partie par la nature des États de la région – États patrimoniaux (monarchies absolues ou certaines prétendues républiques, comme la Syrie des Assad ou auparavant la Libye des Khadafi), néo-patrimoniaux (dictatures républicaines) et systèmes confessionnels avec des milices puissantes agissant comme défenseurs du statu quo – et par la structure des sociétés (plus ou moins hétérogène), ainsi que par la place de ces États dans le système impérialiste international et régional. Mais globalement, le développement du capitalisme dans la région du MOAN durant ces dernières décennies a débouché sur une polarisation croissante de la société :
• d’un côté, une fraction très réduite de la population, la grande bourgeoisie, étroitement liée à des investisseurs internationaux, a bénéficié du contrôle du pouvoir politique et des secteurs économiques clés ;
• de l’autre, une masse croissante de la population, la classe ouvrière et les couches populaires, a été appauvrie et dépossédée, que ce soit dans les zones urbaines ou dans les zones rurales, les politiques néolibérales débouchant sur des privatisations croissantes.
Les fléaux qu’ont impliqués ces politiques néolibérales sont nombreux : une dégradation majeure des systèmes de santé et d’éducation ; un taux de chômage élevé, particulièrement parmi les jeunes diplômés qui ne trouvent pas de débouchés dans une économie désormais concentrée sur des emplois à faible valeur ajoutée et où le travail qualifié se fait rare ; le sous-emploi et une forte croissance du secteur informel très précaire, conséquences directes de ces mesures ; la migration de centaines de milliers de personnes vers des zones urbaines ou à travers des frontières. Les inégalités sociales, économiques et régionales sont devenues toujours plus aigües.
L’absence de démocratie ou son extrême restriction et l’appauvrissement croissant, dans un climat de corruption et d’inégalités sociales croissantes, ont préparé le terrain à l’insurrection populaire qui ainsi n’attendait plus qu’une étincelle dans ces sociétés. Ces soulèvements populaires sont donc une révolte de masse contre des politiques néolibérales, imposées par des régimes autoritaires assistés par les institutions financières internationales.
2. L’évolution du soulèvement : révolution et contre-révolution dans un processus révolutionnaire à long terme
Le soulèvement populaire qui a commencé à la fin de 2010 et au début de 2011, d’abord en Afrique du Nord et très vite au Moyen-Orient, a été d’une puissance extraordinaire. Il a renversé les têtes des régimes en Tunisie, en Égypte, au Yémen et en Libye et a ouvert une phase nouvelle dans les luttes des peuples de la région. Il a libéré les énergies militantes de toutes les couches sociales qui ont envahi les rues et les places, et plus particulièrement les jeunes et les femmes. Il a brisé la psychologie de peur consacrée par des décennies de tyrannie. Des slogans comme : « Dignité, liberté, justice sociale » et « Le peuple veut la chute du régime » se sont étendus depuis lors dans quasiment tous les pays marqués par la langue et la civilisation arabe. De nouvelles méthodes de lutte auto-organisées se sont développées et ont été partagées, utilisant largement les dimensions culturelles et les outils de communication les plus modernes.
Mais rapidement les régimes de la région ont contre-attaqué pour recouvrer leurs pouvoirs ébranlés, au nom de « la lutte contre le terrorisme » dont ils ont emprunté l’instrumentalisation aux puissances impérialistes. Certains ont réussi à contenir les premières manifestations avant qu’elles ne prennent un caractère insurrectionnel, comme au Maroc ou en Jordanie. D’autres ont étranglé les soulèvements dans la répression, rapidement comme au Bahreïn ou en plusieurs temps comme en Égypte. En Libye, en Syrie et au Yémen, les régimes ont assumé de mener une véritable guerre contre leurs peuples, qui connaissent aujourd’hui des conditions effroyables. En Libye, Khadafi a été abattu, les puissances impérialistes ayant fait le choix de soutenir l’insurrection alors que le régime n’a pas eu de soutien extérieur. C’est le seul cas où l’ancien régime a vraiment disparu, mais pour laisser la place à un chaos qui enterre chaque jour davantage l’espoir qui s’était levé. Dans le cas tunisien, les forces de l’ancien régime les moins compromises se sont rassemblées au sein de Nidaa Tounes et se sont alliées avec le mouvement Ennahda, inspiré par les Frères musulmans, pour gouverner entre 2014 et 2018.
