Brésil : sur fond de chaos sanitaire, Lula retrouve l’avantage

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João Sette Whitaker Ferreira, 15 mars 2021

Lula est libre de se présenter aux élections présidentielles de 2022, du moins pour l’instant. Le problème est de savoir si, d’ici là, le Brésil résistera à Jair Bolsonaro. Les nouvelles du Brésil ces derniers jours sont fracassantes : alors que Jair Bolsonaro réagit au fait que nous atteignions les deux mille morts par jour (nous en sommes déjà à 2.300 deux jours après), et plus de 260.000 morts au total, avec la phrase « arrêtez ce ‘mi-mi-mi’, arrêtez avec vos féminités, vous allez pleurer jusqu’à quand ? », un des onze ministres de la Cour Suprême brésilienne déclare la nullité de tous les procès contre Lula jugés par le célèbre juge Moro.

« Mi-mi-mi » est le terme utilisé par l’extrême-droite bolsonariste pour disqualifier péjorativement toute argumentation qui ne soit pas en leur faveur, comme si ce n’était qu’une plainte permanente et injustifiée des gauchistes insatisfaits.

Du côté de la pandémie, le Brésil est en train de succomber à son président qui, alors que la mortalité explose et de nouveaux variants très agressifs du virus sont hors de contrôle dans tout le pays, continue à douter de l’efficacité des vaccins, à remettre en cause l’utilisation des masques, et ne parle que de l’économie paralysée plutôt que de prêter attention à la tragédie qui a tué des centaines de milliers de brésiliens et brésiliennes

Bolsonaro n´est pas le seul coupable, car les gouverneurs des États (le Brésil est une République Fédérative), hormis les quelques élus de gauche des États du Nordeste, adoptent, eux aussi, des discours très ambigus entre les décisions de santé publique et le besoin de plaire au secteur économique, établissant des couvre-feux douteux entre 23 heures et 5 heures du matin, autorisant bon nombre d’activités non indispensables, etc. Dans un pays où la pauvreté est encore gigantesque, il n’existe presque pas d’aides économiques pour une population qui doit continuer à travailler pour survivre. Les cas de personnes ayant été renvoyées lors de leur retour au travail après avoir eu le Covid sont devenus plus que fréquents.

Ainsi, entre une population plus pauvre qui n’a pas trop le choix, tous ceux qui, par manque d’information, sont trompés par les discours mensongers du Président, et les secteurs des classes moyennes et autres ouvertement pro-Bolsonaro (voir encadré), il y a un vrai mouvement de négation de la pandémie, d’utilisation des masques ou du vaccin. Comme cette jeune infirmière de l’état d’Alagoas, dans le nord-est, qui, à 35 ans a refusé de prendre le vaccin et est décédée du Covid quelque temps après.

La situation est celle d’un effondrement. Le Brésil a vu naître il y a quelques mois un nouveau variant très agressif du virus, dans la ville de Manaus, mais les autorités n’ont rien fait pour l’isoler. Au contraire, des malades ont été transférés dans plusieurs états, répandant encore plus le virus. Les difficultés imposées par Bolsonaro pour l’acquisition ou la fabrication des vaccins, l’utilisation de la pandémie pour alimenter la guerre politique, et les gens aisés qui ont fait semblant de rien et sont allés remplir les plages, faire la fête au Carnaval et rempli les restaurants dans les quartiers chics de part et d’autre du pays, tout cela a fait que le Brésil maintenant ne sait plus quoi faire et est complètement dépassé : faute d’avoir des vaccins en stock, la ville de Rio a stoppé la vaccination ces jours-ci, l’occupation des lits d’urgence dans les hôpitaux est au-dessus de 90% dans tout le pays.

Riches ou pauvres, les infectés commencent à mourir faute de pouvoir être admis à l’hôpital. La situation est chaotique, mais le président continue à déclarer que le plus important ce sont les emplois, et que le lockdown ne marche pas. Tout cela a des conséquences, évidemment, dans le cadre politique. Plus Bolsonaro s’affaiblit politiquement, plus il radicalise son discours. En effet, le président fasciste survit politiquement grâce à l’appui des 20% d’extrême droite, prêts à renier la science, à accepter que la terre soit plate et à semer le discours et les attitudes de haine. C´est eux que le président alimente à chaque déclaration, et plus le mensonge est grand, plus ils s’extasient et reproduisent ce discours. Cette semaine ont été révélés des indices de la participation de l’un des fils du président dans les réunions de préparation de l’invasion du Capitole, aux USA. Ces gens-là sont organisés internationalement, et ont beaucoup de force sur les réseaux sociaux. C’est ce qui maintient le président pour l’instant.

