Justice et vérité pour El Hacen Diarra

Affichage pour la manifestation en soutien à Hacen @ crédit photo Jan pour le Journal
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Jan Torras Griso depuis Paris

El Hacen, un Mauritanien de 35 ans vivant dans le XXe arrondissement de Paris depuis 7 ans, est sorti de son foyer pour jeter les poubelles. Il croise des policiers qui le soupçonnent de «rouler un joint de cannabis». Selon leur témoignage, il aurait refusé les palpations, ce qui les aurait contraint à le maîtriser au sol «en faisant usage du taser, le touchant notamment à la cheville». Il aurait été conduit au commissariat «sans incident» où il aurait subi un malaise cardiaque entraînant sa mort une fois arrivé sur place.

Deux jours plus tard, des images captées par un voisin révèlent deux membres des forces de l’ordre, dont l’un à genoux qui lui inflige deux coups de poing alors qu’il est plaqué au sol. On l’entend aussi crier : «Vous m’étranglez!». D’autres témoins confirment les violences, et des taches de sang ont subsisté au lieu de l’interpellation pendant plusieurs jours.

Un cas Georges Floyd français

Le 20 janvier, les résultats de l’autopsie fragilisent davantage la version des policiers, montrant «qu’il a été étranglé et battu à mort. Les éléments médicaux montrent une plaie extrêmement importante au niveau de la tempe qui a occasionné un saignement abondant et également une fracture au niveau de la thyroïde, signe caractéristique d’étranglement. Il ne manque absolument rien dans cette affaire pour affirmer que le décès résulte de l’interpellation extrêmement violente des policiers», affirme Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille de la victime.

Loin de subir les conséquences de leurs actes, les policiers responsables ont bénéficié d’une complaisance politique et médiatique accompagnée de dysfonctionnements graves de la justice : l’enquête a initialement été confiée à un commissariat de quartier et non pas à l’IGPN (la police des polices). Les policiers responsables n’ont pas été mis en garde à vue, leur permettant de communiquer entre eux, afin de s’accorder sur une version commune, relayée ensuite par les médias.

Manifestation du 25 janvier à Paris @page FB de Marche des solidarités

La procureure a attendu cinq jours après la demande officielle pour désigner un juge indépendant. Surtout, l’avocat dénonce la destruction des vidéos des caméras-piétons qui demeurent introuvables, absence qui a été dissimulée à l’opinion publique. Les policiers allèguent la décharge de leur batterie, ce qui paraît invraisemblable, étant donné leur durée de vie estimée à 12 heures.

De son côté, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez esquive : «Rien ne dit, à ce stade, quelles sont les causes de la mort», «et je n’ai évidemment aucune raison de suspendre les fonctionnaires de police en question». Il déplore que «cela jette le discrédit sur l’ensemble de la profession alors que ce sont des cas isolés».

Accroissement des violences par les personnes en autorité

Dans un rapport publié en 2025, l’ONG française Flagrant Délit atteste d’une augmentation de 60 % des affaires ouvertes pour violences par personnes dépositaires de l’autorité publique en 7 ans, atteignant les 1166 cas en 2023, soit plus de trois cas par jour. Le collectif violencespolicières.fr en dénombre 8193 depuis 2018.

Le nombre de missions policières ayant entraîné la mort a doublé ces quatre dernières années jusqu’à atteindre la moyenne de 52 victimes mortelles par an. Quant aux «malaises» en garde à vue et autres arrêts cardiaques «d’origine inconnue» lors d’une interpellation, huit ont été recensés en 2024 et 17 en 2021, la France étant le pays d’Europe qui compte le plus de morts dans un local de police.

Un Mauritanien qui rêvait de devenir artiste

El Hacen est décrit par ses compagnons de foyer comme quelqu’un de généreux, discret et calme. Il avait 35 ans, était arrivé depuis la Mauritanie en 2018 et dédiait ses journées à la recherche d’un travail et à l’apprentissage du français. Il rêvait de fonder une famille et de devenir artiste, le dessin étant sa grande passion. Il nourrissait de grands espoirs, évoquant souvent l’avenir qu’il souhaitait construire en France.

Le 25 janvier, des milliers de personnes défilent devant le foyer dans une marche pacifique pour réclamer vérité et justice. S’y retrouvent des familles d’autres victimes de la police comme celle d’Adama Traoré, dont le meurtre reste impuni presque 10 ans plus tard. Les collectifs militants s’organisent pour multiplier les mobilisations ces prochains jours. Ils dénoncent la violence de la police, mais aussi l’impunité que leur assurent les pouvoirs juridique, politique et médiatique. Ce n’est pas un individu qui a tué El Hacen Diarra, c’est un système.

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