Crédit photo : Ici on boycott Amazon

Félix Beauchemin, chargé de l’éducation, Centre international de solidarité ouvrière (CISO), Amélie Nguyen, coordonnatrice, CISO, Félix Trudeau, président du STT d’Amazon Laval — CSN, Caroline Senneville, présidente, Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Dans un monde turbulent qui semble révéler de plus en plus le pouvoir sournois des grandes entreprises multinationales, le cas d’Amazon au Québec souligne l’urgence d’une lutte internationale coordonnée et forte.

On s’en rappelle : le 22 janvier 2025, l’entreprise Amazon annonce la fermeture soudaine de ses sept entrepôts au Québec, causant la perte de plus de 4 700 emplois. Selon l’entreprise, le retour à un modèle de livraison par sous-traitance était tout simplement préférable. Cependant, pour tous les acteurs des secteurs économiques et sociaux concernés par cette affaire, la raison sous-jacente est incontestable : la récente syndicalisation de 287 employé·e·s d’un entrepôt de Laval a été la bougie d’allumage de l’entreprise reconnue pour ses pratiques antisyndicales flagrantes.

C’est maintenant une évidence, le plan d’affaires de la multinationale repose sur l’exploitation des travailleur·se·s pour faire un profit considérable. Si ces mêmes travailleur·se·s usent de moyens légaux pour faire valoir leurs droits, l’entreprise usera, elle aussi, de passe-droits pour contrer la menace. Partout dans le monde, les schémas antisyndicaux se répètent : affichage anti-syndicat, rencontres individuelles avec les employé·e·s, renvoi de militant·e·s, pressions, menaces et surveillance. Aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France, toute tentative est rapidement et fortement réprimée à coups de millions de dollars.

Ces échecs individuels sont lourds de conséquences, comme en témoignent la perte d’emplois et l’affaiblissement du droit au travail dans chaque région touchée. Selon nous, ces défaites doivent cependant agir comme un signal d’alarme sur le pouvoir réel de ces firmes : lorsque les travailleuses et travailleurs se battent isolément dans des juridictions locales, Amazon peut déployer ses ressources et déplacer ses activités là où les syndicats sont plus faibles, les lois plus laxistes, les salaires bas et les conditions de travail encore plus précaires. C’est le principe même de la délocalisation — une escroquerie légalisée, voire encouragée, par les systèmes législatifs et économiques mis en place depuis les années 1980 —, qui a pour effet de placer les travailleur·se·s locaux en compétition avec les travailleur·se·s du monde entier.

Il serait donc valable de baisser les bras, de s’avouer vaincus face au pouvoir incontestable d’une entreprise scélérate. Cependant, l’histoire atteste que les efforts d’ampleur concertés et organisés par une masse de travailleurs et travailleuses ont la capacité de faire flancher les géants. Il y a quelques années, la transmission d’informations entre les syndicats québécois et belge de l’entreprise Kronos a mis en lumière les mensonges de l’employeur quant aux assurances fournies aux travailleuses et travailleurs de son usine canadienne, ouvrant de nouvelles avenues de négociation. Des actions mondiales concertées ont même permis d’organiser collectivement certaines usines textiles au Bangladesh. En raison de l’impact direct de ces gains sur les conditions des travailleur·se·s d’ici, les syndicats investissent depuis plus de 50 ans dans plusieurs campagnes de solidarité internationale, notamment par la création d’un réseau intersyndical de solidarité internationale, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO).

Dans un contexte où les pressions sur le marché sont de plus en plus fortes, la compétition grandissante et où les actionnaires scrutent chaque dollar investi, il peut devenir financièrement intenable de continuer à gaspiller des dollars dans des entrepôts neufs et vides, comme c’est le cas avec Amazon au Québec. Plus les initiatives de résistance se multiplient, plus les mouvements de contestation gagnent en ampleur, et plus la colère populaire gronde, l’entreprise n’aura d’autre choix que d’ouvrir la porte à la négociation. Et ce sera à ce moment précis que nous pourrons enfin renverser la balance du pouvoir.

Solidarité aux luttes syndicales du monde entier ! Solidarité aux campagnes de boycottage d’Amazon !

Le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) est un réseau intersyndical de solidarité internationale qui réunit près de 80 syndicats à travers le Québec. Il célèbre cette année ses 50 ans.