La radicalisation négationniste de Bolsonaro en pleine hécatombe sanitaire a cependant un prix politique élevé : elle a augmenté le malaise à son encontre dans la Cour Suprême. La plus haute instance judiciaire au Brésil est composée de onze ministres, et pour faciliter ses travaux, elle se divise en deux « collèges », les procès étant envoyés à l’un ou l’autre par tirage au sort. Seules certaines saisines sont analysées par toute la Cour. Dans certains cas, la décision, monocratique, appartient au seul responsable du procès dans l’un des collèges, s’il en décide ainsi. De plus, les juges de la Cour sont très clairement divisés, du point de vue politique, entre d’une part les « antipétistes » et anti-Lula qui ont accepté les manœuvres pour l’impeachment de Dilma en 2016 et l’élection de Bolsonaro en 2018 comme un « mal nécessaire » pour évincer le PT, et d’autre part les autres, un peu plus « légalistes » (quand ça leur convient), plutôt attentifs à leur image auprès de la société, qui, même sans avoir de la sympathie pour le Parti des Travailleurs, étaient quand même dérangés par le non-respect de la Constitution de la part du juge Moro lors de la persécution de Lula et Dilma.

Lors de ces évènements, la conjoncture politique, les médias et une partie de la population étaient fortement engagés dans la campagne antipétiste, et il n’y avait pas d’espace politique pour que ces membres de la Cour Suprême puissent faire grand-chose (et l’on ne sait pas s’ils voulaient vraiment le faire). Lors de l’emprisonnement illégal de Lula (qui sera annulé un an plus tard justement à cause de son illégalité constitutionnelle), un tweet menaçant venant du chef des armées a été suffisant pour que la Cour se maintienne en silence. Lors des élections, l’envoi totalement illégal par l’équipe de Bolsonaro, de 300 millions de messages par WhatsApp, de fake-news contre le candidat du PT, Fernando Haddad, n’a pas non plus dérangé les ministres de la Cour. La règle dans la Cour Suprême était plutôt de faire semblant de rien.

Mais la situation peu a peu a changé. Face à l’imminence d’un effondrement total du pays, du point de vue sanitaire, mais aussi économique, avec une explosion de la misère, du chômage, la dévaluation rapide du Real et la hausse des carburants, Bolsonaro voit sa popularité tomber et les juges « légalistes » sentent qu’ils gagneront peut-être en reprenant la discussion sur les procédures de Moro. Et là, pour comprendre ce qui s’est passé avec Lula ces derniers jours, il faut un peu de patience pour reprendre les détails de l’échiquier des manœuvres contre Lula et les actions de ses avocats. Pour ne pas faire trop long, disons que les actions des avocats de Lula depuis que la persécution a commencé, en 2015, se sont centrées sur deux fronts.

Le premier, celui de dénoncer le fait que le jugement de Lula pour les supposés actes de corruption– l’achat d’un appartement et d’une maison de campagne avec de l’argent de corruption – n’aurait pas dû « tomber » dans le tribunal de Curitiba, sur le bureau du juge Moro.

En effet, au Brésil, les crimes éventuellement commis par un Président devraient rester sous la juridiction de la justice de Brasilia, la capitale. La seule manière de faire autrement serait de dire que ces « crimes » avaient utilisé de l’argent de l’entreprise publique de pétrole Petrobras, dont les procès pour corruption (comme tout grande entreprise de ce genre, il y a de la corruption depuis toujours, cela vous est habituel aussi en France) étaient sous la responsabilité de Moro. Ainsi, cette « jonction », aurait justifié d’envoyer les accusations contre Lula au juge qui était en charge du dossier de la Petrobras. L’intérêt de cette manœuvre était que Moro et ses complices dans le système judiciaire avaient bien l’intention d’utiliser ces accusations contre Lula pour l’empêcher de participer des élections, ce qu’ils ont réussi. Si les procès étaient partis à Brasilia, ils n’auraient probablement pas eu ces graves conséquences, puisqu’ils n’auraient pas été manipulés pour faire tomber Lula.

