Le Canada ne mérite pas de siège au Conseil de sécurité de l’ONU

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S’il est autorisé à siéger au Conseil, le Canada agira comme un «atout israélien» et contribuera à l’érosion du droit international.

par , Al Jazeera,16 juin 1010

Il n’y a pas si longtemps, le Canada était considéré comme un champion des droits de la personne et du droit international. Le pays d’Amérique du Nord était souvent considéré, contrairement à son voisin du sud, les États-Unis, comme un ardent défenseur des droits des opprimés, ainsi qu’un fidèle partisan des organisations internationales humanitaires et de réfugiés.

La législation du Canada exigeait que l’exécutif impose des sanctions contre les pays connus pour violer les droits de l’homme. Le Canada avait également une politique de soutien et d’accueil en matière d’asile politique.

Cependant, ces politiques ont été érodées sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Et, malgré les attentes contraires, cette érosion n’a pas été renversée au cours des quatre dernières années sous  le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau .

Le Canada cherche à obtenir l’un des deux sièges non permanents disponibles au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU). Mais l’abandon progressif du pays de ses postures traditionnelles soulève la question de savoir s’il en mérite un. 

Nulle part le retrait du Canada des valeurs libérales n’est plus clair que dans le cas de la Palestine.

Au cours des 20 dernières années, Ottawa a servilement suivi l’exemple de Washington sur les questions liées à la Palestine aux Nations Unies. Depuis 2000, il a voté « non » à 166 résolutions différentes de l’Assemblée générale sur la Palestine.

En revanche, les deux pays qui rivalisent avec le Canada pour un siège au CSNU- l’Irlande et la Norvège – ont tous deux une position constamment différente sur les questions relatives à la Palestine. 

Dublin et Oslo ont massivement soutenu la Palestine aux Nations Unies. Ils ont voté « Oui » 251 et 249 fois respectivement sur les résolutions relatives aux droits des Palestiniens depuis 2000. Le Canada a voté « Oui » pour 87 résolutions similaires, mais 85 d’entre elles datent de 2000 à 2010.

Depuis l’élection de Trudeau, le Canada n’a appuyé qu’une seule résolution pro-palestinienne à l’Assemblée générale. Il a choisi à plusieurs reprises de s’opposer aux tentatives des nations de condamner Israël pour ses violations des droits de l’homme et ses implantations illégales, et de soutenir la lutte des Palestiniens pour les droits et l’autodétermination.

Le gouvernement Trudeau n’a pas fait beaucoup d’efforts pour cacher sa position sur la question d’Israël-Palestine, ni ce qu’il prévoit de faire s’il obtient un siège au CSNU. En novembre 2018, lors d’une visite officielle en Israël, la ministre des Affaires étrangères de l’époque,  Chrystia Freeland, a déclaré ouvertement qu’elle espérait qu’un siège au CSNU permettrait au Canada de servir d ‘ »atout pour Israël ».

Il n’est donc pas étonnant que plus de 100 organisations et des dizaines de personnalités éminentes du Canada et d’ailleurs aient écrit une lettre ouverte aux ambassadeurs des Nations Unies, exhortant les pays à voter contre la candidature du Canada à un siège au CSNU en raison des positions anti-palestiniennes de son gouvernement.

Cette campagne inquiète le Canada. Plus tôt ce mois-ci, l’ambassadeur du Canada aux Nations Unies, Marc-André Blanchard, a envoyé une lettre à d’autres ambassadeurs des Nations Unies pour défendre les positions du Canada sur Israël-Palestine. Blanchard a souligné l’engagement de son pays à « répondre au développement et aux besoins humanitaires des Palestiniens », mais n’a pas fourni d’explication convaincante pour son bilan lamentable sur les votes contre les intérêts et les droits palestiniens à l’ONU.

La menace récente du gouvernement israélien d’annexer des parties supplémentaires de la Cisjordanie en violation flagrante du droit international rend encore plus urgente l’opposition au Canada pour un siège au Conseil de sécurité.

L’ensemble du système juridique international est basé sur le respect des frontières nationales par les nations et le rejet de toute tentative d’un pays de les modifier unilatéralement. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a eu que trois tentatives pour violer ce principe. Le premier a été la tentative de l’Iraq d’annexer le Koweït. La seconde était l’annexion de la Crimée par la Russie. Et le troisième était l’annexion par Israël d’abord de Jérusalem-Est, puis du Golan, et maintenant des parties de la Cisjordanie. 

Jusqu’à récemment, ces tentatives ont rencontré une condamnation quasi universelle. Mais ces dernières années, l’administration Trump a donné le feu vert à de telles violations par Israël. Cela a ouvert une boîte de Pandore et créé le chaos sur la scène internationale, car de nombreux pays à travers le monde sont en mesure de revendiquer des droits historiques, des intérêts de sécurité ou d’autres besoins d’annexer des terres à leurs voisins.

La question n’est pas de savoir si le Canada est «pro-israélien» ou «pro-palestinien». La question est de savoir s’il continue de croire au droit international ou s’il est maintenant aussi ouvertement dédaigneux et méprisant à son égard que son voisin du sud.

Alors que les États-Unis abdiquent leur rôle de leadership sur la scène internationale, sapent activement les principes internationaux et attaquent les organisations internationales, le Canada risque d’être entraîné dans des positions similaires.

Pour cette seule raison, il est important que le Canada ne soit pas autorisé à occuper le siège convoité au CSNU. S’il est admis au Conseil, de son propre aveu, Ottawa cherchera à être «un atout pour Israël». Cela signifierait qu’il suivrait sans réserve les politiques destructrices de l’administration Trump et contribuerait à l’érosion de l’ordre juridique international. 

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