Canada : enfoncer le Brésil dans la dépendance via le «libre-échange»

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Dan Furukawa Marques (1) et Pierre Beaudet

Depuis quelques années, le Canada a changé son fusil d’épaules en tentant de négocier des traités de libre-échange bilatéraux avec des pays susceptibles d’accepter les volontés des gringos, notamment le Chili, le Pérou, la Colombie, la République dominicaine. Ces traités avaient pour but de protéger les investisseurs étrangers (lire états-uniens et canadiens), au détriment des législations nationales.

«Libre-échange» ou dépendance ?

En 2017, au moment du retour de la droite, Ottawa a relancé la balle avec le projet de libre-échange MERCOSUR-Canada[3]. En signant avec le Mercosur, le Canada se verrait de facto à empêcher les États en question de légiférer pour protéger leurs droits. Concrètement selon Stuart Trew du Canadian Centre for Policy Alternatives, l’accord permettrait de protéger les entreprises canadiennes (elles pourraient poursuivre le gouvernement brésilien si elles pensent que leurs intérêts sont menacés[4]). Le Canada pourrait également soumissionner sur les marchés publics brésiliens sans entrave et renforcer la protection des droits de propriété intellectuels.

Pour bien paraître, Justin Trudeau et la vice première ministre Chrystia Freeland se vantent de vouloir inclure des clauses « annexes » sur les droits des travailleurs et la protection de l’environnement, ce qui n’a jamais eu des effets consistants dans le cas de l’ALÉNA, selon Stuart Trew.

La signature d’un tel accord apparaît inacceptable pour Greenpeace Canada qui estime que l’entente pourrait légitimer la dictature actuelle de Bolsonaro. Pour Reykia Fick (responsable de campagnes à Greenpeace), le Canada négocie avec un homme qui a comme projet de « transformer l’Amazonie en un vaste champ de soja et d’exterminer toute opposition ». Elle est scandalisée du fait que le gouvernement a refusé de soumettre cette proposition de traité au Parlement, malgré les demandes du NPD, du Bloc Québécois et des Verts et d’une pétition signée par 50 000 personnes demandant des sanctions contre un pays qui est en guerre contre l’Amazonie.

Il est encore temps

Marina dos Santos de la Direction nationale du MST est intervenue lors d’une rencontre virtuelle organisée par le Comité des Ami-es du MST au Canada le 22 avril dernier[5]. Elle a expliqué la situation gravissime qui sévit au Brésil avec les centaines de milliers de victimes de la COVID à cause de l’ineptie criminelle du gouvernement de Bolsonaro. « Les forces de répression et l’oligarchie veulent profiter de cette crise pour s’emparer encore plus des terres et développer leur méga projets agro-industriels et miniers. Pendant ce temps, des dizaines de millions de Brésiliens ont faim ». Pour autant, le MST persiste et signe. « Les campements du MST où se retrouvent des paysans sans terre et des communautés autochtones continuent de produire, de commercialiser et de planter des milliers d’arbres ». Les projets de traité de libre-échange « vont favoriser les agro-exportateurs et la “reprimarisation” de notre économie vers les exportations de soja, de café, de minéraux et de pétrole, qui profitent énormément aux riches sans créer beaucoup d’emplois ». Tout en menant une myriade de projets de développement, le MST selon Marina, « pense politiquement ». En vue de la campagne électorale de 2022, Bolsonaro avec ses amis extérieurs n’a pas jeté la serviette. « Il faudra se regrouper comme on l’a fait en 2002 et les confronter » affirme Marina Dos Santos. Il faut aussi prendre conscience que la destruction de l’Amazonie ne doit pas seulement concerner le peuple brésilien, mais toute la planète. Elle doit être considérée comme un des principaux symboles de défense de la nature au monde.

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[1] Dan Furukawa Marques est animateur des Ami-es du MST-Canada et professeur au département de sciences politiques de l’Université Laval.

[2] C’est la même politique qui fut appliquée par Ottawa lors des bains de sang perpétrés plus tard au Chili, en Argentine et ailleurs dans l’hémisphère.

[3] Le Mercosur est un traité latino-américain entre le Brésil et de trois autres pays latino-américains qui permet jusqu’à un certain point la libre circulation des marchandises et des services.

[4] Comme c’est le cas avec la nouvelle mouture de l’ALÉNA, l’ACEUM, signé en 2019 par les États-Unis, le Canada et le Mexique)

[5] Le webinaire a été organisé avec la collaboration avec Dialogue global, la Plateforme altermondialiste, le Comité pour les droits humains en Amérique latine et Common Frontiers.