Au Yémen, l’Arabie saoudite a dû « évincer » le dictateur Ali Saleh pour réussir à étouffer le soulèvement, et lui a substitué une guerre civile et régionale toujours en cours, avec le soutien des puissances impérialistes et de puissances régionales dans « l’Alliance arabe » contre les alliés de l’Iran, son meilleur adversaire. Les Émirats arabes unis visent de leur côté à contrôler les points logistiques de transport maritime dans le sud du Golfe et s’imposer comme géant portuaire mondial. En Syrie, il a fallu qu’Assad mène depuis près de 10 ans une guerre totale contre son peuple, avec l’aide déterminée de la Russie de Poutine et de l’Iran des Mollahs, pour espérer mater l’insurrection au prix de la destruction atroce de son pays et de sa société. Et enfin on voit croître le rôle de la Turquie de l’apprenti dictateur Erdogan, qui intervient toujours plus fortement pour mater les aspirations du peuple kurde, en Turquie même, en Irak parfois et surtout en Syrie dans les régions dominées par le PYD, la branche syrienne du PKK. Déployant ses ambitions régionales, il intervient également en Libye pour soutenir un gouvernement proche du mouvement Frères musulmans, soutenu politiquement par son allié le Qatar.
De fait, pour réussir leurs contre-offensives, les régimes oppresseurs ont pu bénéficier des soutiens d’une puissance ou de l’autre. Mais les peuples soulevés ont dû en même temps faire face aux fausses alternatives des diverses forces politiques, souvent armées, du fondamentalisme islamique.
On assiste donc à une montée régionale des différentes faces de la contre-révolution qui essayent d’écraser la révolution et ses acquis. Mais aucune des causes profondes de ces soulèvements n’est réglée, et jamais la seule répression n’a réussi à stabiliser des formations sociales. On l’a vu en Syrie où des régions retombées sous le joug du régime ont vu fleurir de nouvelles manifestations, on l’a vu récemment en Égypte où la colère gronde contre le nouveau dictateur Sissi. Mais surtout, en 2019 une nouvelle vague de révoltes a vu le jour, dans des pays qui avaient échappé dans un premier temps au soulèvement, car encore très marqués par des dimensions de guerres civiles récentes : Irak, Liban, Soudan et Algérie.
3. La nature des contre-offensives des régimes, des impérialistes et des courants religieux réactionnaires
Le processus révolutionnaire dans la région est un laboratoire de grandes espérances et d’héroïsme révolutionnaire émanant des profondeurs des peuples, mais il est en même temps devenu le théâtre de l’intervention de forces impérialistes et de régimes réactionnaires aux niveaux local et régional qui alimentent la barbarie et les guerres civiles, causant d’innombrables victimes, des réfugié·e·s et déplacé·e·s.
Les anciens régimes, avec leurs différences, restent les acteurs principaux et les plus dangereux par leur contrôle de l’État et des institutions. Appuyées sur leurs appareils sécuritaires dont le renforcement est justifié par un discours « antiterroriste », c’est l’acteur traditionnel des contre-révolutions. La persistance des régimes s’explique également par le soutien apporté par diverses forces impérialistes internationales et régionales contre les mouvements populaires. La contre-révolution applique une politique néolibérale qui sert les intérêts de la bourgeoisie locale, des multinationales et de l’impérialisme mondial. De même, la question de la dette a pris une importance particulière. Dans ces pays, la dette a servi et continue à servir d’outil de soumission politique et de mécanisme de transfert de revenus du travail au capital local et, surtout, mondial. Dans ce contexte, il convient de souligner le rôle néfaste de forces politiques prétendument démocratiques, prêtes à un consensus avec le despotisme et l’impérialisme au nom de la recherche d’un « moindre mal ».
L’autre force majeure qui s’est distinguée en tant qu’entité contre-révolutionnaire sur la scène politique de la région, ce sont les mouvements fondamentalistes islamiques dans leurs diverses composantes.
Ces deux forces sont unies par une hostilité farouche à l’objectif d’émancipation démocratique et sociale des peuples de la région, et elles se distinguent par leurs alternatives politiques réactionnaires et l’approfondissement de politiques néolibérales.
