Bien que la campagne de financement du Fonds Jeunesse soit terminée, il est toujours possible d’aider la relève du journalisme engagé en cliquant sur le lien ici.
Toute contribution est appréciée !
Phoebé Boisclair-Fleury
Ces derniers mois, nous assistons à une certaine distanciation des chefs d’État, notamment des pays occidentaux, face aux États-Unis et à Donald Trump. Le forum économique mondial à Davos de janvier en est une bonne démonstration. Ces postures peuvent marquer le cours des évènements et le recul de Trump sur le Groenland en est un exemple. Mais la contestation contre l’agence états-unienne Immigration and Customs Enforcement (ICE) est plutôt le résultat de la résistance populaire.
On observe actuellement différentes manifestations de cette opposition : manifestations et soulèvements, citoyens, prises de position de personnalités ou encore activisme numérique. Ces nouveaux phénomènes de résistance face au pouvoir états-unien poussent à une constatation plus large. Jusqu’à quel point ces initiatives citoyennes réussiront-elles à changer la situation ?
La démocratie états-unienne se dégrade et l’indignation nationale et internationale se manifeste depuis le retour de Trump au pouvoir. Plusieurs États-Unien.es ne se sentent plus en sécurité dans leur pays, surtout depuis le début de la grande opération anti-immigration en cours. Les actions d’ICE heurtent beaucoup de personnes. Les mouvements sociaux peuvent saisir l’occasion pour agir.
Émergence d’un mouvement social
Certaines approches politiques suggèrent que les mouvements sociaux suivent un cycle de quatre phases pour mesurer la probabilité d’émergence d’un mouvement social : le degré d’ouverture des institutions politiques, la stabilité des alignements politiques, l’appui de personnes influentes et l’existence de divisions au sein des élites. Sur chacun de ces points, on constate des changements, ce qui laisse croire qu’un mouvement social pourrait survenir ou survient déjà.
Des forces alliées influentes
Lors de la cérémonie des Grammys qui avait lieu le 1er février dernier, nous avons pu assister à plusieurs prises de positions politiques de la part des artistes. Bad Bunny, le chanteur portoricain qui a performé à la mi-temps du Superbowl en lançant un message politique fort pour la paix aux États-Unis et qui a remporté le prix de l’album de l’année, a beaucoup fait parler à la suite de son discours de victoire : « Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des extraterrestres. Nous sommes des êtres humains et nous sommes des Américains ». Ces mots ont été suivis d’un tonnerre d’applaudissements dans la salle, révélant que beaucoup d’artistes du pays sont en accord avec ces propos.
D’autres artistes ont aussi montré leur désaccord avec les politiques migratoires de Trump dans leurs discours ou par le port d’un macaron qui portait le message « ICE out » (ICE dehors). Nous avions déjà assisté à la prise de parole de personnes influentes avant, sur des plateaux de télévisons ou surtout, en ligne.
Activisme numérique
Zara Larsson, une chanteuse suédoise qui connaît une forte popularité aux États-Unis a récemment lancé un mouvement en ligne sur TikTok. Elle a publié une vidéo exprimant son désaccord avec les actions de l’ICE. Les utilisateur.ices de la plateforme ont repartagé et recréé la vidéo, créant une tendance, comme un hashtag le ferait.
Dans un mouvement social, le rôle des médias numériques a différentes fonctions : informer des réalités vécues, organiser des évènements et mobiliser de nouvelles personnes. L’activisme en ligne est profondément lié à celui hors-ligne. La forte présence de l’activisme en ligne aux États-Unis témoigne de la profondeur du mouvement social qui est en train de se développer.

Cette forme de contestation amène aussi un autre phénomène, celui de la création de codes d’un mouvement social. Lorsque Liam Conejo Ramos, un enfant de cinq ans, fut emprisonné par ICE, beaucoup furent outrés et une image du bonnet qu’il portait lors de son arrestation a circulé en ligne. Cette image a créé un nouveau symbole du mouvement et continue de frapper l’imaginaire. C’est grâce à des symboles comme celui-ci que la lutte prend forme et peut amener de nouvelles personnes à y faire part.
Soulèvements dans les rues
Dans le cadre de la grande opération anti-immigration, Renée Good et Alex Pretti ont été tué.es en pleine rue à Minneapolis, par la suite, des manifestations ont eu lieu pour leur commémoration ainsi que pour exprimer un désaccord avec les agissements des membres d’ICE. Le meurtre de ces deux personnes a créé une opportunité politique pour la population de la ville à se soulever. Même si les manifestations ont été fortement réprimandées, elles ne cessent d’avoir lieu et entraînent des changements. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé qu’ils allaient retirer 700 membres des forces policières de l’immigration au Minnesota, soit environ un quart des effectifs dans cet état.
Nous pouvons alors conclure que ces résistances ont un effet sur le pouvoir en place et que nous assisterons probablement à des soulèvements semblables ailleurs dans le pays, ce qui contribuerait à l’influence du mouvement sur le gouvernement Trump.
L’importance des résistances populaires
Constituant un réel contre-pouvoir, ce sont les soulèvements populaires aux États-Unis qui écriront l’histoire. Nous assistons à l’exaspération d’une large partie de la population chez nos voisin.es du sud face à Trump et à ses politiques et nous voyons qu’il n’est plus possible de se taire ou de tolérer. La peur passe en arrière-plan quand la survie devient la raison pour laquelle on se bat, les États-Unien.nes ont donc de moins en moins peur et de plus en plus le besoin de se battre contre le système en place.
Dans les moments de crises politiques, les droits de la personne sont souvent négligés et c’est dans la convergence des luttes et le regroupement des différentes communautés que l’incidence de la résistance prendra plus d’envergure et changera le cours des évènements. Il est donc de notre devoir de soutenir davantage les résistances populaires pour l’égalité.









