Photo tirée du site de la Via Campesina.

Déclaration de La Via Campesina, mouvement paysan mondial

Déclaration de solidarité avec le peuple vénézuélien, ses organisations paysannes et populaires face à l’escalade des agressions et à l’intervention militaire des États-Unis.

La Via Campesina, mouvement paysan mondial, condamne fermement l’agression militaire des États-Unis contre la République bolivarienne du Venezuela et l’atteinte à sa souveraineté. Nous réaffirmons le droit inaliénable du peuple vénézuélien à décider de son orientation politique sans intervention étrangère, et nous dénonçons les violations répétées du droit international ainsi que l’ingérence des puissances impérialistes dans la vie démocratique de nos peuples.

Face à ce qui s’est produit au matin du 3 janvier 2026 au Venezuela — le bombardement surprise dans la capitale Caracas et l’annonce de l’enlèvement du président en exercice Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores — le monde est resté stupéfait devant l’exercice d’un pouvoir abusif que Donald Trump et son gouvernement déploient avec un cynisme et une impunité totale. Le gouvernement vénézuélien, désormais assumé par l’actuelle vice-présidente, a annoncé la mort d’au moins 40 personnes, ainsi que des blessé·es et des dégâts dans des zones urbaines.

L’intervention des États-Unis porte un coup dur aux paysan·nes vénézuélien·nes, qui sont celles et ceux qui assurent l’approvisionnement alimentaire. Lorsque l’impérialisme arrive, il s’accompagne de spoliation et d’agressions : militarisation du territoire, criminalisation des organisations rurales, progression de l’extractivisme, contrôle des semences et des denrées alimentaires par les multinationales, tout cela conduisant à une augmentation de la souffrance et à la migration des paysan·nes.

Pour la paysannerie de toute l’Amérique latine et des Caraïbes, cette agression est un avertissement : s’ils peuvent le faire au Venezuela, ils tenteront de le faire dans n’importe quel pays qui refuse d’obéir. C’est pourquoi notre réponse doit être internationale, urgente et organisée : défendre le Venezuela, c’est défendre la souveraineté alimentaire, la réforme agraire populaire et le droit de nos peuples à vivre et à produire sans occupation ni menaces.

Face à ce qui s’est passé au Venezuela, nous sommes devant des preuves claires de l’ambition impérialiste des États-Unis, qui s’exerce en envahissant et en intervenant dans un pays souverain. Ce n’est pas la première fois : les États-Unis sont intervenus de manière notoire, tant ouvertement que secrètement, en Amérique latine plus de 50 fois depuis les années 1950. Mais cela ne se limite pas à l’Amérique latine. Rien qu’en 2025, les États-Unis ont bombardé la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Yémen et la Somalie, affichant clairement leur politique interventionniste, sans qu’aucune institution internationale ne puisse les en empêcher.

Face à cette escalade, nous exigeons la cessation immédiate de toute agression, le respect sans réserve de la vie de la population civile et le plein rétablissement des garanties souveraines du Venezuela. Nous réaffirmons que l’Amérique latine et les Caraïbes doivent être une zone de paix, et non de guerre. Les paysan·nes, les peuples autochtones et les travailleur·euses ruraux·les du continent ont trop souvent été victimes d’interventions qui ouvrent la voie à l’accaparement des terres, à l’expansion extractiviste, à des projets miniers et énergétiques imposés et au pillage des biens communs au bénéfice de corporations transnationales.

Nous rejetons l’utilisation de prétextes tels que la « guerre contre les drogues » pour envahir et intervenir dans des pays souverains et assurer des intérêts géopolitiques et économiques.

Nous dénonçons en outre que cette intervention s’inscrit dans une escalade de pressions, de menaces et de déploiements militaires dans les Caraïbes et la région, signalée depuis des mois par des organisations paysannes et populaires. L’attaque du 3 janvier marque un point d’extrême gravité : elle normalise l’usage unilatéral de la force et affaiblit les principes fondamentaux de la coexistence internationale.

Nous rejetons toute intervention extérieure et toute forme de violence contre les peuples, ainsi que le blocus, les sanctions et les mesures coercitives unilatérales qui punissent celles et ceux qui travaillent la terre, aggravant ainsi la faim et la précarité.

La Via Campesina encourage les États à reconnaître immédiatement la  présidence par intérim de Delcy Rodríguez et à s’opposer fermement à  toute tentative de contrôle colonial du Venezuela par les États-Unis.

Nous exigeons que les organismes multilatéraux agissent d’urgence pour arrêter l’escalade, protéger la population civile et garantir que les violations du droit international humanitaire soient investiguées. En même temps, nous alertons sur la circulation de désinformation et de contenus manipulés dans le cadre de cette crise.

Depuis La Via Campesina, nous nous joignons à l’appel international à condamner cette intervention et nous appelons d’urgence nos organisations membres, nos mouvements alliés et les peuples du monde à élever une seule voix pour la paix dans la justice et l’autodétermination.

À un moment où des politiques autoritaires et fascistes avancent dans différentes régions du monde, La Vía Campesina se joint à l’appel international condamnant cette intervention et invite de toute urgence ses organisations membres, ses mouvements alliés et les peuples du monde entier à descendre dans la rue pour élever d’une seule voix leur voix en faveur de la paix, de la justice et de l’autodétermination du Venezuela et de nos peuples.

Halte à l’intervention impérialiste ! Le Venezuela n’est pas seul !

Cette publication est également disponible en English et en Español.