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Thierry Parisi Bienvenue, correspondant en stage

Professeur, sociologue et auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages, Alain Bihr publie ce mois-ci un volumineux bouquin L’écocide capitaliste. En trois tomes, l’ouvrage retrace « le caractère intrinsèquement écocidaire du capitalisme ».

Résumé de l’ouvrage

Dans le premier tome, l’auteur dresse le bilan de la situation écologique actuelle afin d’éclairer la dynamique catastrophique et en mettant de l’avant, le caractère systémique de la crise écologique. En effet, il soutient, dans le deuxième tome, que la catastrophe écologique actuelle se perpétue en raison de la structure socio-économique du capitalisme, qui se maintient notamment par des promesses trompeuses sur le « développement durable » et les illusions d’un business as usual.

Alain Bihr s’inspire de l’héritage de Marx pour examiner les concepts de rapports sociaux de production et de rapports capitalistes de production. Son objectif est de démontrer en quoi ces rapports sont écocidaires pour la nature interne et externe. Dans le troisième tome, il met en évidence la réponse de l’écocide mondial face à l’économie capitaliste, qui aggrave et transforme la crise structurelle actuelle en une crise systémique.

« Le vampirisme du capital » et le changement climatique

Alain Bihr s’inspire de l’œuvre majeure de Marx, Le Capital, pour comparer le capitalisme à un vampire qui s’alimente de la force productive du travail vivant pour assurer sa propre survie. Cependant, le capital ne parvient à cet objectif que par l’exploitation et la domination du travail vivant jusqu’à sa mort physique, dans le seul but de continuer à produire et à accumuler des richesses. Dans cette perspective, le sociologue français en déduit, tout comme Marx, que le capital vampirise la nature ainsi que le travail humain. En d’autres termes, le capitalisme utilise la capacité productive de la nature en ignorant les aspects cycliques et temporels de celle-ci. Ça lui permet de supplanter le temps au profit d’une pratique incessante de renouvellement des ressources matérielles visant à assurer la continuité de la production capitaliste.

Le premier volume de L’écocide capitaliste examine en profondeur les aspects de la crise écologique en passant du plus vaste au plus petit, des manifestations les plus globales aux plus localisées. Il examine également les manifestations qui semblent plus éloignées de nous en tant qu’êtres humains, ainsi que celles qui semblent nous affecter directement. En ce sens, l’auteur analyse une série d’éléments qui compliquent le changement climatique, comme l’accumulation croissante dans l’atmosphère des gaz à effet de serre, les altérations graves des principaux « milieux naturels globaux » (les océans, les forêts, les zones humides), l’épuisement des quatre éléments (terre, air, eau, feu), l’appauvrissement de la biodiversité et finalement les menaces sur la santé humaine causée, entre autres, par les pollutions diverses, l’antibiorésistance et les multiplications des zoonoses.

Les rapports capitalistes de production

Dans le deuxième tome de l’ouvrage, l’auteur affirme que les rapports capitalistes de production, tout comme l’accumulation du capital et l’expropriation des producteurs, sont effectivement écocidaires. Par ailleurs, il explique que le capital est une valeur en procès qui s’accroît et qui s’échange. Ainsi, on pourrait décrire la production comme l’utilisation de la force de travail dans un processus de travail concret qui l’unit à la nature. Ce processus lui permet de préserver sa valeur initiale tout en lui conférant une valeur additionnelle (une plus-value), en tirant plus de valeur de cette force de travail que le coût de son achat.

En somme, Alain Bihr constate qu’il y a une appropriation réelle du capital sur la nature qui la rend de plus en plus imprévisible et difficile à maîtriser. De cette manière, en voulant dominer la nature, sans en respecter ces limites, on prend le risque de perdre le contrôle sur elle.

Les conséquences de l’écocide capitaliste

Dans son dernier tome, Alain Bihr en profite pour mettre en lumière le caractère continu et discontinu du processus écocidaire, partant des fondements historiques du capitalisme jusqu’à aujourd’hui. En fait, il convient que l’économie capitaliste entame la destruction de la nature et transforme la crise structurelle actuelle en une crise systémique qui pourrait mener à l’effondrement de la civilisation, voir l’apocalypse.

Selon Alain Bihr, nous sommes entrés dans la crise finale du procès immédiat de la reproduction du capital. La perspective d’une apocalypse prendrait la forme d’un chaos écologique, entraînant une paupérisation généralisée, des maladies et des guerres. De plus, il voit un accroissement des conflits liés à l’accès aux ressources naturelles exploitables qui se raréfient et une dictature sous le couvert d’un écofascisme tentant de maintenir un semblant d’ordre.

Les solutions ?

Sans entrer dans les détails, l’auteur va y revenir dans un prochain ouvrage déjà en préparation. Il n’y aurait qu’une seule issue possible pour renverser la catastrophe écologique actuelle. En effet, Alain Bihr maintient qu’il faudrait se défaire du capitalisme en optant pour un socialisme redéfini qui prendrait en charge les enjeux et les exigences de la crise écologique. Dans ce passage, l’auteur aborde le concept d’écologie socialiste, qui s’appuie sur les principes fondamentaux du communisme pour réévaluer notre relation avec la nature. Cette approche permettrait de remettre en question nos priorités, notre organisation sociale, la socialisation des moyens de production, la planification démocratique de la production et la gestion autonome des unités de production, tout en intégrant complètement les thèmes et problématiques écologiques. Cela se produirait après l’expropriation des capitalistes et des propriétaires fonciers, afin d’assurer une représentation équitable et durable.

Cependant, dans son dernier chapitre, Alain Bihr comprend que la crise actuelle du capitalisme nous place dans une situation, qui dépasse la célèbre thèse de Rosa Luxembourg entre le socialisme ou la barbarie, en proposant une alternative plus radicale : soit du communisme, soit la mort. La catastrophe écologique a atteint un point de non-retour où ce ne sont plus seulement les conditions de vie qui sont menacées, mais la vie elle-même sur Terre.

Déjà en librairie en France, l’ouvrage sera en librairie au Québec sous peu.

Alain Bihr est un sociologue français et professeur à l’université de Franche-Comté à Besançon. Il s’identifie comme un communiste libertaire et a écrit plusieurs ouvrages sur le capitalisme, les rapports de classes et les inégalités sociales et économiques qui affectent le monde.