Organisations bourgeoises religieuses réactionnaires et hostiles à toute émancipation ouvrière et populaire
Avec la montée du soulèvement de masse, des mouvements fondamentalistes religieux dotés d’une large implantation populaire, d’un potentiel et d’une expérience considérables ont revendiqué de constituer l’alternative au pouvoir des anciens régimes. Aucun d’entre eux n’a représenté d’alternative de classe, sociale et démocratique aux régimes existants. Ils sont hostiles aux libertés individuelles et à l’émancipation des femmes. Ils favorisent un programme politique néolibéral conservateur, confessionnel, sexiste, homophobe et hostile aux salariés et aux paysans pauvres.
Les noms, les doctrines et les itinéraires spécifiques de ces organisations fondamentalistes religieuses sont variés, mais elles sont unies par leur défense du système de la propriété privée et leur haine de valeurs progressistes universelles considérées comme des tares occidentales, comme le féminisme ou le socialisme.
Les puissances impérialistes et régionales ont utilisé les fondamentalistes islamiques comme un moyen politique d’accroître leur pouvoir régional, d’affaiblir leurs adversaires, et de détourner ou de réprimer les mouvements sociaux démocratiques par en bas. L’Arabie saoudite a soutenu les Frères musulmans jusqu’en 1991, puis divers mouvements salafistes après leur rupture. Le Qatar puis la Turquie d’Erdogan l’ont remplacée comme tuteur de ces mouvements (dont Ennahda en Tunisie) tout en finançant d’autres organisations salafistes. L’Iran a soutenu le Hezbollah au Liban et des organisations fondamentalistes islamiques chiites comme al-Da’wa en Irak.
Il s’agit de partis bourgeois religieux réactionnaires, bien qu’ils diffèrent par la tactique envers le soulèvement de masse (alignement partiel ou hostilité déclarée), par leur accès au gouvernement (les Frères musulmans en Égypte, Ennahda en Tunisie ou le parti Justice et Développement au Maroc), ou par leur position envers les mouvements djihadistes les plus extrêmes et aventuristes comme al-Qaïda ou Daech.
La force de ces deux dernières organisations réside dans leur apparition sous la forme d’une rébellion armée contre le système social et politique, défiant l’autorité des régimes dictatoriaux, l’islam officiel et les grandes puissances, en étendant leur réseau bien au-delà de leur base initiale. Ces organisations peuvent polariser momentanément le mécontentement populaire en l’absence d’alternatives progressistes de gauche. Mais leur mise en scène paroxystique de la violence, leur politique de terreur contre les populations civiles, en particulier les femmes, les minorités, la culture, les placent haut parmi les pires forces réactionnaires contemporaines. L’aventure criminelle de Daech/État islamique en Irak et en Syrie et leur affrontement avec toutes les forces militaires présentes au Moyen-Orient, ont été désastreux pour toutes les populations luttant pour leur liberté dans la région.
C’est une très grave erreur de voir le fondamentalisme actuel comme une expression déviée ou détournée de l’anti-impérialisme. Les fondamentalistes ont une conception religieuse du monde, notamment l’objectif de retourner à un « âge d’or » mythifié de l’islam comme moyen d’expliquer le monde contemporain et de résoudre ses problèmes. Cette vision est purement et simplement réactionnaire, et est en contradiction totale avec des mouvements anti-impérialistes du passé. Ils considèrent l’impérialisme comme un conflit entre « Satan » et les fidèles opprimés, et non comme les nationalistes et les socialistes le considéraient traditionnellement, une lutte entre les pays opprimés et les grandes puissances et leur système capitaliste.
Les faits des dernières années et les expériences de la lutte de classe ont prouvé que les partis d’opposition bourgeois réactionnaires étaient des factions contre-révolutionnaires. Quelles que soient les complexités de la situation concrète qui peuvent amener à des convergences pratiques défensives, il ne peut s’agir que de tactiques très limitées dans le temps, en toute indépendance et avec une grande prudence. Ces forces ne peuvent pas être qualifiées de partis réformistes ou démocratiques, et aucune alliance ou front uni politique avec eux ne peut être justifiée.
Bien sûr, les mouvements fondamentalistes islamiques sont traversés par des contradictions sociales internes entre leur leadership bourgeois ou petit-bourgeois et leur base populaire. Mais cela est vrai pour tous les partis politiques dirigés par les élites, des principaux partis capitalistes jusqu’aux partis conservateurs de droite et d’extrême droite dans le monde entier. L’existence de contradictions de classe au sein des partis n’est pas réservée aux partis réformistes.
