Biden et la Palestine

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SUMAYA AWAD  et HADAS THIER, extrait d’un texte paru dans Jacobin, 12 novembre 2020

 

 Alors que le monde pousse un soupir de soulagement face à la défaite de Donald Trump, nous devons maintenant nous préparer au «retour à la normale». Joe Biden, un   faucon avec une longue histoire comme «ami proche» d’Israël tout au long de sa carrière politique, occupera la Maison Blanche en janvier.

Selon le commentateur israélien de droite Zev Chafets,  Biden a conservé une affection pour Israël. « Si la proximité entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump est en grande partie due, Biden est susceptible de différer davantage par le ton que par le fond ». Chafets rassure les lecteurs qu’un président Biden ne fera probablement pas grand-chose «au-delà de la restauration de l’aide américaine à Ramallah, de la réouverture du bureau [de l’Organisation de libération de la Palestine] à Washington et peut-être du renouvellement du consulat américain à Jérusalem-Est. En l’absence de pression réelle, Israël ne fera pas de concessions au-delà du plan Trump.

Au cours de son mandat à Washington, Trump a pris des mesures sans précédent pour soutenir les éléments les plus à droite d’Israël. Il a déplacé l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem, a arrêté toute aide américaine aux Palestiniens, a fermé la mission diplomatique des Palestiniens à Washington, s’est retiré de l’accord nucléaire iranien et (sous couvert de lutte contre l’antisémitisme ) a signé un décret qui a habilité le gouvernement fédéral. gouvernement de retenir l’argent des établissements d’enseignement qui ne répriment pas l’activisme palestinien.

Un pro-Israël «inébranlable»

Le bilan pro-israélien de Biden est aussi constant que tout autre dans le courant dominant du Parti démocrate. Il a assuré aux décideurs politiques israéliens qu’il ne ferait aucune critique publique de leurs actions. Il a soutenu les exécutions extrajudiciaires par l’État israélien et vanté son amitié de longue date avec Benjamin Netanyahu.

À l’approche des élections, Gregory Hayes, PDG de Raytheon Technologies, a déclaré à CNBC : «De toute évidence, on craint que les dépenses de défense diminuent considérablement s’il y a une administration Biden, mais franchement, je pense que c’est ridicule. Raytheon est connu pour fournir à Israël des obus d’artillerie au phosphore blanc et est le principal contractant du projet Iron Dome de l’armée américaine à la frontière américano-mexicaine.

Le bilan belliciste de l’administration Obama-Biden envers Israël est bien connu. Après tout, c’est Barack Obama qui a doublé le soutien à Israël lors de trois attaques majeures contre Gaza en 2009, 2012 et 2014. La dernière opération israélienne s’est poursuivie pendant cinquante jours et a fait plus de 2000 victimes palestiniennes, dont 551 enfants.

L’attaque a coïncidé avec le soulèvement de Ferguson de 2014. La réponse de l’administration Obama a été similaire dans les deux cas: la Maison Blanche a insisté pour condamner les manifestants, tout en émettant des réprimandes creuses de la violence d’État. Deux ans plus tard, l’administration Obama, avec Biden jouant un rôle de premier plan dans les négociations, a signé un programme de financement militaire de 38 milliards de dollars sur dix ans avec Israël. Biden a fièrement mené les efforts pour s’opposer au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Un lobby réunifié

La présidence de Trump, en s’alignant agressivement et publiquement sur les causes sionistes les plus à droite, avait sapé un consensus bipartisan et pro-israélien. Son approche provocatrice a provoqué la consternation parmi les sionistes comme Abraham Foxman de la Ligue anti-diffamation, qui a fait valoir dans le Times of Israel :  « nous avons construit une alliance solide entre les États-Unis et Israël. Trump a endommagé ce consensus nécessaire ».

Joe Biden, estiment les partisans d’Israël, est le mieux placé pour réprimer la dissidence au sein des rangs du Parti démocrate et ressusciter un consensus libéral derrière le soutien à Israël. Selon le journaliste Philip Weiss, «Biden s’est discrètement vendu comme un faucon qui mettra fin à la politisation d’Israël. Il promet de rétablir le consensus sur le soutien d’Israël et de réaffirmer l’utilisation de la force américaine au Moyen-Orient ».

Pendant la campagne électorale, Biden a assumé ce rôle, faisant la morale à Alexandria Ocasio-Cortez pour s’être retirée d’un événement commémorant l’ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Mais les tendances de gauche au sein du Parti démocrate n’entendent pas se taire.

 Le soutien palestinien au mouvement émergent Black Lives Matter s’est construit sur un héritage de solidarité entre les Noirs et la Palestine qui s’étend sur des décennies. La plate-forme politique deBlack Lives Matter appelle à cesser le soutien financier américain à Israël et à sa complicité « dans le génocide en cours contre le peuple palestinien ».

 Ilhan Omar et Rashida Tlaib, les deux premières femmes musulmanes élues au congrès, sont toutes deux des partisans du BDS et parmi les critiques les plus virulentes de l’impérialisme israélien et américain. À leurs côtés, la représentante Alexandria Ocacsio-Cortez (AOC), une femme portoricaine de la classe ouvrière du Bronx qui connaît bien les ramifications suffocantes de l’impérialisme américain, a fait valoir que «la politique étrangère est aussi la politique intérieure». Elle a argumenté pour annuler l’annexion par Israël de la terre palestinienne. De manière significative, plusieurs Juifs américains sont de plus en plus critiques face au soutien inconditionnel des États-Unis pour l’État israélien.
Entretemps, les principales figures de l’establishment du Parti démocrate, de Joe Biden et Kamala Harris à Nancy Pelosi et Chuck Schumer, restent liées au soutien bipartisan d’Israël et à l’indifférence à l’égard de la vie des Palestiniens. Leur mission, avec de nouveaux groupes est de renforcer et d’assurer l’allégeance continue du parti au projet colonial israélien.La gauche doit faire de la Palestine l’une de ses priorités alors que la prochaine présidence Biden-Harris tente de ramener le statu quo belliciste.