Brésil : Manifeste des premières brésiliennes

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Comité pour les droits humains en Amérique latine, 10 mars 2021

 

Nous, Femmes autochtones, sommes engagées dans de nombreuses luttes aux niveaux national et international. Au travers de nos chants, nous sommes des graines plantées pour la justice sociale, pour la délimitation de nos terres, pour la forêt vivante, pour la santé, pour l’éducation, pour la lutte contre le changement climatique et pour la « Guérison de la Terre ». Nos voix ont déjà brisé les silences qui nous sont imputés depuis l’invasion de notre territoire.

La population autochtone du Brésil est composée de 305 peuples, parlant 274 langues. Nous sommes environ 900 000 personnes, dont 448 000 femmes. Nous, Femmes autochtones, luttons pour la délimitation des terres indigènes, contre la libéralisation de l’exploitation minière et la location de nos territoires, contre la tentative de flexibilisation des concessions environnementales, contre le financement des armes en milieu rural. Nous luttons contre le démantèlement des politiques indigènes et environnementales.

Nos dirigeants sont dans un processus permanent de lutte pour la défense des droits garantissant notre existence, à savoir nos corps, nos esprits et nos territoires.

Rassemblées en avril 2019 dans le XVe Acampamento Terra Livre, nous avons construit un espace organique d’action. Nous avons mis d’importants sujets au centre du débat de la mobilisation qui a abouti à la 1ère Marche des Femmes autochtones réunissant, à Brasilia, lors de la Journée internationale des Peuples autochtones, le 9 août de cette même année, 2500 femmes de 130 peuples.

La Marche, dont le mot d’ordre était « Territoire : notre corps, notre esprit », a été conçue dès 2015 comme un processus de formation et de consolidation par une action soutenue d’articulation des différents mouvements.

Août 2020. Un an après la 1ère Marche des Femmes autochtones, nous, Femmes autochtones de tout le Brésil, avons réalisé une mobilisation historique ! Face à l’aggravation de la violence envers les peuples autochtones pendant la pandémie de Covid-19, nous avons décidé d’occuper les écrans et de réaliser la plus grande mobilisation de Femmes autochtones dans les réseaux numériques. Ainsi, les 7 et 8 août, notre grande assemblée en ligne s’est déroulée sur le thème « Le caractère sacré de l’existence et la guérison de la terre ».

Nous, Femmes autochtones, sommes aussi la Terre, car la Terre se fait en nous. Par le pouvoir du chant, partout nous nous relions, là où se font présents les enchantements que sont nos ancêtres. La Terre est sœur, fille, tante, mère, grand-mère, utérus, nourriture, guérison du monde.

Comment se taire face à une attaque ? Face à un génocide qui fait hurler la Terre même quand nous nous taisons ? Parce que la Terre a de nombreux enfants et qu’une mère pleure quand elle voit, quand elle sent que la vie qu’elle a engendrée est aujourd’hui menacée. Mais il est encore possible de changer cela, car nous sommes la guérison de la Terre !

Face à la Pandémie, nous avons créé des espaces de connexion pour renforcer le pouvoir d’articulation des Femmes autochtones, en récupérant les valeurs et les mémoires matriarcales pour avancer dans les revendications sociales liées à nos territoires, en faisant face aux tentatives d’extermination des Peuples autochtones, aux tentatives d’invasion et d’exploitation génocidaire des territoires – actions qui ont empiré dans le contexte de la pandémie. De cette manière, nous avons également pu renforcer le mouvement autochtone, en y ajoutant des connaissances sur le genre et les générations.

Les Femmes autochtones jouent un rôle clé dans l’articulation des réseaux de soutien. Outre leur permanente action sur les barrières sanitaires, les femmes sont en première ligne des constructions stratégiques des plans Territorial, Régional et National dans la lutte contre la Covid-19. De nombreuses Femmes autochtones jouent un rôle déterminant dans la défense des droits des Peuples autochtones, souvent confrontées à de nombreuses formes de violences.

Face aux constantes violations des droits, aggravées dans le contexte de la pandémie, il est urgent de consolider la contribution de ces défenseuses, en qualifiant et en développant leurs actions dans les espaces de participation politique et décisionnelle et en soutenant la participation qualifiée des Femmes autochtones en tant que protagonistes et multiplicatrices.

Nous n’agissons pas seulement face à la Covid-19, mais dans la ligne de défense de la « Covid systématique du gouvernement fédéral » et de ses attaques permanentes contre les droits autochtones.

Au fur et à mesure, nous avons constaté la nécessité d’avancer encore plus, de renforcer nos capacités organisationnelles, avec des moyens pour rendre officielle cette articulation de l’ANMIGA, y compris la planification stratégique et le fonctionnement de nos réseaux.

Nous sommes nombreuses, nous sommes multiples, nous sommes mil-femmes, cheffes, sages-femmes, sorcières, chamanes, paysannes, enseignantes, avocates, infirmières et docteures dans les multiples sciences du Territoire et de l’université. Nous sommes anthropologues, députées, psychologues. Nous sommes nombreuses, à passer de la terre du village à la terre du monde.

Femmes-terre, femmes-eau, femmes-biomes, femmes-spiritualité, femmes-arbres, femmes-racines, femmes- semences, nous ne sommes pas seulement femmes, mais guerrières de l’ancestralité.