En réalité, les différentes forces fondamentalistes islamiques constituent la deuxième aile de la contre-révolution, la première étant les régimes existants. Leur idéologie, leur programme politique et leur pratique sont réactionnaires et totalement opposés aux objectifs de l’émancipation révolutionnaire : la démocratie, la justice sociale et l’égalité. Leurs politiques sont mortifères pour les groupes les plus conscients des travailleurs, des jeunes et des groupes opprimés comme les minorités religieuses, les femmes, les personnes LGBTQ et autres. En même temps, sans la construction d’une alternative politique de masse crédible et inclusive, non confessionnelle et sociale, défendant les intérêts de tous les citoyens, il est difficile d’envisager un décrochage complet entre les mouvements fondamentalistes islamiques et leur base populaire.
Affrontements entre puissances impérialistes et puissances régionales
L’impérialisme étatsunien reste le plus important à travers sa puissance militaire et économique, dont les conséquences se voient jusqu’à aujourd’hui. Il ne faut pas oublier non plus le rôle néfaste de l’Union européenne et de certains États européens comme la France et l’Angleterre dans la région, notamment par leurs interventions militaires et l’imposition d’accords économiques dits de libre-échange ou sur la question des dettes souveraines. Mais l’influence de plus en plus affirmée de la Russie, entre autres par son interventionnisme militaire et son rapprochement avec de nombreux États autoritaires de la région, dont al-Sissi en Égypte et Bachar en Syrie, est également une base croissante de la contre-révolution que subissent les peuples concernés.
L’échec stratégique américain en Irak, dont le peuple souffre encore aujourd’hui des conséquences de son invasion, et la crise économique et financière mondiale de 2007 et 2008 qui a porté un coup sévère au modèle néolibéral américain au niveau mondial, ont provoqué un affaiblissement relatif de sa puissance globale, ce qui a non seulement laissé plus d’espace pour d’autres forces impérialistes mondiales comme la Chine et la Russie, mais aussi pour des puissances régionales qui ont leurs propres intérêts, et la capacité de les défendre. C’est particulièrement visible au Moyen-Orient, où des États comme l’Iran, la Turquie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar ont joué un rôle grandissant et interviennent dans les processus révolutionnaires par leurs rivalités en soutenant différents acteurs contre les demandes populaires pour la démocratie, la justice sociale et l’égalité.
Les monarchies pétrolières du Golfe (l’Arabie saoudite en tête) ont mobilisé des fonds massifs en milliards de dollars de dons pour permettre aux royaumes du Maroc et de Jordanie de faire des concessions pour contenir les mobilisations populaires, et ont généreusement soutenu l’armée en Égypte et au Soudan pour faire face à la révolution. Elles sont intervenues militairement au Yémen, en Libye et au Bahreïn. Elles constituent, avec l’entité d’Israël, le fer de lance de la contre-révolution au niveau régional. Elles œuvrent pour la perpétuation de la situation au service des objectifs de l’impérialisme (principalement étatsunien) et pour l’approfondissement de la restructuration néolibérale des économies de la région et leur intégration dans le marché mondial. Elles ont utilisé leur énorme machine médiatique pour influencer les soulèvements et limiter leur élan démocratique. Il serait difficile de parler de la victoire du processus révolutionnaire dans la région sans viser la tête des monarchies réactionnaires du Golfe. Ce processus devrait alors dépasser la vision nationale et intégrer la dimension régionale dans ses perspectives.
Le rôle de l’État d’Israël, fondamentalement au service de l’impérialisme occidental et de la contre-révolution, est aussi de plus en plus autonome. Israël joue depuis des décennies le rôle de chien garde des intérêts impérialistes occidentaux dans la région, mais la différence majeure entre Israël et d’autres puissances régionales est sa nature coloniale. C’est un projet colonial d’expulsion de la population palestinienne qui prend un caractère très spécifique par rapport aux puissances régionales dans son rôle contre-révolutionnaire.
