Canada : crise humanitaire en Ontario

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Par Brandon Gregory - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=88944463

Médecins pour la justice

Nous sommes un groupe de médecins, de chercheurs et de défenseurs des droits à la santé qui se sont réunis pour exprimer notre grave préoccupation pour la sécurité et le bien-être des Ontariennes et Ontariens qui résident et travaillent dans des foyers de soins de longue durée (SLD). Nous demandons au gouvernement ontarien de mettre immédiatement fin aux violations des droits humains des gens qui vivent dans les SLD.

 

À ce jour, l’approche du gouvernement de l’Ontario pour protéger les résidents de SLD a été au mieux réactive. Le manque de transparence et de supervision coordonnée a abouti à des interventions fragmentaires qui ont été tardives, voire parfois, inexistantes.

Les leçons non apprises

Lors de la première vague, le gouvernement a mal géré la pandémie pour protéger les résidents et le personnel des SLD. Les résultats ont été dévastateurs : plus de 2000 décès, ce qui veut dire que, en comparaison avec les autres pays membres de l’OCDE, le Canada connaît la plus forte proportion de décès liés aux soins de longue durée.

Il était évident que la première vague devait être confrontée par une action rapide et décisive pour prévenir les éclosions dans les foyers de SLD. Pourtant, le gouvernement n’a pas pris les mesures adéquates afin d’améliorer les niveaux de dotation, d’augmenter la formation et d’améliorer les pratiques de contrôle des infections. Le gouvernement a permis à la situation dans les SLD de devenir une crise évitable et récurrente qui se poursuit maintenant avec la deuxième vague.

On constate:

  • Le gouvernement permet toujours aux travailleurs de la santé de travailler dans plusieurs foyers de SLD. Cela va à l’encontre des pratiques de lutte contre les infections, ce qu’on avait compris lors de l’épidémie de SRAS il y a près de 20 ans.
  • Le gouvernement n’a pas fait appel de façon constante ou proactive aux équipes d’intervention hospitalières ou communautaires malgré leur expertise en matière de contrôle des infections et leur capacité à améliorer les soins médicaux.
  • Les membres de la famille et le public ne connaissent souvent pas les niveaux de dotation en personnel et les normes de contrôle des infections dans un foyer de SLD jusqu’à ce qu’un soignant familial ou un agent de santé de première ligne les informe.
  • 65% des agents de santé de première ligne dans les foyers touchés par des flambées de COVID-19, ont déclaré ne pas avoir suffisamment de personnelpour fournir des soins pratiques quotidiens aux résidents.
  • Malgré la crise du COVID-19 et le fait que les résidents ont une espérance de vie médiane dans les foyers de SLD de l’Ontario de 18 mois, le gouvernement a annoncé qu’il prévoyait d’améliorer les niveaux de dotation d’ici 4 à 5 ans et le financement pour soutenir cet effort. Ce calendrier est inacceptable.

Il faut que ça change !

En raison de l’inaction du gouvernement pour améliorer la situation dans les résidences privées à but lucratif, les résidents de SLD courent un risque élevé de mourir du COVID-19. Également, les résidents sont privés de soins de base, d’hygiène, de nourriture et d’eau. C’est une violation des droits de l’homme. Au minimum, nous exigeons que le gouvernement de l’Ontario prenne immédiatement les mesures suivantes :

  • Mettre fin aux SLD à but lucratif. Les foyers de SLD à but lucratif ont des résultats pires  par rapport aux foyers de SLD à but non lucratif et municipaux. Tout exploitant à domicile qui ne respecte pas les ratios de dotation en personnel, les protocoles de contrôle des infections ou qui commet toute autre infraction majeure qui nuit aux résidents devrait immédiatement encourir une sanction sévère. Il faut envisager sérieusement de supprimer définitivement les permis de ces entreprises privées et intégrer toutes les résidences dans le système public.
  • Embaucher du personnel qualifié disponible maintenant tout en augmentant les capacités de formation et de recrutement. Établir immédiatement une norme de soins pour garantir que tous les résidents de SLD reçoivent au moins quatre heures de soins pratiques directs par jour.
  • Établir une norme de rémunération minimale pour le personnel de première ligne de SLD conforme au secteur hospitalier.
  • Au moins 70% du personnel de chaque foyer de SLD doit être employé à temps plein. Tout le personnel doit être permanent et bénéficier de congés de maladie payés et d’avantages sociaux.  Éliminez le recours aux travailleurs contractuels.
  • S’assurer que les aidants naturels sont autorisés à entrer sans restriction dans les foyers de SLD pour s’occuper de leurs proches et s’assurer que les soins appropriés sont fournis.
  • S’assurer que des partenariats officiels sont établis entre les hôpitaux, les équipes de soins primaires et tous les foyers de SLD.
  • Gardez les équipes médicales hospitalières ou communautaires en réserve et donnez-leur le pouvoir de se rendre dans les foyers de SLD, avec ou sans la permission du propriétaire du SLD, au début d’une épidémie pour aider à mettre en place les pratiques de contrôle des infections, répondre aux besoins de soins de base des résidents, y compris l’alimentation et le bain et évaluer le traitement des résidents affectés par le COVID-19.
  • Accélérez le déploiement de la vaccination pour les résidents de SLD, le personnel de première ligne et les aidants naturels.