Mexique : à quand la quatrième transformation ?

 

Andrés Lund Medina, extraits d’un texte paru dans Rébellon, 30 mai 2019

https://www.rebelion.org/noticia.php?id=256648

 

Sans aucun doute, l’arrivée à la présidence mexicaine d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO), soutenue par l’alliance interclassiste qu’est MORENA et par le vote massif contre les gouvernements néolibéraux, a entraîné un changement de régime politique.
Nous sommes passés d’un régime oligarchique néolibéral, autoritaire et répressif mais recouvert des vêtements d’une démocratie libérale, à un nouveau gouvernement avec des caractéristiques bonapartistes, avec un Caudillo qui vise à dépasser la lutte de classe, dans le sillage fatigué des soi-disant gouvernements progressistes latino-américains.
Du domaine politico-idéologique néolibéral de plus en plus délégitimé, qui opérait avec plus de coercition et sans générer de consensus, nous sommes passés à un nouveau gouvernement doté d’une forte légitimité politique.
Cependant, ce gouvernement d’AMLO maintient sa bataille politique contre le régime passé avec une nouvelle couche d’intellectuels organiques (des très efficaces « youtuberos »). La lutte pour le pouvoir se poursuit et cherche à imposer une nouvelle forme de domination hégémonique qui génère un nouveau consensus ainsi qu’un nouveau sens commun chez la majorité du peuple mexicain.
Dans cette politique hégémonique du nouveau gouvernement, il s’agit d’imposer le discours et l’histoire de la rupture avec le néolibéralisme, simplifié à une forme de gouvernement corrompue au service d’un petit groupe d’oligarques. Dans ce discours, la crise qui a causé le néolibéralisme est due principalement à la corruption. La crise au Mexique est une crise morale qui nécessite par conséquent une régénération morale dont le cœur est l’honnêteté et l’austérité républicaine.
En réalité, le discours patriotique de l’austérité républicaine ne fait que répéter les politiques économiques très réelles de l’austérité néolibérale et de ses coupes dans l’état social, entraînant une croissance du chômage et des réductions dans le budget social. Mario Di Costanzo, un ancien collaborateur d’AMLO, pose un « diagnostic dévastateur » (Processo 22 mai 2019) : « La quatrième transition annoncée par AMLO ressemble davantage à un État néolibéral mal fait. » Selon Di Costanzo, « l’ajustement agressif des dépenses publiques, les réductions d’effectifs, les baisses de salaires, la réduction des dépenses courantes, réduisent les muscles et les artères qui affecteront le gouvernement. Le néolibéralisme reste dans le gouvernement d’AMLO et recycle le discours idéologique de l’austérité.
De son côté, l’histoire de la corruption ne cache pas que ce nouveau gouvernement maintient le processus d’accumulation capitaliste par la dépossession, qui est l’essence même du néolibéralisme. Parce que le néolibéralisme n’est pas un régime politique spécifique (il admet différentes formes de domination) mais une politique économique qui promeut un modèle d’accumulation qui intensifie l’exploitation, éclipsant l’État social et privant les pays semi-coloniaux d’une grande partie de leur richesse pendant plusieurs années. Et ce, par divers moyens : la dette extérieure, la dépossession salariale, l’extractivisme, etc.

Leurs politiques de redistribution attendues ne visent pas la reconstruction de l’État social, c’est-à-dire qu’elles ne visent pas à rétablir les obligations constitutionnelles de l’État, ni à maintenir ou à encourager des formes d’auto-organisation sociale qui ont résisté ou ont été créées pour résister à la violence institutionnelle de la vague néolibérale. Dans l’intérêt de sa lutte morale contre la corruption, ce gouvernement continue de sacrifier les droits des services sociaux et des droits syndicaux, ainsi que les organisations qui tentent de couvrir les espaces abandonnés en minimisant l’état néolibéral. Le nouveau gouvernement d’AMLO a choisi de promouvoir des politiques de protection sociale sans l’intervention d’organisations sociales, favorisant ainsi l’individualisme et le clientélisme politique autour d’un présidential remodelé.

Par exemple, la renationalisation de PEMEX pouvant être compliquée et affecter réellement les intérêts des transnationales, il est préférable de parler de la nécessité de la moralité. Comment promouvoir une authentique récupération des salaires pour tous les travailleurs peut gêner les employeurs, en ignorant les grèves et en continuant de réitérer le discours de la société moralisante ? S’attaquer à l’extractivisme aliénant les investissements nationaux et étrangers, il est préférable de lutter contre la corruption et de promouvoir le débat moral. Comment déraciner le néolibéralisme (qui est essentiellement économique) ne fait pas partie de l’horizon mental et politique du gouvernement AMLO.
Le nouveau gouvernement d’AMLO entend s’arracher un drapeau à droite : le discours moral, l’appel du Bien et le respect de l’ordre établi (famille, juridique, gouvernemental). Avec cela, il s’efforce de changer le débat politique et économique en faveur de la moralité, en essayant d’occuper le centre politique, en s’éloignant de toute identification avec la gauche.

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