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Gabriel Watson
La démocratie n’est jamais acquise et elle repose sur une participation citoyenne. C’est du moins ce qui ressort de la causerie qui s’est tenue à la Librairie Gallimard le 23 janvier dernier sur le thème de Contre la démesure, les dérives autoritaires en Amérique. Animée par Dalida Awada, la causerie réunissait trois auteurs : Mark Fortier, Alain Roy et Jonathan Durand Folco.

Co-organisés par Lux Éditeur, Ecosociété et la Librairie Gallimard, l’objectif de la causerie était d’échanger à partir de leur livre respectif qui portait tous à leur manière sur la récente émergence du fascisme à travers le monde, surtout aux États-Unis. Cet événement a donné la chance au public montréalais d’exprimer leurs inquiétudes en regard du courant politique international avec des experts politiques.
Idéologies autoritaires
Marjolaine Brodeur, communicatrice d’évènement pour Lux Éditeur, introduit la soirée en indiquant que pour le comité organisateur, «c’est extrêmement important d’avoir une parole qui est active, puis qui nomme ce qui est inconfortable.» Originalement organisé pour le Salon du Livre de Montréal, l’évènement a été annulé à cause d’une crainte que le sujet soit trop politique, d’où l’intervention de la Librairie Gallimard afin de prendre la relève.
Dès le début de la soirée, l’atmosphère était tendue, mais propre à la discussion, le public réagissant régulièrement aux propos des auteurs par des murmures et des commentaires d’approbation. La charmante et petite bibliothèque était remplie au maximum de sa capacité. «C’est un sujet qui préoccupe et passionne beaucoup de monde,» a dit Jeanne Gendreau, une participante à l’événement.
Nourrir le dialogue démocratique
Alain Roy, auteur du livre intitulé ‘Le Cas Trump’, explique sa volonté de participer à la causerie parce que de «tels événements nourrissent les espaces de rencontres, de dialogues, d’échange d’idées». Il considère comme important de toujours soutenir ces espaces d’échange, parce que la socialité repose là-dessus.
Jonathan Durand Folco, auteur de ‘Fascisme tranquille’, rajoute «qu’il est bien de cultiver nos muscles démocratiques, de désaccord tant qu’on ne tombe pas dans la violence physique, et être présent dans la rue, dans les espaces publics et les libraires comme ici, c’est essentiel.»

Déroulement de la soirée
La discussion a principalement traité des mécanismes par lesquels les idéologies autoritaires et fascistes gagnent en popularité, notamment à travers la désinformation, la polarisation politique et l’érosion de la confiance envers les institutions démocratiques. Donald Trump et ses actes souvent illégaux étaient un point focal de la discussion.
Malgré les références fréquentes aux États-Unis, les auteurs insistaient sur le fait que le phénomène fasciste dépasse largement les frontières américaines et concerne aussi le Canada. Jonathan Folco explique, «on reste pris au Québec pour toutes sortes de raisons dans notre imagination que l’extrême droite n’existe pas.» Il a pointé Éric Duhaime comme exemple de figure de la droite radicale au Québec. «Nous sommes encore dans les paramètres d’une démocratie libérale, ajoute-t-il, mais il faut faire attention au parti autoritaire. Avant d’arriver là, il faut agir aussi, mais c’est tough quand tu n’as pas la réalité devant toi et tu n’as pas des agents de ICE en train de kidnapper tes voisins.»
Mark Fortier, l’auteur de ‘Devenir fasciste’, pointe le danger du discours d’extrême droite québécois. «Ils vont dire que la gauche à tout le pouvoir, mais c’est parce que la gauche est majoritaire dans les trois ou quatre institutions qu’elle veut attaquer. Une fois que tu as détruit l’UQAM, Radio-Canada et le Conseil des Arts, il n’y a plus rien.»
Pour monsieur Fortier, la loi 2 du gouvernement Legault est un exemple parfait du besoin de la participation civile dans la démocratie et la réalité que notre gouvernement pourrait tourner vers des tendances autoritaires, «Ce qui a fait la grandeur de la démocratie sociale, c’est la distribution des pouvoirs, c’est de comprendre le rapport asymétrique au sein de la société, puis de permettre aux couches dominées de rencontrer le groupe dominant dans des formes juridiques et de conclure des accords. Un syndicat, c’est ça.»
Durant son temps de parole, il a insisté sur la détérioration de nos institutions démocratiques. «On n’a raboté toutes ces institutions une après l’autre pendant 40 ans, il reste deux planches, trois clous, la broche et du Tie wrap. Puis le loup arrive, il souffle et tout s’effondre.»
Trumpisme et chaos social
Alain Roy a porté une attention particulière à Donald Trump durant la discussion, en mettant l’accent sur le danger social que représente le Trumpisme. Selon lui,
«le Trumpisme est un mouvement qui cherche à créer des divisions sociales. On le voit avec les milices de l’ICE qui sèment le chaos un peu partout, avec la volonté d’envoyer la Garde nationale partout, d’invoquer la loi sur l’insurrection et même de déployer l’armée. Il y a peut-être une volonté politique de créer le chaos, car lorsqu’on cherche à provoquer un changement de régime, la première étape consiste souvent à installer un désordre social qui justifiera ensuite l’usage de la force.»
Une démocratie à défendre
Les auteurs ont unanimement insisté sur l’importance de l’engagement citoyen, de l’éducation politique et de la participation active aux mouvements sociaux. Pour eux, la démocratie ne se limite pas au vote, mais se construit dans les débats publics, les espaces culturels et les lieux de rencontre comme les librairies indépendantes.
La soirée s’est terminé pas une séance de questions entre les auteurs et la salle. Plusieurs personnes ont interrogé les auteurs sur les moyens concrets de freiner la montée des idéologies autoritaires, tant au niveau institutionnel qu’à l’échelle individuelle. Les questions portaient notamment sur le rôle des médias, la responsabilité des gouvernements et la capacité de la population à se mobiliser dans un contexte de fatigue démocratique.
Dans une conjoncture de montée des discours autoritaires, la causerie a mis en lumière l’importance que la population demeure vigilante, informée et engagée dans l’espace public. En réunissant le public, ces trois auteurs et ces idées dans un même espace, la causerie a surtout rappelé qu’au-delà des inquiétudes, le dialogue et l’engagement collectif demeurent les outils les plus solides pour faire vivre et renforcer la démocratie.

- Fortier, Mark, 2025, Devenir fasciste : ma thérapie de conversion, Lux Éditeur, Montréal, 144 pages.
- Jonathan Durand Folco, Jonathan, (2025), Fascisme tranquille : Affronter la nouvelle vague autoritaire, Écosociété, Montréal, 416 pages.
- Roy, Alain, (2025), Le cas Trump, Portrait d’un imposteur, Écosociété, Montréal, 22 pages.