Quoi qu’il en soit, ces puissances impérialistes et régionales ont un intérêt commun dans la défaite des révolutions populaires de la région, que ce soit en Syrie ou ailleurs. Leurs rivalités ne s’avèrent pas impossibles à surmonter, avec autant d’intérêts communs et de si fortes relations d’interdépendance. Tous ces régimes sont des pouvoirs bourgeois qui sont ennemis des révolutions populaires, uniquement intéressés par un contexte politique stable qui leur permette d’accumuler et de développer leur capital politique et économique au détriment des classes populaires.
Par ailleurs les États capitalistes et les institutions financières internationales saisissent souvent les crises de régime comme des opportunités pour restructurer et promouvoir des changements économiques qui étaient auparavant très difficiles ou quasiment impossibles en développant de manière significative la portée de l’économie de marché et les dynamiques néolibérales dans divers secteurs économiques jusqu’ici largement dominés par les secteurs étatiques. Dans cette perspective, l’orientation de la politique économique des États de la région ne doit pas être considérée comme étant faite de mesures technocratiques et neutres visant à surmonter les ravages et destructions de la guerre. Cette politique est au contraire un moyen de transformer et de renforcer les conditions générales d’accumulation du capital et de renforcer les réseaux clientélistes d’hommes d’affaires proches des régimes en place – de surcroît, les régimes de la région sont les principaux importateurs mondiaux d’armes !
Pourtant, la situation mondiale, marquée par une instabilité profonde et une crise économique latente, pèse particulièrement sur les États de la région et sur la légitimité de leurs gouvernants, comme on le voit de la Turquie à l’Iran et à l’Égypte.
4. Un soulèvement entré dans une deuxième vague
Malgré les offensives réactionnaires multiples dans les pays ayant connu des soulèvements en 2011, une nouvelle vague de manifestations sociales et populaires de masse a surgi dans plusieurs autres pays de la région. Elle a coïncidé avec de nombreuses mobilisations populaires dans plusieurs autres pays du monde contre les conséquences des mêmes politiques néolibérales dictées par les institutions financières internationales et mises en œuvre par les classes dominantes qui généralisent la répression.
Elle a débuté un peu plus tôt au Maroc avec le Hirak du Rif à la fin de 2016, qui portait essentiellement des revendications sociales, mais aussi politiques. Les soulèvements au Soudan, en Algérie, en Irak et au Liban en 2019 ont alimenté une nouvelle dynamique et l’espoir de se libérer du despotisme et de l’exploitation dans toute la région.
L’obstination des énormes mouvements de manifestations en Algérie et au Soudan a réussi à obtenir la fin du pouvoir des présidents Bouteflika et Al-Bachir. Dans les deux pays, ce renversement est loin d’avoir été suffisant pour les manifestant·e·s. Les oppositions face à l’ensemble du fonctionnement de ces régimes de nature militaire se sont multipliées, afin d’obtenir de réels changements politiques et socio-économiques en faveur des classes populaires.
Les puissances régionales et impérialistes internationales ont assisté avec crainte à l’évolution de ces soulèvements populaires, les considérant comme une menace pour leurs propres intérêts et pour leur pouvoir. En réponse, ils ont exprimé leur soutien soit aux chefs des armées soudanaise et algérienne soit à une transition contrôlée par en haut sans changement radical. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont d’ailleurs proposé une aide de 3 milliards de dollars au régime de Khartoum, laquelle a été rejetée par les manifestant·e·s. En même temps la France a apporté son soutien à la haute hiérarchie militaire algérienne et à la transition contrôlée par cette dernière.
Des secteurs de l’opposition populaire soudanaise ont demandé la fin de la participation militaire du Soudan à la guerre menée par le royaume saoudien au Yémen et ont rejeté toute intrusion du régime despotique égyptien d’al-Sissi dans les affaires internes du pays. En Algérie, les manifestant·e·s ont également dénoncé le rôle impérialiste de la France et son soutien au régime algérien. Pour tenter d’apaiser les frustrations populaires, les régimes annoncent des « réformes » pour « améliorer » et « nettoyer » le système de l’intérieur ou des soi-disant campagnes de lutte « contre la corruption » qui visent d’anciens hommes d’affaires liés aux autocrates déchus.
Au Soudan, l’armée a pu contourner les principales revendications du mouvement par un accord politique avec l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, selon la formule du « partage du pouvoir avec les civils » qui lui permettait de conserver la position de pouvoir dans l’État. Tout en ayant pu constituer une force politique massive poussant l’armée à un partage du pouvoir, des limites existent néanmoins au sein de l’ALC, comme au sein du Parti communiste soudanais. L’une des principales est l’orientation politique de leurs dirigeant·e·s. Ceux-ci recherchent souvent une forme de collaboration et d’entente avec les élites dirigeantes, au lieu de baser leur pouvoir sur les mobilisations populaires massives par en bas.
