Les États-Unis et la guerre « sans fin » 

 

Pierre Beaudet et Michel Warschawski, Plateforme altermondialiste, 29 mars 2019

 

 

La stratégie néoconservatrice qui prend forme au tournant des années 1990 se traduit par une guerre globale, permanente et préventive (GGPP) :

  • La guerre est globale, elle n’a pas de théâtre d’opérations délimité. Elle traverse toutes les frontières. Elle n’est plus soumise aux conventions internationales. L’occupation des territoires par des forces armées américaines est présentée comme légitime et nécessaire, de même que l’utilisation d’armes de destruction massive. On légalise également des pratiques qui étaient utilisées de manière semi-clandestine, telles la torture, la détention sans procès, les assassinats, etc.
  • La guerre est permanente. Elle n’a ni début ni fin. Il y aura toujours des conflits et les États-Unis seront toujours prêts. La guerre n’est plus régie par des déclarations formelles ou des processus soumis à une certaine légalité internationale. Elle fait partie du dispositif « normal » de la domination.
  • La guerre est préventive. Les États-Unis se réservent le droit d’attaquer avant d’être directement menacés et donc d’agir en anticipant les actions d’adversaires réels ou présumés. La Charte des Nations Unies est caduque[1].

 

 

Comment faire pour que les États-Unis demeurent la seule et unique superpuissance mondiale (the New American Century Project)

Les États-Unis sont la seule superpuissance au monde, combinant une puissance militaire prééminente, une primauté technique à l’échelle mondiale et l’économie la plus puissante au monde. La grande stratégie de l’Amérique doit préserver et accroître cette position favorable pour une durée à venir aussi longue que possible. Toutefois, il existe des États potentiellement puissants qui ne se satisfont pas de la situation présente et désirent la faire évoluer s’ils le peuvent dans des directions qui mettent en danger l’état de paix relative, de prospérité et de liberté dont le monde jouit aujourd’hui. Jusqu’à présent, ils ont été dissuadés d’agir par les capacités et l’étendue mondiale de la puissance militaire américaine, seulement dans la mesure où cette puissance décline, de façon relative, mais aussi dans l’absolu[2]. Le défi du siècle à venir est de préserver la « Pax américana ».

 

Aujourd’hui, des bases militaires américaines permanentes sont installées au Moyen-Orient. Une immense campagne est déclenchée pour imposer l’idée que les États-Unis combattent un nouvel « axe du mal », un ennemi global qu’il faut neutraliser à tout prix, y compris par la guerre préventive. Cet ennemi, ce n’est plus le communisme, c’est le « terrorisme international » qui progressivement devient le « terrorisme islamiste ».  De l’Afghanistan à la Palestine, en passant par le Pakistan, l’Iran, le Liban, le Yémen, la Syrie et l’Irak, se constitue alors un arc de crises, une zone d’interventions militaires permanentes sous la gouverne des États-Unis avec quelques alliés-subalternes dont le Canada.

[1]  L’article Vll de la Charte des Nations Unies impose aux États membres l’obligation de s’en remettre au Conseil de sécurité en cas « de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression ».

[2] Reconstruire les défenses de l’Amérique, Rapport du Projet pour le Nouveau Siècle Américain, septembre 2000, < http://www.reopen911.info/uploads/document/fichier/pnac-reconstruire-les-defenses-de-l-amerique.pdf >

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