Denis Côté (AQOCI) et les membres québécois du Conseil international du FSM: Carminda Mac Lorin (Katalizo), Marcela Escribano (Alternatives), Raphaël Canet (RÏSE) et Ronald Cameron (ICAE)*

Le Forum social mondial (FSM) est le rendez-vous des organisations de la société civile et des mouvements sociaux issus des quatre coins de la planète qui œuvrent à construire un monde plus juste, durable, inclusif et démocratique, dans le respect des droits des peuples.

Né au Brésil, à Porto Alegre en 2001, le FSM a déjà parcouru tous les continents, à l’exception notable de l’Europe. Il a même rassemblé près de 35 000 personnes à Montréal en août 2016 pour la première et unique fois en Amérique du Nord. Après l’Inde (2004) et le Pakistan (2006), le FSM retourne sur le continent asiatique pour tenir sa prochaine édition à Katmandou au Népal, du 15 au 19 février 2024.

Un autre monde, maintenant !

Depuis près de 25 ans, le FSM entend dynamiser les alternatives à la mondialisation néolibérale, ce projet visant à réduire la planète à un immense marché offert au capitalisme triomphant. Ce rêve de marchands a de toute évidence profité à une infime minorité qui concentre aujourd’hui d’immenses richesses. Le produit mondial brut a été multiplié par 6 depuis les années 1980 et le nombre de milliardaires a bondi de 600% ce dernier quart de siècle. Mais le prix à payer a été colossal pour l’ensemble des peuples de la planète et plus largement du vivant.

Les inégalités ont explosé à l’intérieur et entre les pays. L’extractivisme et le consumérisme mènent la planète au bord du gouffre. Les conflits se multiplient et poussent des millions de personnes sur le chemin de l’exil, alors que d’autres s’affairent à ériger des murs pour ne pas assumer leur devoir de solidarité humaine. Plus que jamais, l’espoir, les solutions, les propositions novatrices sont nécessaires pour faire face aux défis de notre temps, voir le beau et reconnaître le bon en nous et dans tout ce qui nous entoure.

L’exception népalaise

Petit pays de 30 millions de personnes, le Népal est situé entre deux géants, l’Inde et la Chine qui, à eux deux, rassemblent plus du tiers de la population mondiale et pèsent d’un poids certain sur l’économie et la géopolitique mondiale. Sur le plan politique, entre la Chine autoritaire et l’Inde dominée par un parti nationaliste de droite, le Népal fait figure d’exception. Après une décennie de lutte armée et de mobilisations des mouvements populaires et sociaux, le Népal est entré dans un processus démocratique qui a conduit à l’adoption d’une nouvelle constitution en 2015. Le pays s’est alors engagé sur la voie du socialisme démocratique dans le cadre d’une république fédérale où l’inclusion, la justice sociale et la diversité ethnique, linguistique et culturelle sont encouragées.

C’est cet élan progressiste, exemplaire dans la région, qu’entend nourrir le FSM en posant ses valises à Katmandou. C’est ce chemin de traverse que toutes les personnes qui participeront au FSM 2024 pourront découvrir, pour s’en inspirer afin de défricher d’autres voies et ouvrir d’autres horizons en retournant chez eux.

L’espoir, c’est la jeunesse

La mobilisation s’organise déjà dans la région en vue d’assurer une large participation. Les réseaux indiens annoncent une participation de plus de 15 000 personnes, et toute la région d’Asie du Sud s’organise depuis la tenue en février 2022 du Forum social d’Asie-Pacifique (APSF) à Bangkok en Thaïlande.

On estime la participation à plus de 50 000 personnes provenant de différentes régions de la planète, dont une forte majorité du continent asiatique. Au Québec, plusieurs organisations de solidarité internationale se sont rassemblées pour mettre en place le collectif québécois En route pour le FSM au Népal. Appuyé par Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ), ce collectif de la société civile est composé majoritairement de jeunes et de femmes inspirées et inspirantes qui ont à cœur de construire un monde différent dans un esprit de solidarité intergénérationnelle.

Dans un contexte international particulièrement assombri par la montée de la violence et des agressions, notamment à l’endroit des peuples ukrainien et palestinien, et alors que l’inaction climatique des gouvernements face aux industries fossiles frise le ridicule à Dubaï avec la COP28, il est essentiel, comme le disait Antonio Gramsci, de concilier le pessimisme de l’intelligence avec l’optimisme de la volonté.

La transition écologique et sociale progresse, les mentalités changent. Pour nos enfants et les générations futures, nous n’avons pas le choix que d’opérer un changement social radical, dans un élan de solidarité à la fois local et global. L’ouverture sur le monde est essentielle pour penser en dehors de la boîte et s’extirper des griffes des tenants du statu quo qui nous mènent tout droit à la catastrophe en ne cherchant qu’à conserver leurs privilèges. Ici et ailleurs, les populations prennent conscience de l’urgence de passer à l’action. Demain à Katmandou et ensuite, en 2025, de nouveau à Montréal avec le Forum social mondial des intersections. Le processus se poursuit.

Montréal, le 07 décembre 2023

____

  • Denis Côté, Association québécoise des organismes de coopération internationale – AQOCI, et les membres québécois du Conseil international du FSM: Carminda Mac Lorin, Katalizo, Marcela Escribano, Alternatives, Raphaël Canet , Réseau international pour l’innovation sociale et écologique et Ronald Cameron, Conseil international pour l’éducation des adultes.