Par Isabel Cortés
Dans une Amérique où Washington dicte le rythme de l’Amérique latine, la rencontre entre Gustavo Petro et Donald Trump le 3 février à la Maison-Blanche s’est révélée un moment chargé de symbolisme et de tension. Il ne s’agissait pas d’un dialogue diplomatique ; ce fut une épreuve entre une vision souveraine de gauche qui veut démanteler des décennies de dépendance et la doctrine Donroe persistante de contrôle et d’escalade impériale en Amérique latine.
Derrière les sourires des photos officielles, la tension était palpable. Reconnu pour sa rhétorique agressive, Trump a admis que Petro l’avait impressionné ! Lors d’une conférence de presse subséquente, Petro a insisté pour que la discussion porte sur la liberté et la coopération mutuelle, sans céder de terrain sur son approche sociale. La détente qui en résulte survient à un moment critique, alors que la production mondiale de cocaïne atteint des records alarmants et que les opérations des États-Unis intensifient la violence.
Une proposition audacieuse : l’éradication volontaire de la coca

Le premier président progressiste de la Colombie depuis des décennies est arrivé avec une proposition audacieuse : prioriser l’éradication manuelle et volontaire des cultures de coca en impliquant directement les communautés paysannes et autochtones. Cette stratégie ne remet pas seulement en question le modèle répressif des États-Unis, mais elle met en lumière les hypocrisies d’une « guerre contre les drogues » qui a coûté d’innombrables vies sans régler le problème de fond.
Pendant que se déroulait la rencontre à la Maison-Blanche, la Police nationale colombienne a remis aux autorités des États-Unis Andrés Marín Silva, l’un des chefs les plus redoutés du narcotrafic international connu sous le nom de « Pipe Tuluá ». Réclamé par la Cour du district est du Texas, il doit faire face à trois chefs d’accusation : entente en vue de distribuer de la cocaïneelle, complot pour faire le trafic de stupéfiants et fabrication de cocaïne dans le but d’une importation illégale aux États-Unis. Il s’agit de la 809e extradition dans le cadre de la stratégie colombienne de collaboration judiciaire internationale, un niveau historique qu’aucun gouvernement précédent n’a réalisé.
L’éradication efficace de la culture de la cocaïne pour le gouvernement colombien ne provient pas de fumigations aériennes ou d’interventions armées. Elle cible la participation active de celles et ceux qui la cultivent par nécessité économique.
Durant la rencontre, Petro a présenté des cartes, des vidéos et des données illustrant comment les communautés afro-descendantes et autochtones à la frontière avec l’Équateur ont arraché manuellement des milliers de plants. « La meilleure façon, c’est que la communauté paysanne l’arrache elle-même », a expliqué Petro dans des déclarations ultérieures. 12 000 hectares sont déjà remplacés par des cultures légales de cacao et de café, avec l’objectif de 42 000 hectares.
Depuis que l’usage du glyphosate fut suspendu en 2015 en raison de ses effets dévastateurs sur l’environnement et la santé humaine, la Colombie explore des voies alternatives. Cette politique s’inscrit dans un développement rural intégral : incitatifs économiques, assistance technique et transformation territoriale pour les communautés marginalisées. Elle s’appuie toujours sur la critique du prohibitionnisme du plus grand consommateur mondial de cocaïne qui fait le silence sur sa demande interne.
Une stratégie de collaboration judiciaire internationale
Pendant que se déroulait la rencontre à la Maison-Blanche, la Police nationale colombienne a remis aux autorités des États-Unis Andrés Marín Silva, l’un des chefs les plus redoutés du narcotrafic international connu sous le nom de « Pipe Tuluá ». Réclamé par la Cour du district est du Texas, il doit faire face à trois chefs d’accusation : entente en vue de distribuer de la cocaïne, complot pour faire le trafic de stupéfiants et fabrication de cocaïne dans le but d’une importation illégale aux États-Unis. Il s’agit de la 808e extradition dans le cadre de la stratégie colombienne de collaboration judiciaire internationale, un niveau historique qu’aucun gouvernement précédent n’a réalisé.
De plus, Petro a transmis des renseignements sur les « capos des capos » opérant depuis Miami, Dubaï et Madrid. Il a plaidé pour une coordination mondiale afin de saisir leurs avoirs et de les appréhender. « Il n’est pas possible que les coupables vivent dans le luxe pendant que la population paysanne meurt », a-t-il dénoncé sur les réseaux sociaux.
Une coopération conflictuelle
Un événement positif après la rencontre a été l’interception conjointe d’un narcosous-marin dans le Pacifique le 9 février, détruisant dix tonnes de cocaïne évaluées à 441 millions de dollars. Le Bureau des affaires internationales de stupéfiants (INL) a célébré sur les réseaux : « Strong partnerships deliver strong results ». Cette opération a priorisé les arrestations judiciaires plutôt que les bombardements directs habituels.
Cependant, le lendemain, le Commandement Sud a annoncé une nouvelle attaque mortelle contre une « narco embarcation », tuant deux personnes. Coïncidence ? La coopération reste conditionnelle et la violence unilatérale persiste.
En 2025, la décertification de la Colombie comme partenaire dans la lutte antidrogue — la première depuis 1997 — s’est accompagnée de sanctions personnelles contre Petro et de menaces de droits de douane de 50 %. L’« Opération Lance du Sud » dans le Pacifique et les Caraïbes, a fait plus de 115 morts, incluant des civils innocents. Des exécutions extrajudiciaires sans preuve publique de narcotrafic ont été documentées.
Vers une résistance globale
La rencontre à la Maison-Blanche n’est pas une capitulation pour Petro. Elle constitue une ligne de défense de la politique colombienne dans un hémisphère où l’intervention des États-Unis est une menace. La politique colombienne remet en question l’extractivisme et la prohibition militarisée, révélant que la violence est un choix politique, non une fatalité
Alors que la politique des États-Unis tente d’assassiner la possibilité même d’une solution différente, le président colombien a paraphrasé le discours de Gabriel García Márquez lors de la réception du prix Nobel en 1982 qui affirmait que « face à l’oppression, au pillage et à l’abandon, notre réponse est la vie. » Petro a écrit sur les réseaux sociaux « L’objectif est la lutte contre le narcotrafic selon une approche qui priorise la vie et la paix sur nos territoires ».








