Le Bloc Québécois est-il contre la Palestine ?

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En critiquant la nomination d’Omar Alghabra, élu au Parlement fédéral sous la bannière du Parti libéral dans la circonscription ontarienne de Mississauga, comme ministre des transports, le chef du Bloc québécois Yves-François s’est encore une fois mis sur la sellette. Selon Blanchet, Alghabra aurait eu des accointances « islamistes ». Président de la Fédération canado-arabe en 2004-05, il se serait associé à des groupes « terroristes » comme le Hamas palestinien. Peut-être que Blanchet a oublié que le PQ à l’origine était un fervent partisan du mouvement de libération de la Palestine[1]. En général dans la société québécois et en particulier pour les mouvements populaires, l’appui aux droits des Palestiniens est toujours demeuré généralisé.

Contre les « terroristes » palestiniens

Dans les années 1970-90, l’OLP était considérée comme un mouvement « terroriste » par le Canada et les États-Unis. Des combattants de l’OLP, parfois les armes à la main, défendaient les droits palestiniens contre les tueries à répétition perpétrées par l’armée israélienne dans les territoires occupés et au Liban. Pour les gouvernements, cette résistance était illégitime. En passant, Nelson Mandela et l’ANC étaient également des « terroristes ». Au Canada, tous les gouvernements, conservateurs comme libéraux, étaient hostiles aux mouvements de libération. Mais tout cela s’est aggravée avec Stephen Harper qui a copié-collé les politiques états-uniennes contre la Palestine, en coupant les fonds aux projets de coopération et en interdisant à ses fonctionnaires de « parler » aux représentants du Hamas qui venaient de remporter haut la main les élections démocratiques en Palestine occupée (en 2006). Harper par la suite voulait pénaliser les ONG québécoises et canadiennes qui œuvraient en solidarité avec la Palestine, notamment Alternatives (Montréal) et Kairos (Toronto). Le Canada selon Harper devait faire partie de la « croisade » et de la « guerre sans fin » déclarée par George W. Bush contre les peuples « non-civilisés » de la région.

L’apartheid made in Israël

Depuis quelques années, l’occupation illégale et militaire de la Palestine s’est aggravée, avec l’encouragement et le financement des États-Unis[2]. Le Canada s’est globalement rangé derrière cette politique quitte à voter temps en temps des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU sur les violations israéliennes de droits. À Ottawa, on a préféré négocier un accord de libre-échange (cela a été suivi à Québec) et développer de lucratives relations commerciales (y compris dans des domaines reliés au militaire), tout en administrant un programme d’aide très chétif concentré sur l’aide humanitaire, et qui ne permet pas vraiment aux Palestiniens de survivre aux attaques meurtrières et aux sanctions imposées qui créent la misère et la faim parmi les Palestiniens des territoires. C’est contre ce système et contre la complicité canadienne que des organisations comme la Fédération canado-arabe que présidait Omar Alghabra ont confronté.

Le droit de résister

Les principes de base de la FCA sont simples, clairs, et très semblable à ceux mis de l’avant par la plupart des organisations canadiennes et québécoises concernées :

  • Le problème palestinien n’est pas le « terrorisme », mais l’occupation israélienne, en totale violation des principes adoptés par les conventions internationales et par l’ONU.
  • Le début d’un processus de paix passe par le retrait de l’armée d’occupation et la fin des blocus imposés à Gaza et à la Cisjordanie, devant mener à la création d’un État palestinien souverain sur les territoires occupés depuis 1967 (28 % de la Palestine historique, y compris Jérusalem-Est, la capitale palestinienne).
  • Les réfugiés palestiniens (plus de 10 millions répartis dans le monde) ont le droit de revenir dans leur pays (selon les Conventions de Genève).
  • Les Palestiniens comme tous les autres peuples colonisés et violentés ont le droit de résister, autant que possible par des moyens pacifiques, ce qui n’exclut pas, comme on l’a observé en Afrique du Sud, en Angola, avec les Kurdes et ailleurs, le droit de se défendre contre les actions violentes de l’armée. En Palestine, cela a été la ligne de conduite des mouvements palestiniens, de l’OLP à Hamas[3]. Condamner ces mouvements comme « terroristes » mène à endosser la violence étatiques contre les peuples.
  • La campagne BDS est un des outils importants pour appuyer la résistance palestinienne. Il faut condamner les efforts du gouvernement israélien et de ses supporteurs dans le monde qui veulent criminaliser les actions de solidarité en les traitant d’ « antisémites ».

La balle est dans le camp du Bloc Québécois

À ma connaissance, le Bloc québécois ne s’est jamais prononcé contre les droits des Palestiniens comme tel. Cependant,  la manœuvre de Blanchet contre le nouveau ministre fédéral des transport est entré dans une pente glissante. Peut-il se démarquer des politiques anti-palestiniennes des gouvernements du Canada et des États-Unis ? Au lieu de lancer des rumeurs contre le nouveau ministre des transports, ne serait-il pas davantage judicieux de parler de la violence dans les territoires occupés et des attaques quasi quotidiennes de l’armée israélienne au Liban ? Pourrait-il rappeler l’importance de l’appui aux revendications légitimes du peuple palestinien du point de vue du droit international et dans la perspective d’un parti politique qui prône l’émancipation du Québec ? Peut-il s’excuser auprès d’Omar Alghabra ?

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[1] Le New York Times avait fait sa manchette en rapportant qu’un congrès du PQ avait applaudi chaudement un représentant de l’OLP en soulignant qu’il y avait un seul parti en Amérique du Nord à se manifester ainsi.

[2] Selon les prescriptions imposées actuellement, une partie substantielle de la répression et du contrôle de la population a été « confiée » aux forces de sécurité palestiniennes qui agissent sous commandement américain et israélien.

[3] Hamas, comme mouvement islamiste, représente le côté conservateur du nationalisme palestinien sur une vaste gamme de problématiques comme le droit des femmes. Des mouvements populaires et des organisations de gauche ont été et restent des adversaires de Hamas. C’est généralement avec ces forces que les groupes de solidarité internationale agissent, par exemple, dans la campagne BDS. D’autre part, Hamas a remporté l’adhésion de la majorité de la population palestinienne en 2006. Si on reconnaît le droit des peuples à choisir ses représentants, il faut se faire à l’idée qu’Hamas est un mouvement fortement ancré en Palestine. Par ailleurs, son combat contre l’occupation et les pratiques meurtrières israéliennes est reconnu comme juste et légitime par une forte majorité de Palestiniens, qu’ils soient partisans de Hamas ou pas. Comme Hezbollah au Liban, Hamas est un mouvement anticolonial.