La crise syrienne au prisme du réchauffement climatique

Andreas Main, extrait d’un texte paru dans Socialist Project, 22 avril 2018

La Syrie, dans les années qui ont précédé le déclenchement de la révolution de 2011, a été frappée par une grave sécheresse, qui a atteint son plus haut sommet d’intensité dans les années 2006-2010. Les cultures de blé et d’orge ont plus que diminué de moitié; presque tous les troupeaux de bétail ont été effacés ; des centaines de villages ont été abandonnés alors que les terres agricoles se transformaient en désert. On estime que plus d’un million de ruraux ont fui vers la périphérie des grandes villes, Damas, Alep, Homs, Hama, rejoignant les rangs des milliers de sans emploi. Entre-temps, les prix des aliments ont triplé.

Qu’a fait le régime de Bachar al-Assad quand les gens ont mangé de la poussière ? Le début de la sécheresse a coïncidé avec une tentative de « rénover » les fondements de la classe dirigeante syrienne, ce qui voulait dire appuyer encore plus fortement une nouvelle clique d’hommes d’affaires. Alors que les récoltes flétrissaient, les marchés immobiliers connaissaient des booms fabuleux. On multipliait les zones de libre-échange, des boutiques de luxe et des cafés fantaisistes dans les centres de Damas et d’Alep. Les terres fertiles possédés par l’État ont passé dans les mains des entrepreneurs.

Et puis la Syrie a explosé. À Dera’a – une ville du sud agricole, les premiers à oser marcher, venaient des régions rurales et des quartiers périphériques, où un grand nombre de migrants avaient élu domicile. Lorsque les manifestations se sont transformées en guerre civile en 2012, les rebelles armés arrivant de leurs villages libérés dans les villes ont trouvé soutien dans ces quartiers. Dans les villes en effet, les revendications des ruraux déplacés et des citadins marginalisés se sont rencontrés pour remettre en question la nature et la distribution du pouvoir. Combiné avec une foule d’autres étincelles, le changement climatique, semble-t-il, a enflammé le fusible.

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