Canada : médiocre réponse face à la pandémie mondiale

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Hunter McGill et Lauchlan T. Munro, extrait du blogue du Groupe McLeod, 15 juin 2020

Au milieu des nombreux reportages sur la pandémie de COVID-19, les médias canadiens ont montré peu d’intérêt pour les conséquences de la pandémie dans les pays en développement, en particulier ceux qui connaissent déjà des crises humanitaires.

Catastrophe humanitaire

Le bureau humanitaire des Nations Unies (UNOCHA) a annoncé au début de l’année – avant l’épidémie mondiale de COVID-19 – que 160 millions de personnes auraient besoin d’une aide humanitaire en 2020 et que 28,8 milliards de dollars seraient nécessaires pour répondre. L’UNOCHA a depuis demandé un montant supplémentaire de 7,3 milliards de dollars, sur la base de l’impact projeté du COVID-19 sur les personnes vivant déjà dans des crises humanitaires. Au 14 juin, les donateurs avaient annoncé des contributions représentant seulement 18% des appels. Il est prouvé que la pandémie de COVID-19 nuit déjà aux taux de vaccination réguliers dans le monde, ainsi que dans d’autres secteurs tels que l’éducation .

Si le virus se propage dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées, les conséquences seront probablement catastrophiques. Les mesures de protection du lavage des mains et de l’éloignement physique sont impossibles dans les environnements où il y a rarement de l’eau et du savon et pas d’espace. Il existe également des obstacles croissants aux efforts des agences humanitaires pour accéder à ces pays, notamment sous la forme de restrictions ou de la fermeture presque complète des systèmes logistiques internationaux (notamment le transport aérien). L’appel lancé le 23 mars par le Secrétaire général des Nations Unies en faveur d’un cessez-le-feu mondial pour permettre aux agences de secours d’accéder à l’aide humanitaire n’a pas encore reçu le soutien des cinq membres permanents titulaires d’un droit de veto du Conseil de sécurité qu’il doit adopter.

La réponse canadienne

Le 11 mars et le 7 avril, le gouvernement canadien a annoncé un financement de 159,5 millions de dollars pour lutter contre le COVID-19 à l’étranger. Parmi les bénéficiaires des fonds figuraient plusieurs agences des Nations Unies et le Mouvement international de la Croix-Rouge. Une partie de l’argent (30 millions de dollars) a été réservée à certains pays partenaires bilatéraux. Dans une démarche bienvenue, le Canada fera également pression pour l’allégement de la dette des pays les plus touchés. Il s’agit d’un début important, mais sans plus de soutien du Canada et d’autres pays donateurs, l’effort humanitaire international s’arrêtera et les pays en développement touchés par la crise deviendront des réservoirs pour COVID-19.

Le 18 mai, la ministre du Développement international, Karina Gould, a annoncé l’allocation de 306 millions de dollars à un éventail d’agences de l’ONU et des ONG, ainsi qu’au mouvement international de la Croix-Rouge. Ce financement fait suite aux appels humanitaires annuels réguliers pour 2020 lancés en décembre 2019. L’allocation est de taille similaire à la réponse humanitaire du Canada au cours des dernières années, ce qui nous a placés au septième rang dans la liste des pays donateurs en 2018.Dans une récente interview, le ministre Gould a fait référence à un nouvel engagement de 16,5 millions de dollars, étiqueté de nouveaux fonds, pour les droits des femmes et la sécurité alimentaire dans les pays africains touchés par COVID-19.

Alors, quel est le problème ?

Tout d’abord, pourquoi a-t-il fallu cinq mois pour fournir la part du Canada de la réponse à l’appel de l’ONU de décembre 2019? La crise COVID ne peut pas être la réponse complète, car le Canada n’est entré en mode crise qu’en mars 2020, trois mois après le lancement de l’appel conjoint. Cela ne devrait pas prendre autant de temps pour faire un chèque, surtout quand on sait bien à l’avance que la demande d’argent arrive.

Deuxièmement, il n’est pas du tout clair si la majeure partie de ce montant est de l’argent neuf ou simplement une réaffectation au sein du budget d’aide existant. S’il s’agit de ce dernier, c’est une réponse à très courte vue, car les résultats humanitaires à court terme d’aujourd’hui seront achetés au détriment du développement à plus long terme ou d’autres opérations de secours humanitaires. Hélas, nous avons déjà vu ce film. Le détournement de fonds des programmes existants de lutte contre le COVID-19 réduira le soutien du Canada aux réfugiés rohingyas, aux populations en situation d’insécurité alimentaire au Kenya, au Soudan et en Somalie touchées par les criquets pèlerins, et à la crise humanitaire multidimensionnelle en Haïti, pour ne nommer que quelques urgences en cours.

Troisièmement, on ne sait pas quelle part de l’aide canadienne COVID-19 ira à d’importantes institutions régionales, comme les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, par rapport à ce qui ira aux grandes agences multilatérales et aux ONG internationales, qui sont moins bien placées pour renforcer les capacités locales de résilience. Le Canada doit accroître son soutien au renforcement des organismes d’intervention humanitaire dans les pays touchés et vulnérables, conformément à son engagement en 2016 lors du Sommet humanitaire mondial .

Quatrièmement, la dernière annonce du ministre Gould de 16,5 millions de dollars en «nouvel argent» pour les droits des femmes et la sécurité alimentaire est intervenue une semaine seulement avant que l’Assemblée générale des Nations Unies ne vote sur la candidature du Canada à l’un des sièges tournants du Conseil de sécurité des Nations Unies. Quelle coïncidence.

Auparavant chef des examens par les pairs au Comité d’aide au développement de l’OCDE, Hunter McGill est chercheur principal à l’École de développement international et mondialisation, Université d’Ottawa. Ancien fonctionnaire international,  Lauchlan T. Munro  enseigne à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa.