Le devoir internationaliste avec le Venezuela

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Edgardo Lander et la Plateforme citoyenne pour la défense de la Constitution
Edgardo Lander a participé à la session sur l’Amérique latine : contrepouvoirs et stratégies et solidarités, présentée par le Réseau international pour l’innovation sociale et écologique (RÏSE), les Nouveaux Cahiers du socialisme, la Plateforme altermondialiste, la Commission altermondialiste de Québec Solidaire.
La politique des gouvernements des États-Unis envers le processus bolivarien depuis l’élection d’Hugo Chávez Frías à la présidence en 1998 jusqu’aux dérives autoritaires et répressives de ces dernières années a été marquée une série d’interventions hostiles, généralement soutenues par les deux partis qui se partagent le pouvoir en ce pays. Aujourd’hui, le Parti démocrate contrôle à la fois la présidence du pays et les deux chambres du Congrès. Avec les divisions politiques au sein du parti qui ont conduit au renforcement de son aile progressiste, la montée extraordinaire de mouvements populaires progressistes tels que Black Live Matters, les puissants mouvements de défense des droits des migrants, la justice environnementale, les droits des femmes les peuples autochtones, il y a lieu d’être prudemment optimiste quant aux possibilités de changement dans les politiques du gouvernement américain. Cela inclut la possibilité de changements dans les politiques bipartites qui ont causé et continuent de causer tant de dommages à la population vénézuélienne.
Les mouvements qui se définissent comme internationalistes pourraient relancer leurs actions et aider le peuple vénézuélien en cette phase difficile. Voici quelques-unes des priorités telles que comprises par la Plateforme citoyenne pour la défense de la Constitution, un regroupement démocratique et de gauche au Venezuela.
  1. Mettre fin aux sanctions économiques imposées depuis 2017, qui, bien qu’elles ne soient pas la seule cause de la grave crise économique et humanitaire que traverse le pays, ont contribué et continuent de contribuer à l’aggraver. Ces sanctions ont contribué à la quasi-paralysie de l’industrie pétrolière, principale source de revenus du pays et dont dépend l’économie vénézuélienne. Elles bloquent l’accès aux crédits internationaux et les possibilités de renégociation de la dette extérieure. Elles créent de sérieux obstacles à l’importation de produits alimentaires, de médicaments de base, ainsi que de l’équipement et des pièces de rechange nécessaires à l’appareil productif détérioré et à l’entretien des services essentiels dans le pays. Aujourd’hui, le produit intérieur brut représente environ 30 % de ce qu’il était il y a sept ans. Il y a aujourd’hui une grave crise alimentaire au Venezuela, la malnutrition infantile a acquis des dimensions dramatiques. Les services de santé et d’éducation, ainsi que la plupart des services publics, sont dans un état d’effondrement. Les peuples autochtones du pays et l’environnement ont gravement souffert à la fois de l’approfondissement des politiques extractivistes, en particulier dans l’arc minier de l’Orénoque, et des sanctions économiques américaines. Face à toutes ces conditions, et en l’absence de perspectives de changement, plus de cinq millions de personnes ont émigré du pays ces dernières années. Ces sanctions économiques constituent une violation ouverte du droit international, des droits de l’homme et des Conventions de Genève. elles ne sont pas une alternative à la guerre, mais une forme de guerre. L’objectif des blocus et des sanctions économiques est de causer le plus de dommages et de souffrances possibles à la population du pays soumis à ces politiques. Reconnaissant ces impacts, les sondages d’opinion au Venezuela montrent qu’une grande majorité de la population rejette les sanctions.
  1. Retirer la reconnaissance de Juan Guaidó en tant que président légitime du Venezuela car il manque à la fois de légitimité institutionnelle et de soutien populaire. Selon la dernière enquête Datanalisis, 67,4% de la population a une opinion négative de la contribution de Guaidó au bien-être du pays.
  2. Libérer les milliards de dollars et avoirs appartenant à l’État vénézuélien, qui ont été confisqués ou bloqués par le gouvernement des États-Unis. Des mécanismes peuvent être créés pour que, au moins dans un premier temps, ces fonds soient gérés conjointement avec les Nations Unies pour les consacrer à la réponse à la crise humanitaire. Dans le contexte de cette crise grave, aggravée par le COVID-19, la rétention de ces ressources constitue un acte ouvertement criminel.
  3. Abandonner la politique de changement de régime. Il n’appartient pas au gouvernement des États-Unis de décider quel gouvernement devrait gouverner le Venezuela. C’est une décision souveraine qui n’appartient qu’aux Vénézuéliens. Au-delà des discours, l’histoire de la politique américaine à l’égard de l’Amérique latine peut être caractérisée par tout sauf des orientations démocratiques. À maintes reprises, des gouvernements démocratiques avec des orientations populaires telles que celui de Jacobo Árbenz au Guatemala ou de Salvador Allende au Chili ont été renversés avec l’intervention directe des États-Unis, tandis que des gouvernements autoritaires et génocidaires comme celui de Pinochet au Chili et de la junte militaire argentine ont eu leur plein appui. La politique de changement de régime n’est pas guidée par des motivations démocratiques, mais par l’objectif d’écraser, à la fois dans la population vénézuélienne, comme dans les populations d’Amérique latine, toute idée que des changements sont possibles qui contredisent les intérêts des groupes hégémoniques aux États-Unis. Avec l’idée de changement de régime, non seulement le remplacement d’un président est recherché, mais la défaite de tout imaginaire de transformation possible.
  4. Reconnaître que la population vénézuélienne a le droit de décider souverainement de son propre destin. 82% de la population a une évaluation négative de Nicolás Maduro en tant que président. Mais la population rejette également sortie de crise violente, que ce soit par le  moyen d’un coup d’État, d’une guerre civile ou d’une intervention militaire extérieure, comme l’ont amplement démontré es expériences de l’Irak, de la Syrie, de la Libye et de l’Afghanistan. Tous les sondages d’opinion indiquent que l’aspiration de la majorité de la population vénézuélienne est de parvenir à un accord politique, une solution démocratique, constitutionnelle et électorale à la crise vénézuélienne actuelle. Chaque fois que cette possibilité apparaît à l’horizon, comme ce fut le cas dans les négociations parrainées par le gouvernement norvégien, elle a été bloquée par le gouvernement des États-Unis.