La semaine en Haïti (14-20 juin 2021)

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Maccénat ANDRÉ

 

Insécurité, guerre de gangs et pillage

Cette semaine, la situation sécuritaire du pays s’est encore s’aggravée. La tension était intense au bas de Delmas, déjà fragilisé. Dans un article publié le 18 juin 20121, pour décrire la situation qui prévaut de Martissant au bas de Delmas, le journal Le Nouvelliste parle « d’extension du chaos à Port-au-Prince ». En effet, depuis le lundi 14 juin 2021, des civils armés avaient attaqué une maison concessionnaire de voiture sur la route de l’aéroport. Ces scènes ont continué jusqu’à la fin de la semaine où d’autres entreprises situées au bas de Delmas et à Cité Soleil ont été pillées. Ces actes de pillage ciblés seraient imputables à la fédération de gang dénommée « G9-famille et alliés » soupçonnée de connivence avec le gouvernement de facto. Cette situation a débouché sur des affrontements entre des civils armés et des unités de la police nationale d’Haïti, provoquant un chaos total. Même un centre qui logeait des sourds-muets a été incendié dans le cadre des affrontements entre les gangs et la police.

Le bilan, quoique partiel, est très lourd. Le journal Vant Bèf Info (21 JUIN 2021) rapporte que, selon un organisme de défense des droits humains (CARDH), environ 47 personnes ont été assassinées dont 27 policiers, du 1er au 15 juin 2021. Cette semaine, plusieurs autres policiers ont été encore assassinés, dont un inspecteur. Dans certains cas, les assassins refusent de rendre les cadavres aux familles des victimes. Le redoutable chef de gang surnommé « Barbecue » serait très impliqués dans ces massacres et affrontements avec la police. En témoignent ses différentes interventions sur les réseaux sociaux via son compte Tweeter et Facebook. En réponse, des agents du corps d’Intervention et de Maintien d’Ordre (CIMO) de la Police Nationale d’Haïti ont fait des violentes représailles dans le fief de ce caïd (Bas de Delmas). Ces interventions policières auraient fait plusieurs victimes au niveau de la population : des personnes auraient été tuées, des maisons et des voitures incendiées. Par rapport à la persistance de cette situation, des organisations chrétiennes ont dénoncé cette situation en pointant du doigt le Conseil Supérieur de la Police Nationale qui a annoncé tout un ensemble de mesures jusqu’ici sans effets.

 Déplacés de guerre et accentuation de la crise humanitaire en Haïti

Depuis que la zone allant de Martissant à Cité Soleil s’est transformée en « couloir de la mort, la valse des déplacés s’amplifie de jour en jour. L’UNICEF affirme que 8500 femmes et enfants ont été forcés de quitter leur domicile. Selon un organisme de défense des droits humains (CARDH), environ 10.000 personnes ont dû quitter leurs maisons pour se réfugier dans des camps (Vant Bèf Info, 21 juin 2021). Une partie de ces déplacés est logée au centre sportif de Carrefour. Selon Le Nouvelliste, ces déplacés affirment vouloir retourner chez eux en toute sécurité, car la situation humanitaire qui y prévaut est très alarmante. Entre temps, ces personnes sont assistées par la Mairie de Carrefour, des associations de la société civile et des églises. Quant aux habitants du bas de Delmas, ils se sont réfugiés à Cité Militaire.

L’organisme de défense des droits humains CARDH dénonce la montée en puissance des gangs qui font la loi à Port-au-Prince et se demande si l’État ne serait pas responsable de cette situation. De son côté, L’Observatoire citoyen pour l’institutionnalisation de la démocratie (OCID) montre ses préoccupations par rapport à la crise multiforme qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Pour l’OCID, la crise politique est renforcée par l’insécurité civile, alimentaire et sanitaire. Sur la question de l’insécurité alimentaire, selon la Coordination Nationale sur la Sécurité Alimentaire (CNSA) environ 4.4 millions d’haïtiens sont en situation d’insécurité alimentaire.

Parallèlement, la pandémie de covid-19 continue à gagner du terrain en Haïti. Plusieurs hauts fonctionnaires et dignitaires publics sont testés positifs cette semaine. C’est le cas du le président de la Cours de Cassation et de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide qui est lui transporté d’urgence à Cuba pour se faire soigner.

Dans les milieux défavorisés, le ministère de la santé publique ne dispose d’aucun contrôle. Dans la foulée, le gouvernement de facto avait prolongé l’état d’urgence sanitaire pour une autre quinzaine de15 jours. Un nouveau centre hospitalier (Hôpital Sainte Marie) a annoncé sa saturation. De plus, le centre de traitement de covid-19 situé à Delmas 2 est en grande difficulté de fonctionnement à cause de la terreur des gangs armés. Ce qui aggrave beaucoup la situation des personnes atteintes du virus.

Référendum, insécurité, crise politique et élections

Malgré la situation chaotique précédemment décrite, le gouvernement de facto obstine à organiser le référendum pour changer illégalement la constitution du pays. À travers un tweet en date du 18 juin 2021, le CEP a annoncé l’arrivée d’une autre cargaison de « matériels sensibles et non sensibles » destinée à cette fin. Selon le ministre Mathias Pierre, il est prêt à faire des concessions pour y parvenir. Mais quelles concessions? D’un autre côté, selon le premier ministre de facto, l’ONU serait prête à appuyer le processus électoral. Mais comment? Rien de clair n’été dit jusqu’à présent.

Toutefois, la responsable des nations Unies a dépeint devant le conseil de sécurité des Nations unies une situation chaotique d’Haïti (Le Nouvelliste, 18 juin 2021). Claude Joseph intervenant devant le conseil de sécurité de l’ONU a affirmé que son gouvernement est en train de prendre des mesures pour résoudre le problème de l’insécurité et est déterminé sur à organiser le référendum et les élections. Il en a profité pour quémander 17 millions de dollars comme aide. Il en a aussi profité pour défendre son gouvernement par rapport à la description alarmante faite par la responsable de l’ONU. Selon lui, la situation sécuritaire catastrophique du pays est imputable à l’opposition. L’Initiative des Partis Politiques pour l’Avancement et le Changement plaide pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale pour résoudre cette crise.