Moyen-Orient et Afrique du nord : une brèche émancipatrice

Didier Epsztajn, Entre les lignes entre les mots, 4 janvier 2019

Une brèche émancipatrice ouverte…

 

Dans l’éditorial, « Moyen-Orient et Afrique du Nord : l’automne de la révolution ? », moyen-orient-et-afrique-du-nord-lautomne-de-la-revolution/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Frédéric Thomas souligne qu’il y a bien un avant et un après 2011, « la permanence, l’intensité et la diversité des luttes sociales en cours », des mouvements sociaux de grande ampleur, des conflits armés, l’instrumentalisation du « terrorisme », « D’où la nécessité de revenir sur celles-ci, en analysant les dynamiques de ces révolutions et transitions, en cernant au plus près les narrations (et leurs enjeux) à l’œuvre, en éclairant les paradoxes et contradictions, et en adoptant un regard attaché aux mutations par le bas. C’est l’objectif des contributions réunies dans cet Alternatives Sud ».

Les révolutions et les contre-révolutions, les délégitimations des élans insurrectionnels, les réductions essentialisantes ou au prisme du « religieux », les inégalités et la concentration des richesses, le chômage, la place de la jeunesse, la corruption… Comme l’écrit Frédéric Thomas : la focalisation sur certains phénomènes présentés comme inhérents aux population de la région « contribue à faire l’impasse sur l’histoire, à figer les rapports sociaux dans une lecture identitaire, et à neutraliser les reconfigurations à l’œuvre ».

Les fondamentalismes religieux doivent être analysés comme tous les autres phénomènes sociaux. Il faut en comprendre les sources, les contradictions, le poids des politiques institutionnelles, les défaites de luttes antérieures, etc., dont comme le souligne l’auteur « le fruit, la mesure et la cause d’une disqualification des mouvements révolutionnaires et de l’échec des nationalismes arabes ».

Les phénomènes sociaux ne sont jamais réductibles à la seule idéologie, Frédéric Thomas indique qu’il ne faut pas « minimiser le caractère fonctionnel » des mobilisations « identitaires », la marque des refus de la corruption des Etats ou la volonté de « moralisation » dans des expressions religieuses. J’ajoute que le plus souvent ces « réveils » religieux ne sont pas mis en relation avec les procès de sécularisation qui traversent les sociétés – et ne sont pas réductibles aux seuls effets de la marchandisation capitaliste -, les tensions et conflits entre pays, les objectifs de conquête ou de maintien du pouvoir…

« Si, comme partout ailleurs, les sociétés de la région sont divisées, ces divisions sont, comme toujours, prises dans des rapports sociaux de classe, de « race » et de genre, qui renvoient à des visions, intérêts et pouvoirs différents, au cœur des luttes sociales, dont les articles réunis ici donnent à voir la dynamique et la pluralité ».

L’auteur aborde aussi la place des travailleurs et des travailleuses domestiques asiatiques et africain·es, l’occultation du racisme généralisé, les logiques disciplinaires de contrôle des femmes et de leurs corps, le paternalisme étatique, la centralité des enjeux socio-environnementaux et de l’accès aux services sociaux… « aucune solution sans une transformation radicale du statu quo »…

Sommaire :

  • Frédéric Thomas : Moyen-orient et Afrique du Nord : l’automne de la révolution ?
  • Ahmed Saad G. Alowfi , Faisal Abdullah Abualhassan : Arabie saoudite : changements sociaux au regard de la « Vision 2030 »
  • Zahra Ali : Irak : entre militarisation et mobilisation sociale
  • Tara Povey : Iran : néolibéralisme, organisation des travailleurs et mobilisation populaire
  • Sara Ababneh : Jordanie : soulèvement contre le néolibéralisme
  • Alex Boodrookas : Koweït : coalitions inédites et durcissement de la répression
  • Nicolas Dot Pouillard (entretien) : Liban : mouvements sociaux et logiques confessionnelles
  • Ibrahim Natil : Palestine : dynamiques citoyennes sous l’occupation
  • Gulîstan Özer : Rojava : un espoir démocratique dans le chaos ensanglanté ?
  • Leila Al-Shami : Syrie : un pays en feu
  • Buket Turkmen : Turquie : nouveaux « sujets » de luttes et politiques de guerre
  • François Frison-Roche : Yémen : Etat disloqué, société fragmentée, avenir incertain
  • Louisa Dris-Aït Hamadouche, Yahia H. Zoubir : Algérie : résistances et contre-résistances
  • Sarah Ben Néfissa : Égypte : clôture de l’espace politique et social
  • Moncef Djaziri : Libye : une transition bloquée
  • Chawqui Lotfi : Maroc : le réveil social
  • Khadija Mohsen-Finan : Tunisie : une transition sans rupture
  • Ozcan Yilmaz : Moyen-orient : la régionalisation des conflits
  • Jonathan Piron : Moyen-orient : des mobilisations sociales face aux menaces environnementales ?
  • Nicola Pratt : Genre et transformations sociopolitiques dans le monde arabe depuis 2010

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