Aider les Afghanes

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© UNICEF Afghanistan Des familles des provinces de Kunduz, Sar-e-Pol et Takhar ayant trouvé refuge dans une école dans le sud de Kaboul.
Depuis la débâcle du mois d’aout, le Canada, les États-Unis et les autres ont lâchement abandonné les peuples de l’Afghanistan. La calamiteuse occupation qui a duré 20 ans n’a rien donné sinon que de permettre aux talibans de revenir au pouvoir. Le Canada disait qu’Ottawa allait sauver les femmes, remettre les enfants à l’école, reconstruire l’infrastructure : malgré quelques projets ici et là, rien de cela n’est arrivé.

La population rurale a basculé aux côtés des talibans devant les exactions, les bombardements aveugles frappant les civils et la brutalité d’une occupation qui cachait son nom. Dans les villes gangrenées par la corruption d’une clique de pourris qui empochait l’«aide» au sud et au vu des «donateurs, beaucoup de gens ont cessé de croire les balivernes et sont restés passifs. Quand les talibans ont organisé leur offensive, les appareils de sécurité financés à 100 % par les États-Unis et ses alliés-subalternes se sont littéralement évanouis en fumée. Des centaines de milliards investis par les États-Unis et leurs alliés subalternes n’ont rien donné, sinon que des victimes très nombreuses du côté afghan, sans compter plus de 150 militaires canadiens décédés pour une œuvre de destruction aussi inutile que funeste.

Aujourd’hui, la crise est gravissime. La moitié des 35 millions d’Afghans ont faim. Il n’y a plus de mazout, plus de transport, plus de médicaments. C’est l’effondrement. Des millions de personnes cherchent à fuir le pays, mais où aller? Les pays occidentaux accordent des visas au compte-goutte, en commençant par les collaborateurs qui ont servi l’occupation. Les pays limitrophes (Pakistan, Iran) qui accueillent déjà plus de 3 millions de réfugiés afghans essaient de fermer les frontières. À Kaboul et dans les grandes villes, la population s’entasse par milliers là où ils peuvent aller, y compris dans la rue et les parcs. Les femmes y compris les enseignantes et les fonctionnaires craignent de quitter la maison, en dépit des promesses des talibans. Des dizaines de milliers de personnes vivent dans une semi-clandestinité en attendant une aide qui s’avère illusoire.

Avec l’Association des femmes afghanes du Canada et avec l’appui de la CSN, nous avons convenu d’apporter une aide d’urgence symbolique ($10 000 dollars) qui permettra à une cinquantaine de familles de subvenir à leurs besoins urgents, au moins pour quelques semaines. Ce n’est pas évident, car les transactions sont bloquées ou même interdites par les États membres de l’OTAN qui par ailleurs refusent d’apporter l’aide humanitaire d’urgence réclamée par l’ONU, sous prétexte qu’ils refusent de transiger avec les talibans. De plus, ces anciens occupants ont “gelé” plus de 8 milliards de dollars appartenant au gouvernement afghan, déposés dans des banques américaines. Comme s’il fallait faire payer au peuple afghan l’humiliation subie par les impérialistes.

Cette petite aide va envoyer un message, nous l’espérons, aux associations de femmes qui continuent de survivre et même de manifester contre le pouvoir taliban. Il pourra aussi, Inch’Allah, être entendu par Ottawa qui depuis trois mois maintenant n’a rien fait sauf rapatrier quelques 2500 afghans. Nous sommes en lien avec d’autres ONG et nous réclamons une action urgente et efficace pour aider la population. Il y a des moyens de faire cela sans soutenir les talibans, si et seulement si on est déterminés et prêts à travailler dans des conditions très difficiles.