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Isabel Cortés, correspondante
L’aube du 3 janvier 2026 restera gravée comme l’une des pages les plus sombres de l’histoire récente de l’Amérique latine. Durant l’opération « Absolute Resolve », les forces spéciales des États-Unis ont bombardé des zones proches de Caracas dans le but déclaré de « capturer » le président élu Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores. Ce que Washington présente comme une « action d’application de la loi » s’est soldé par une opération qui a coûté la vie à des personnes innocentes, laissant des familles brisées et un continent indigné.
Parmi les victimes civiles figurent Rosa Elena González, une femme de 80 ans résidant dans l’État de La Guaira, et Yohana Rodríguez Sierra, mère célibataire colombienne de 45 ans, tuée par un missile qui a frappé directement la terrasse de sa maison dans l’État de Miranda. Sa fille, Ana Corina Morales, âgée de 22 ans, a été grièvement blessée à une jambe et lutte pour se rétablir à l’hôpital.
Yohana, commerçante indépendante née près de Cartagena de Indias et résidant au Venezuela depuis plus d’une décennie, n’avait aucun lien avec le gouvernement ni avec des activités politiques ; elle vivait simplement sa vie quotidienne quand la guerre est arrivée à sa porte.
Le président colombien Gustavo Petro a condamné l’assassinat de Yohana en termes empreints de douleur : il a décrit cette femme comme une vendeuse ambulante cartagénoise qui représentait la résistance quotidienne des classes populaires. Sa mort laisse trois enfants orphelins, dont deux à l’étranger, et transmet un message clair : les ambitions impériales de Trump privilégient le contrôle du pétrole au détriment des vies humaines.
Le ministre de l’Intérieur vénézuélien, Diosdado Cabello, porte le bilan à au moins 100 personnes, incluant celles parmi les forces armées. C’est pourquoi la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a décrété sept jours de deuil national. Parmi les militaires, 32 étaient d’origine cubaine et faisaient partie du premier cercle de protection de Nicolás Maduro. Le gouvernement de La Havane l’a confirmé et les a honorés.
Le conseiller de Trump, Stephen Miller, a nié catégoriquement l’existence de victimes civiles, pourtant documentée.
Le débat à l’ONU : un rejet de l’unilatéralisme
La session d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU du 5 janvier 2026 a laissé les États-Unis pratiquement isolés après l’intervention au Venezuela. Convoquée par la Colombie, la réunion a révélé un rejet presque unanime de l’usage unilatéral de la force. Gustavo Petro a condamné énergiquement la violation de la souveraineté
L’ambassadeur Mike Waltz a nié l’existence d’une guerre ou d’une occupation : « Nous n’occupons aucun pays ». Il a présenté l’opération comme une « application de la loi » pour narcoterrorisme, invoquant la légitime défens, mais il a évité de répondre aux déclarations de Trump sur le fait de « diriger » le Venezuela et de prioriser son pétrole.
L’ambassadeur vénézuélien Samuel Moncada a conclu en exigeant la libération immédiate de Maduro et Flores, qualifiant l’action d’« attaque armée illégitime ».
Le mythe du cartel des Soleils
Nicolás Maduro, âgé de 63 ans, et son épouse Cilia Flores, âgée de 69 ans, ont comparu dans un tribunal de Manhattan le lundi 5 janvier avec des contusions visibles. L’avocat de Flores a demandé des radiographies pour d’éventuelles fractures aux côtes, soulignant leur vulnérabilité en raison de leur âge et de leur sexe.
Maduro a salué son avocat Barry Pollack, qui représente aussi Julian Assange, tandis que son épouse est défendue par Mark Donnelly, juriste spécialisé en délits économiques et ancien procureur du Département de la Justice.
Maduro s’est déclaré innocent : « Je suis le président du Venezuela et je me considère comme un prisonnier de guerre. J’ai été capturé chez moi à Caracas ». « Je suis innocent, je ne plaide pas coupable », a-t-il indiqué au juge.
Quant aux chefs d’accusation, le parquet de New-York accuse Maduro et les autres inculpés de conspiration pour commettre du « narcoterrorisme », de conspiration pour importer de la cocaïne aux États-Unis, de possession de mitrailleuses et d’engins destructeurs, ainsi que de conspiration pour posséder ce type d’armement contre des intérêts des États-Unis.
Initialement, le Département de la Justice accusait Maduro de diriger le « cartel des Soleils » comme organisation terroriste en 2020, avec 32 mentions dans l’acte d’accusation. Après sa capture, une révision de décembre 2025 a réduit le terme à deux apparitions, le redéfinissant comme un « système clientéliste » de corruption, admettant implicitement son inexistence formelle.
L’« accord » pétrolier, pillage déguisé en aide
Trump a annoncé la livraison de 30 à 50 millions de barils par des « autorités provisoires », avec des revenus contrôlés par Washington. Le Département de l’Énergie promet de lever des sanctions sélectives pour « moderniser » les infrastructures, mais cela équivaut à une colonisation : technologie et spécialistes des États-Unis entreront pour exploiter les gisements, au bénéfice des corporations tandis que le Venezuela perd sa souveraineté.
Dans le même contexte, la récente saisie du pétrolier M/T Sophia en mer des Caraïbes — la deuxième en une seule journée — prend un ton encore plus cynique. Le Commandement Sud des États-Unis l’a présenté comme un coup contre une « flotte fantôme » sanctionnée menant des « activités illicites ». Cependant, cette opération fait partie du même schéma d’assié économique qui a culminé avec l’enlèvement de Maduro : asphyxier économiquement le Venezuela pour forcer sa soumission et livrer ses ressources à des corporations des États-Unis.
Trump a déclaré ouvertement que sa priorité est de « reprendre le contrôle du pétrole » pour les « grandes compagnies »des États-Unis.
Le retour de l’impérialisme
L’enlèvement de Maduro et les menaces d’invasion de Trump en Amérique latine représentent un retour à un impérialisme d’intervention directe en Amérique latine. Les victimes comme Yohana Rodríguez Sierra n’étaient des « dommages collatéraux » ; elles ont été assassinées suivant un agenda extractiviste qui méprise les vies latino-américaines.
Les protestations contre la guerre unilatérale et non déclarée lancée par le gouvernement de Trump contre le Venezuela ont éclaté avec force durant le week-end du 3 au 5 janvier 2026, mobilisant des milliers de personnes aux États-Unis et dans le monde entier.
L’indignation a franchi les frontières : en Amérique latine, les rues de Caracas, de Mexico, de Bogotá et d’autres capitales se sont remplies de manifestants ; en Europe, des rassemblements à Madrid, Londres et Bruxelles ont condamnél’agression ; et à La Havane et à Ankara, des voix solidaires ont brandi des drapeaux bolivariens. Ces marches inclusives, avec une forte présence de femmes, de migrants et de communautés latines, mettent en lumière un rejet mondial de l’unilatéralisme qui menace la souveraineté régionale et évoque des traumatismes historiques d’interventions passées.








