La place de l’altermondialisme dans Québec Solidaire

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Pierre Beaudet et Ronald Cameron

Au moment de sa fondation, Québec Solidaire s’était mis au monde sous la bannière du féminisme, de l’écologisme, du pacifisme et de l’altermondialisme. C’était une très bonne ambition, en phase avec l’ère du temps, et impliquant une nécessaire transformation radicale de note société. Par la suite, on a vu que ce message a porté, notamment auprès des plus jeunes générations. Malgré certaines langues fourchues sur la jeunesse, elle a démontré une grande maturité lors de la grève étudiante et du de 2012, qui a laissé derrière divers mouvements qui ont joué un rôle important depuis. En septembre 2019 avec 500 000 personnes dans les rues de Montréal, nous avons été plusieurs à s’étonner du ton carrément anticapitaliste des bannières, y compris des écoles secondaires.

Dans l’univers actuel de la contestation du système que l’on connaît, des noyaux intenses de mobilisation citoyenne prennent forme, comme on le voit avec l’incroyable mouvement des femmes, y compris là où il n’était qu’une force secondaire. La sensibilité écologiste ne peut plus être ignorée. Et il reste un sentiment partagé par des millions à l’effet qu’on ne peut s’en sortir sans une méga convergence planétaire. Cela explique pourquoi les jeunes sont hostiles à ce qui reste de nationalisme réactionnaire, de racisme déguisé en « guerre des civilisations », d’exclusions en tout genre notamment via l’islamophobie. Pour plusieurs de ces nouvelles générations, tout cela ne fait pas de sens.

Sur un plan positif, cette perspective se manifeste par une attitude plus ouverte avec les « autres », leurs cultures, leurs langues, les idées qu’ils peuvent nous apporter. Avant la pandémie, plus de 1000 jeunes Québécois-es partaient en stage dans le Sud chaque année à travers une myriade d’ONG et réseaux où s’exprime une volonté de se solidariser par rapport aux enjeux communs exprimés au départ par QS. Durant les derniers 20 ans, le phénomène du FSM (où se sont insérés plusieurs millions de personnes) était caractérisé par la participation des jeunes, pour écouter, mais aussi pour prendre la parole et partager leurs expériences.

Tout cela bien sûr est hétérogène avec des initiatives plus heureuses que d’autres, mais en gros, on peut constater que c’est un facteur positif. Et c’est bien pour cela que QS a intégré cette idée de l’altermondialisme qui, dans un sens, allait plus loin dans le sens d’un grand mouvement où on lutte ensemble.

En termes pratiques, QS s’est manifesté dans la lutte contre la militarisation et pour l’écologie. Le parti s’est également activé avec les camarades en Catalogne, en Écosse, au Pays basque, là où la lutte pour l’émancipation sociale se conjugue, comme au Québec, avec celle pour l’émancipation nationale. QS également a pris parti en faveur des résistances en Haïti, en Algérie, en Palestine, en Colombie. Il s’est opposé publiquement aux manœuvres de l’État canadien, fidèle allié-subalterne des États-Unis dans la guerre « sans fin » menée par l’Empire en déclin. Des élus et responsables de QS sont allés sur le terrain pour mieux comprendre les combats en cours, comme au Chili, aux États-Unis, en Catalogne, en Afrique du Sud et ailleurs.

Fait à noter, QS a porté davantage attention à l’évolution des résistances et des alternatives progressistes aux États-Unis, via le travail de la Commission altermondialiste qui a amené à plusieurs délégué. es des États-Unis au congrès de QS. L’importance de ces luttes ne peut être sous-estimée en tenant compte qu’aux États-Unis, il y a une levée en masse des jeunes, des Africains-Américains, des femmes et des couches populaires en général.

Cette liste non exhaustive montre que QS a été loyale à sa cause. Aurait-on pu faire mieux et plus? Probablement. Jusqu’à un certain point, le déplacement du centre de gravité de l’activité politique de QS vers l’Assemblée nationale, résultat de la percée de 2018, fait en sorte que les débats de ce qui est la troisième opposition portent surtout sur les actions et les législations du gouvernement provincial. Or les prérogatives et intérêts et des partis présents à l’Assemblée portent très peu sur les dossiers internationaux, qui sont sous la mainmise de l’État fédéral.

On peut avoir l’impression, mais c’est une erreur, que les débats internationaux n’intéressent pas grand monde. Mais en réalité, cela démontre davantage le caractère provincial, pour ne pas dire provincialiste du gouvernement québécois, qui est souvent occulté, ce qui fait en sorte que plusieurs des grands débats et enjeux sont souvent mis de côté dans cette Assemblée.

Si on ne fait pas attention, QS pourrait s’engouffrer dans la même impasse que le Parti québécois. Au départ indépendantiste et porteur d’une vision sociale-démocrate, le PQ est devenu un « parti de gouvernement ». Une fois chargé de gérer la province, le PQ malheureusement a été obligé de le faire dans le cadre restrictif qui est celui du fédéralisme canadien, où les « vraies affaires » (politique étrangère, sécurité, détermination des grandes politiques macro-économiques) sont centralisées à Ottawa, et non à Québec. Gilbert Paquette, militant, élu et même ministre plusieurs fois dans les administrations péquistes, explique que le PQ est devenu à la longue « provincialiste », se présentant aux élections non pas sur la base de son programme, mais pour constituer un « meilleur » gouvernement provincial[1]. Délaissant l’action et la mobilisation politique, le PQ s’est rétréci. Ses victoires électorales l’ont éloigné de la cause qu’il portait, causant son déclin. Cela aurait pu se faire autrement si le Parti aurait porté attention à ce qui se passe à l’extérieur de l’assemblée nationale et d’encourager les militant.es de s’investir dans les luttes populaires.

QS n’est évidemment pas rendu là, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas être attentifs. La cause altermondialiste, qui n’est pratiquement jamais en débat à l’Assemblée nationale, n’est pas un « à-côté », quelque chose à la fois périphérique et sympathique. Dans les rencontres nationales de QS, les dossiers internationaux requérant une intervention altermondialiste ne sont pas traités autrement que par des ateliers sur l’heure du midi, qui attirent généralement beaucoup de monde, mais qui n’ont pas pour fonction de déterminer une action politique.

Or l’action altermondialiste ne peut se faire, généralement, dans les enceintes contraintes de l’Assemblée nationale. Mais elle peut s’organiser à travers les mobilisations civiles et de masse. Ainsi, la présence de QS peut se faire sentir davantage. Informer, mobiliser, se coaliser avec les mouvements sociaux au Québec, construire des alliances avec des partenaires sociaux et politiques dans le monde sont quelques-unes des orientations que propose la Commission altermondialiste de QS pour le futur du parti après le prochain Conseil national des 21-22 novembre prochain.

[1] Gilbert Paquette, Le sens du pays, refonder le combat indépendantiste » Liber, 2020.