États-Unis : Trump veut profiter de la caravane

Isabelle Hanne, Libération, 23 octobre 2018

En meeting à Houston lundi, deux semaines avant les midterms, le président américain utilise la foule de quelques 2 000 personnes en marche vers la Californie comme un argument contre les démocrates.Il n’a pas fallu attendre plus de cinq minutes pour que soit mentionnée la nouvelle obsession présidentielle. «La caravane»,a lancé Donald Trump, en balayant du regard la foule de supporters du Toyota Center, une salle omnisports de Houston, lors de son meeting de soutien au sénateur du Texas Ted Cruz lundi soir. «Vous savez comment ça a commencé ? Je crois que les démocrates ont quelque chose à voir là-dedans. C’est une attaque contre notre pays. Dans cette caravane, il y a de très mauvaises personnes.» Avant de rappeler la nécessité de«construire rapidement un mur, pour protéger nos frontières». Quelques minutes plus tôt, Ted Cruz, candidat à sa succession lors des élections de mi-mandat le 6 novembre (où seront remis au vote l’intégralité des sièges de la Chambre des représentants, un tiers du Sénat, des postes de gouverneurs, outre des législatives locales), avait déjà évoqué la question de l’immigration, et appelé de ses voeux la construction du fameux mur à la frontière avec le Mexique.

Depuis quelques jours, et après que les chaînes d’info américaines s’en sont fait l’écho, le président américain n’a de cesse de faire référence à qui se dirige vers les Etats-Unis. Selon une estimation de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ils seraient environ 7 200, «dont la plupart ont l’intention de continuer leur marche vers le nord»,a précisé un porte-parole de l’ONU lundi. Ces milliers de migrants, en majorité honduriens, traversent en ce moment le Mexique et sont à près de 2 000 kilomètres du poste-frontière américain le plus proche (McAllen, au Texas).

Dans une série de tweets lundi matin, Donald Trump a même avancé que des «criminels et des Moyen-Orientaux»s’étaient mélangés au cortège. La Maison Blanche n’a, pour l’instant, pas apporté de preuve pour étayer cette affirmation et les associations qui viennent en aide à ces migrants sur place démentent. Toujours sur Twitter, le président américain a annoncé une réduction immédiate des aides au Honduras, au Guatemala et au Salvador, accusés de ne pas avoir été capables «d’empêcher les gens de quitter leur pays pour entrer illégalement aux Etats-Unis». Avant de désigner le coupable : le parti démocrate.«A chaque fois que vous verrez une caravane ou des gens essayer de pénétrer illégalement dans notre pays, pensez aux démocrates et tenez-les responsables de ne pas nous avoir donné leurs voix pour changer nos pathétiques lois sur l’immigration,a tancé Trump, semblant oublier que les républicains sont majoritaires aux deux chambres du Congrès, et qu’il doit l’échec de ses réformes sur l’immigration à son propre parti.Pensez aux midterms !», a-t-il lancé, enfonçant le clou.

Une occasion rêvée pour le parti républicain

Ce n’est pas la première fois qu’une telle caravane se forme. «Avec la militarisation des frontières, depuis le milieu des années 90, les migrations dans la région sont devenues de plus en plus dangereuses et coûteuses,explique Elizabeth Oglesby, professeure associée au Centre d’études latino-américaines de l’université de l’Arizona (Tucson). Les routes migratoires à travers le Mexique sont de plus en plus contrôlées par le crime organisé, pour qui ces migrants centraméricains sont des proies : extorsion, trafics… Ces caravanes se forment notamment grâce aux réseaux sociaux, ce qui leur permet d’avoir une visibilité, donc une protection, et de recevoir l’aide de certaines organisations humanitaires.»Une caravane de 1 200 migrants avait, par exemple, traversé le Mexique en avril dernier (seule une petite fraction d’entre eux, environ 200 personnes, avait marché jusqu’à la frontière avec la Californie). Mais outre son ampleur, celle de ces derniers jours trouve une résonance particulière dans le contexte électoral américain.

Trump en tête, n’aurait pu rêver d’images plus fortes pour mobiliser ses électeurs, à deux semaines des élections de mi-mandat où le parti démocrate pourrait reprendre la majorité à la Chambre des représentants. «Ce sera l’élection de la caravane, de Kavanaugh [l’ultra-conservateur récemment nommé à la Cour suprême],des réductions d’impôts, de l’ordre public et du bon sens»,a débité le président américain lors de son discours d’une heure vingt à Houston, lundi soir, acclamé par plus de 18 000 personnes, n’oubliant aucun des éléments de langage du Grand Old Party (GOP, surnom du parti républicain) pour ces midterms. Et remettant en selle le sujet de l’immigration illégale, épouvantail pour l’électorat républicain.

«Donald Trump essaye de faire peur avec cette histoire, mais les ficelles sont grosses,reprend Elizabeth Oglesby. Il ne s’agit pas d’une crise transfrontalière – selon les chiffres du département américain de la Sécurité intérieure, les traversées illégales de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis sont au plus bas depuis 1971 -, mais d’un groupe de gens ordinaires qui veulent demander l’asile politique, notamment à cause de la répression au Honduras.»Selon une enquête nationale du Pew Research Center, réalisée entre fin septembre et début octobre, l’immigration est considérée comme le «premier problème du pays»par les électeurs républicains. Donald Trump le sait bien, lui qui avait fait de la lutte contre l’immigration illégale la rengaine de sa campagne victorieuse en 2016.

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