Quant à l’Algérie, la mobilisation populaire a pu mettre en échec les tractations du sommet de l’État, y compris empêcher la réélection de Bouteflika. Le Hirak a accentué les contradictions au sein des différentes composantes du régime sans pour autant arriver à faire tomber son édifice. Les initiatives au niveau syndical pour se débarrasser de la bureaucratie pro-militaire n’ont pas pu aboutir jusqu’à présent, mais elles constituent néanmoins un potentiel qui pourrait avoir un impact à l’avenir.
Au Liban, et dans une certaine mesure aussi en Irak, les mouvements de contestation populaire remettent en cause de manière radicale le système confessionnel, explicitement dénoncé (tous partis confondus) comme responsable de la détérioration des conditions socio-économiques. Le système confessionnel et néolibéral dans ces deux pays est, de fait, l’un des principaux instruments utilisés par les partis dominants au pouvoir pour renforcer leur contrôle sur les classes populaires. À ce titre, le confessionnalisme doit être appréhendé comme un outil des élites politiques libanaises et irakiennes pour intervenir idéologiquement dans la lutte des classes, renforcer leur contrôle sur les classes populaires et les maintenir en position de subordination par rapport à leurs dirigeants confessionnels.
Dans le passé, les élites dirigeantes ont d’ailleurs réussi à tenir en échec ou à écraser des mouvements de contestation non seulement par la répression mais aussi en jouant sur les divisions communautaires. Tandis que la majorité de la population s’enfonçait dans la pauvreté, les partis confessionnels dominants et les différents groupes de l’élite économique ont mis à profit les processus de privatisation, les politiques néolibérales et le contrôle des ministères publics pour développer de puissants réseaux de patronage, de népotisme et de corruption. À cet égard, le confessionnalisme doit être considéré comme un élément constitutif et actif des formes actuelles du pouvoir d’État et de classe au Liban et en Irak. Cette approche invite à reconnaître en lui un produit des temps modernes plutôt qu’une prétendue tradition culturelle.
En ce sens, les revendications du mouvement de protestation en faveur de la justice sociale et de la redistribution économique ne peuvent être dissociées de leur opposition au système politique confessionnel, qui garantit les privilèges des dominants. Après que l’ampleur des manifestations eut obtenu la démission des gouvernements de ces deux pays, la poursuite du mouvement pour la satisfaction de revendications et le changement de fond du pouvoir est un enjeu évidemment essentiel.
Les mouvements de contestation en Algérie, Liban et Irak font cependant face à de nombreux défis au premier rang desquels le manque d’organisation et de représentations alternatives politiques susceptibles de contrer la domination des partis confessionnels et des groupes économiques au pouvoir en Irak et au Liban et celle du régime en Algérie. Toutefois, les tentatives de structuration restent limitées, notamment au niveau des syndicats et de nouvelles alternatives politiques et sociales.
Le contexte de la crise du coronavirus
La crise du coronavirus a aggravé les facteurs structurels spécifiques qui ont déclenché le processus révolutionnaire en 2011 dans la région. Les régimes de la région n’ont rien trouvé d’autre que la dette et ses conditions d’austérité pour résoudre la crise financière et économique. Les répercussions de la crise du Covid-19 impacteront davantage les populations des pays à revenus moyen et faible, notamment l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Tunisie, le Soudan et la Mauritanie, sans parler des pays en situation de guerre comme la Syrie, l’Irak, la Palestine occupée, le Yémen et la Libye. Les mesures prises par les régimes sont en faveur des grandes entreprises. Les revenus des salarié·e·s et des couches pauvres de la population ont baissé drastiquement et le chômage des jeunes et des femmes est aggravé. Les services de santé publique sont très faibles pour contenir la propagation du virus : le taux de médecins est dans la région très en dessous du seuil recommandé par l’OMS de 4,45 docteurs, infirmiers et sages-femmes pour 1 000 habitants, et atteint même 0,72 au Maroc et 0,79 en Égypte.
