
par Chantal Ismé
Il y a quarante ans, jour pour jour, le 7 février 1986, notre peuple arrachait une victoire chèrement payée : la fin de près de trente années de dictature, de peur et de silence imposé. Aujourd’hui, pour la Coalition haïtienne contre la dictature en Haïti (Chcdh), il ne s’agit pas d’une simple commémoration symbolique. Cette commémoration est organisée parce que cette date nous interpelle et nous oblige. Car, le 7 février 1986 n’est pas seulement la chute de 30 ans d’un régime dictatorial; c’est surtout le cri d’un peuple qui disait clairement : «plus jamais cela».
Commémorer le 7 février 1986, quarante ans après la chute de Duvalier, ce n’est pas seulement regarder le passé. C’est refuser l’oubli. C’est honorer la mémoire de celles et ceux qui ont souffert, résisté, été emprisonné.es, contraint.es à l’exil ou ont perdu la vie pour que la liberté cesse d’être un mot interdit. C’est reconnaître que cette ère, dite de la démocratie Ayitienne*, est née dans la douleur, mais aussi dans le courage.
Ce jour-là, Ayiti rejetait la peur, l’arbitraire, le pouvoir sans limites et la négation de la dignité humaine. Ce jour-là, le peuple Ayitien affirmait que nul n’a le droit de confisquer la nation, de gouverner par la terreur ou de réduire la personne citoyenne au silence. Commémorer cette date, quarante ans plus tard, c’est rappeler que cette rupture devait être définitive.
Se souvenir, c’est un acte de responsabilité. Car l’oubli est dangereux. Il banalise l’autoritarisme, il normalise la violence d’État, il prépare le terrain aux répétitions de l’histoire. En commémorant cette date, nous rappelons aux générations présentes et futures que la liberté n’est jamais acquise, qu’elle se défend chaque jour, par la vigilance citoyenne, par la parole libre, par le respect de la dignité humaine, et surtout par la lutte!
Quarante ans plus tard, cette commémoration nous invite aussi à l’honnêteté. La chute de la dictature n’a pas, et tout seul ne saurait, automatiquement apporté la justice sociale, la stabilité ni la prospérité espérées. Quarante ans après la chute de la dictature, Ayiti traverse une nouvelle période sombre. L’insécurité généralisée, la violence armée, l’effondrement des institutions, l’absence de légitimité politique et le mépris de la vie humaine posent une question fondamentale : avons-nous réellement tourné la page de l’autoritarisme, ou en subissons-nous aujourd’hui de nouvelles formes?
Mais, cette page a ouvert une brèche irréversible : celle du droit de rêver, de critiquer, de choisir. Une brèche que nous avons le devoir de protéger, même lorsqu’elle semble fragile.
Le 7 février 1986 est donc à la fois une mémoire et un miroir. Une mémoire de ce que nous ne voulons plus jamais être. Un miroir de ce que nous avons encore à construire. En nous souvenant, nous affirmons que le combat pour la liberté, la justice et la démocratie fait partie de notre identité collective. C’est refuser la banalisation de la violence, refuser l’idée qu’Ayiti serait condamnée au chaos ou à la domination de la force. C’est affirmer que notre peuple a déjà prouvé sa capacité à se lever, à dire non, à renverser ce qui semblait inébranlable.
Aujourd’hui, en commémorant cette date, nous ne célébrons pas seulement la chute d’un régime. Nous renouvelons une promesse : celle de rester debout, lucides et engagé.es, pour que le sacrifice de nos aîné.es ne soit jamais trahi, et pour que l’histoire d’Ayiti continue de s’écrire du côté de la dignité et de l’espérance.
C’est donc prendre AUJOURD’HUI une responsabilité. En ce sens, la Coalition envisage de continuer une série de réflexions sur les différents aspects de cette période en lien avec la conjoncture et la crise structurelle, qui secoue notre pays depuis ce moment.
Honorons, célébrons, n’oublions jamais ce qui a produit ce moment!
An nou onore tout moun ki te tonbe nan batáy kont diktati a, pa ak flè epi bèl pawòl sèlman, men ak angajman. Pa ak silans, men ak mobilizasyon. Pa ak laperèz, men ak detèminasyon.
Karant lane apre 7 fevriye 1986, mesaj la klè : batáy pou libète a pa janm fini. Men, depi pèp la rete kanpe, Ayiti p ap janm mouri.
Viv 7 fevriye 1986 !
Viv pèp ayisyen an !
Viv batay mas yo!
Montréal, le 7 février 2026








