Canada : des minières qui veulent « aider » le Mexique

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Communiqué du Réseau mexicain des affecté.e.s par l’industrie minière REMA (Traduction : Comité pour les droits humains en Amérique latine), 15 décembre 2020

Un récent communiqué de presse faisant partie de la campagne publicitaire de l’entreprise canadienne Alamos Gold annonce que «l’investissement minier» à Tetlama demeure d’actualité. (https://www.elsoldecuernavaca.com.mx/local/vigente-la-inversion-minera-en-tetlama-6075356.html) Comme on le sait, les entreprises minières prédatrices utilisent la désinformation pour imposer leurs projets de spoliation, souvent avec l’appui de «journalistes» payés, afin de dissimuler leurs intérêts économiques et en les déguisant en soi-disant «souci du bien-être des communautés».

Il n’est pas rare non plus que les entreprises extractives recrutent des personnes ayant déjà travaillé au sein d’institutions publiques pour tirer profit de leur expérience de travail au sein du gouvernement, et ce, afin d’incorporer dans leurs stratégies de manipulation les connaissances du fonctionnement des instances officielles. Cette manœuvre bien connue est appelée «la porte tournante»; l’employé.e travaillant pour le gouvernement passe du jour au lendemain à l’option privée qui le.la rémunère mieux pour vendre le savoir qu’il ou elle a acquis en tant que «fonctionnaire public».

Comme bien d’autres entreprises en son genre, Alamos gold et les employé.e.s mexicain.e.s qui servent leurs intérêts, toujours étrangers au bien-être des communautés, se présentent comme des «dames de la charité» qui viennent sauver les pauvres paysan.ne.s de la misère, alors que c’est le caractère moral de ces entreprises et de leurs employés qui est manifeste. Comme pour bien des choses, les promesses viennent d’abord et au bout de quelques années arrive l’abandon, les maladies et la mort, mais d’ici là les pillards et leurs serviteurs nationaux seront partis.

Aucune de ces personnes ne reste vivre dans les déserts qu’elles laissent derrière elles. Il ne faut pas aller loin, à Carrizalillo, Guerrero, par exemple, pour voir cet avenir et ne pas croire ces mensonges payés par l’entreprise. Ou bien ces hommes d’affaires et leurs serviteurs iront-ils s’installer avec leur famille dans une résidence bâtie au fond d’un des cratères mortels qu’ils laissent derrière eux, pour donner à boire à leurs enfants l’eau acide et contaminée, s’arrêter pour respirer l’air qu’ils polluent avec de minuscules particules de métaux lourds, qui sont le véritable paiement qu’ils versent aux communautés, sans compter la traînée de conflits internes, de violence, de souffrance et de désespoir que ces entreprises forgent, pendant qu’elles construisent en même temps leurs parcs à lixiviats et empilent leurs nouvelles collines de déchets toxiques?

Et ainsi, ils s’étonnent du manque d’eau dans les communautés, du fait qu’il n’y ait pas de couverture médicale, ni d’éducation, ou que d’autres services publics soient rares ou inexistants, puisque ces défaillances gouvernementales seront utilisées pour duper les populations, comme le font souvent les partis politiques. Aujourd’hui,l’entreprise est très préoccupée par le nettoyage d’un puits d’eau à Tetlama, évidemment puisqu’elle est toujours préoccupée par l’or et les autres minéraux sur lesquels elle a déjà calculé ses bénéfices, par le prix international des onces d’or qu’elle prétend extraire du sous-sol de notre pays, des minéraux que les habitant.e.s de Tetlama et de nombreuses communautés ne verront jamais, celles qui vivent sous la menace des effets de la spoliation qui est annoncée comme un «bénéfice».

Alamas Gold exige presque le Prix Nobel de la Paix pour sa charité. L’entreprise annonce que «parmi les emplois maintenus, il y a ceux de liaison et de soutien à la communauté à travers le travail social avec des groupes spécifiques», et, bien sûr, toujours dans le but de faire du profit : les milliards de pesos qu’elle prévoit obtenir de la misère de notre paysannerie, de sorte qu’elle trouve que la COVID-19 lui va «comme un anneau au doigt». C’est pour cette raison qu’elle promet «1500 emplois directs et quelque 6000 emplois indirects, contribuant ainsi à la relance économique de l’État». Comme si le pillage relançait l’économie de ces territoires. «La langue est aussi longue que l’effronterie».

Il est temps de se promener un peu, de faire une tournée toxique des lieux où ces entreprises arrivent, dépouillent puis partent pleines de billets: allons à la mine de Mulatos à Sonora, où Alamos Gold a expulsé les villageois.e.s avec les mêmes offres, soit avec des emplois précaires et temporaires aux salaires très bas. Ou parlons avec les pères de famille de Guerrero qui ont reçu de l’argent pour louer leurs terres maintenant polluées, et qui ne retrouveront jamais leur santé avec cet argent, ni ne pourront se débarrasser du cancer, de l’insuffisance rénale et des malformations congénitales que les entreprises offriront généreusement au fil des ans dans le cadre de leur soutien et de leur implication.

L’entreprise canadienne Alamos Gold, par l’intermédiaire de sa société «Espoir d’argent» tout comme ses serviteurs nationaux, a en effet beaucoup d’espoir de sortir l’or et l’argent de notre sous-sol. C’est à ça que servent les miettes qu’ils offrent en échange. C’est-à-dire l’appât du piège, l’appât pour cacher l’hameçon: ces miettes sont appelées «personnel technique», «équipement personnalisé», «transformateur d’énergie électrique», «campagnes de soutien direct à la population», «dotation d’appuis visuels», «bourses d’étude».

Eh bien, l’entreprise pleine de miséricorde, avec ces grands gestes de détachement, de charité, copie les politiciens en campagne, et ce, en usurpant les fonctions du gouvernement de l’État et de ses agences, avec des demi-vérités, parce qu’ils ont du personnel technique et du matériel spécialisé, nous devons le reconnaître, mais pour faire pression sur les fonctionnaires, acheter la presse et diviser les communautés, ils transforment l’énergie positive en énergie négative, lancent des campagnes, mais en guise de soutien direct à leurs plans de dépouillement, et fournissent des soutiens pour les problèmes visuels, mais pas pour voir, plutôt pour ne pas voir.

Et au cas où ils manquaient de voix, le porte-parole technique du butin a déclaré au journaliste ce qu’il avait observé: «ce travail de soutien communautaire fait partie d’un modèle d’entreprise basé sur un nouveau modèle d’exploitation minière socialement et écologiquement responsable, où nos priorités sont de travailler avec la communauté et respecter l’environnement». Apparemment, l’employé ne comprend pas ce qu’il dit, pas plus que le journaliste n’a compris le message: la priorité est une autre, parce que ce modèle est le même mais remué, conformément aux «paramètres définis dans les Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 de l’Organisation des Nations Unies», qui accorde le butin au porte-parole pour parvenir effectivement à l’agenda de surchauffe 2030. Le modèle s’appelle officiellement MEI-SAD-DCE, c’est-à-dire Modèle Extractif Intensif, Social et Écologiquement Prédateur, dont les priorités sont le pillage de la communauté et l’écocide.