Les régimes ont profité du contexte d’urgence sanitaire imposé par la pandémie Covid-19 pour stopper la deuxième vague du processus révolutionnaire. Ils ont eu recours à des mesures répressives systématiques de confinement et de couvre-feu ainsi que le développement des méthodes de surveillance. Ils perfectionnent leurs outils de répression pour faire face à une nouvelle vague de mobilisations populaires.
En Tunisie, des manifestations de jeunes ont lieu depuis la mi-janvier 2021 dans plusieurs villes sous le même slogan que le soulèvement d’il y a 10 ans : « Travail, liberté, dignité sociale », mais aussi pour exiger la libération de centaines de protestataires interpellé·e·s par la police. Début février, un mouvement de protestation de petits paysans très appauvris s’est déclenché dans une ville côtière située au centre-est du pays contre l’importation de la viande et la hausse des prix des aliments du bétail.
En Algérie, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour marquer le deuxième anniversaire du Hirak, relançant celui-ci.
Fin janvier, à partir de Tripoli, l’une des villes les plus pauvres du Liban, le mouvement de protestation s’est étendu dans d’autres régions du pays.
Début février, dans une ville au nord du Maroc, des milliers de citoyen·e·s ont manifesté pour dénoncer la détérioration des conditions de vie et revendiquer « la dignité et le travail » suite à la fermeture de la frontière avec l’enclave espagnole de Ceuta.
Ce sont bien les signes avant-coureurs d’un nouveau soulèvement qui pourrait embraser toute la région.
Ces mouvements de contestation constituent des expériences de lutte sur le terrain et ont accumulé des acquis qui peuvent servir dans la nouvelle phase de l’après Covid-19 pour permettre de progresser vers la réalisation des revendications et la radicalisation politique. La plus grande réalisation du processus révolutionnaire dans la région depuis 2011 reste l’irruption dans l’arène politique des masses qui n’ont plus d’illusions sur les changements qui viennent d’en haut (que ce soit par un dirigeant, l’appareil d’État ou des partis). Des millions de personnes sont descendues dans la rue et ont vécu des transformations majeures dans leur conscience, leurs méthodes de lutte et d’organisation. Les soulèvements ont changé irréversiblement la conscience politique de toute une génération. Ce serait une erreur de juger les résultats de ce processus uniquement à l’échelle des changements politiques intervenus dans l’appareil d’État. Cette réalisation révolutionnaire continue d’être ciblée par les différents pôles de la contre-révolution.
Les femmes ont joué un rôle central dans les deux phases du processus révolutionnaire. Elles ont été plus particulièrement la cible de la contre-révolution qui voulait les exclure de la sphère publique et en tant que participantes actives dans les premières lignes de résistance. Les femmes ont été soumises à de violentes persécutions tout au long de cette période. Le harcèlement sexuel et le viol ont été généralisés. Daech vendait même des femmes sur des marchés ouverts. La contre-révolution attaque les femmes car les avancées des droits et conditions des femmes constituent des menaces pour les différents acteurs contre-révolutionnaires et s’opposent à la répression des espoirs d’émancipation des peuples de la région. Tout succès contre-révolutionnaire dans ce domaine ouvrirait la porte aux thèses réactionnaires et à la répression des espoirs d’émancipation des peuples de la région.
Le statut des femmes constitue par conséquent un critère majeur de l’avancement du processus révolutionnaire et des mouvements qui se sont manifestés pour défendre les droits des femmes.
Une leçon à retenir, c’est la nécessité de participer au développement des structures alternatives politiques progressistes et démocratiques de masses. Les expériences de la Tunisie et du Soudan montrent que la présence d’organisations de masse au niveau syndical, comme l’UGTT et le Rassemblement des professionnels soudanais, de comités populaires et d’organisations de femmes a permis à ces soulèvements d’obtenir plus de gains, notamment au niveau des droits démocratiques, même si toujours fragiles et pas garantis.
Les interventions et rivalités impérialistes et des puissances régionales risquent de nuire à ces soulèvements populaires comme à d’autres dans la région. Ces interventions augmentent les menaces de déraillement du soulèvement populaire en Irak. La menace n’est pas tant que le mouvement de contestation irakien se concentre sur l’opposition aux États-Unis il s’est jusqu’à présent clairement opposé à toutes les influences étrangères, et de récentes manifestations à Bagdad et dans d’autres villes du pays ont d’ailleurs répété le slogan « Ni États-Unis ni Iran ! ». Cependant, il pourrait être détourné par un autre mouvement contrôlé et organisé par des milices pro-iraniennes, qui se concentrerait sur le retrait des États-Unis comme la seule exigence, sans remettre en cause le système néolibéral et confessionnel actuel. C’est la volonté des milices à la solde de l’Iran et du dirigeant Moqtada Sadr, qui tente maintenant par les manœuvres et la force d’étouffer les manifestations et d’imposer le ralliement du mouvement au nouveau Premier ministre.
Face à ces développements, l’opposition aux ingérences continues de l’impérialisme étatsunien et aux menaces de guerre contre l’Iran et l’Irak ne peut être efficace que si elle est enracinée dans la solidarité avec les forces progressistes et révolutionnaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, sans aucune concession envers les régimes autoritaires et les puissances régionales.
Questions nationales et autodétermination des peuples
Les questions nationales, particulièrement palestinienne et kurde au Moyen-Orient, sahraouie en Afrique du Nord et le combat des Amazigh pour défendre leur identité culturelle en Algérie et au Maroc, constituent des enjeux essentiels. La question palestinienne reste d’une importance primordiale dans les dynamiques politiques régionales, mais également mondiales. Le soi-disant plan de paix pour le Proche-Orient, qui a été présenté début 2020 par le président étatsunien Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, en absence notable de la partie palestinienne, est un véritable programme pour une nouvelle tentative de liquidation de la question palestinienne en violation de toutes les résolutions internationales adoptées par l’ONU et du droit international.
Dans ce cadre, il faut rappeler notre soutien à la lutte du peuple palestinien pour son émancipation et sa libération contre l’État d’apartheid et colonial d’Israël et l’importance des campagnes de solidarité avec la lutte du peuple palestinien, pour la libération de tous les prisonniers palestiniens et le retour des réfugiés. Nous mettons l’accent sur la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), qui continue de connaître des succès mondiaux et qu’Israël et ses alliés considèrent comme une menace importante et grandissante. Elle permet de démasquer et dénoncer la collaboration des gouvernements occidentaux avec un État qui viole de manière quotidienne le droit international depuis plus de 60 ans et des multinationales qui tirent profit de l’occupation pour faire des bénéfices.
Par ailleurs, les régimes autoritaires de la région ont tous essayé de supprimer, dominer ou contrôler le mouvement national de libération palestinien. Défendre celui-ci implique donc de soutenir les révolutions populaires de la région dans leur combat pour renverser tous les régimes autoritaires qui sont complices de la souffrance du peuple palestinien par leur collaboration directe ou indirecte avec l’État d’Israël.
Dans cette même perspective, les aspirations nationales et autonomistes kurdes continuent d’effrayer les États régionaux et internationaux. L’échec cuisant du référendum au Kurdistan irakien en septembre 2017, ignoré des grandes puissances et maté par l’État central irakien avec l’aide de l’Iran et de la Turquie, a ainsi rappelé la fragilité de l’espoir kurde et leur rôle avant tout fonctionnel sur l’échiquier politique régional. La Turquie, la Syrie et l’Iran, trois pays voisins comptant des minorités kurdes, avaient condamné le référendum et appelé au maintien de l’unité de l’Irak. La majorité des États internationaux impérialistes, dont les États-Unis et la Russie, se sont également opposés à l’indépendance du Kurdistan.
Quelques mois plus tard, les populations kurdes, cette fois en Syrie, ont subi une nouvelle désillusion. En mars 2018, l’armée turque, assistée par des forces réactionnaires syriennes, a conquis la ville d’Afrin, en Syrie, qui était sous le contrôle des forces kurdes des YPG (unités de protection du peuple), branche militaire du PYD lié au PKK. La conquête de la ville et son occupation se sont déroulées avec la complicité des puissances internationales. Au mois d’octobre 2019, les forces armées turques et leurs supplétifs locaux ont à nouveau envahi les régions contrôlées par les Forces démocratiques syriennes, alliance militaire de combattants kurdes, arabes et syriens dominée par les YPG. C’est pourquoi nous affirmons notre soutien au droit à l’autodétermination du peuple kurde dans la région et dénonçons les pressions étrangères régionales et internationales qui veulent priver les populations kurdes de leur droit à l’auto-détermination.