Sauf que, en aucun moment, il ne s’est avéré qu´il y aurait eu une quelconque liaison entre les crimes supposés de Lula et la Petrobras. Au cours du procès, le juge Moro lui-même a affirmé que l’argent de l’appartement et de la maison ne venaient pas de la Petrobras. Une relation montée de toutes pièces pour permettre que Moro soit en charge de ce procès. Le PT et toute la gauche brésilienne avaient bon crier à la manipulation judiciaire, rien n’y faisait.

Donc, il y a déjà 5 ans, les avocats de Lula ont fait un recours auprès de la Cour Suprême, en disant que ces procès étaient infondés, qu´ils n’auraient pas dû être jugés par Moro à Curitiba, et demandant qu’ils soient transmis au parquet de Brasilia. Mais la Cour Suprême a royalement ignoré cette demande pendant cinq ans.

Le deuxième front, celui de dénoncer auprès de la Cour Suprême, mais aussi de l’ONU, la totale partialité du juge Moro dans ces procès. Au début, les arguments des avocats de Lula étaient reçus par la Cour comme des actions politiques sans valeur juridique (excepté à l’ONU, qui a aussitôt fait une recommandation au Brésil de ne pas emprisonner Lula tant que le procès ne serait pas conclu, recommandation que le gouvernement brésilien a, bien évidemment, ignoré). A l’époque, ce recours des avocats de Lula a été examiné par l’un des deux collèges de la Cour, celui où siégeaient les quelques membres les plus critiques vis -à-vis des manœuvres de Moro. Mais cela n’a pas été suffisant, la clameur d’une majorité de la population, boostée par les médias, était de transformer Bolsonaro en un « mythe » anti-corruption, et le juge Moro lui-même abandonnait son poste pour devenir….le tout puissant ministre de la justice du nouveau président d’extrême droite. Encore un élément qui choquerait toute personne ayant un minimum de discernement politique, mais ces gens-là au Brésil se faisaient rares, et étaient aussitôt accusés de « gauchistes vénézuéliens ». La Cour Suprême, elle, continuait à ignorer solennellement les faits. Outre ce mouvement de Moro, certes « gênant », il n’y  avait, selon eux, aucune preuve plus consistante pour prouver que Moro aurait persécuté Lula.

Mais il y a à peu près un an et demi, une véritable bombe a explosé. Un hacker a déposé auprès du journal The Intercept Brasil, à l’époque dirigé par le mondialement célèbre journaliste américain (mais résidant au Brésil) Glen Greenwald (connu pour avoir contribué à révéler l’affaire Snowden), un lot d’enregistrements de dialogues issus de groupes de discussion de l’application Telegram, entre les procureurs chargés de l’instruction du procès de Lula (au Brésil, l’instruction des procès est faite par le Ministère public, organe qui jouit d’une totale indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif et ne peut en aucun cas travailler de manière conjointe avec le juge du procès), et entre eux et le juge Moro lui-même. Le Ministère Public avait mis-en place dès le début de ces procès une opération appelée « lava￾jato » (« karcher »), qui était présentée à l’opinion publique comme « l’opération mains propres » brésilienne, une inédite et héroïque croisade contre la corruption (du PT, cela va sans dire). Selon la constitution, un juge ne peut pas avoir de contact ni avec les procureurs de l’accusation, ni avec les avocats de la défense, garantissant ainsi son impartialité dans le jugement.

Or, ces enregistrements étaient scandaleux. Ils montraient que Moro avait fait enregistrer clandestinement la Présidente de la République, Dilma Roussef, alors que cela lui était formellement interdit par la Constitution (seule la Cour Suprême aurait pu le faire). Qu’il l’avait fait pour pouvoir manipuler une conversation de Dilma avec Lula, où elle l’invitait à être son ministre lors de la crise politique qui s’annonçait. Cela était tout à fait légal, mais Moro a manipulé les faits, autorisé l’accès des médias à cet enregistrement en lui donnant des airs de complot. C´est ce mouvement de manipulation médiatique qui a créé l’atmosphère politique qui a mené à la destitution de Dilma et à l’emprisonnement de Lula, toutes deux illégales.

Les enregistrements montraient aussi que les procureurs d’instruction du Ministère Public avaient communiqué constamment avec le Juge Moro, et, avec lui, fait du chantage pour que les délations contre Lula soient à leur goût, décidé ensemble de manipuler ou d’utiliser ou non certaines preuves, d’appeler l’un ou l’autre témoin selon leur intérêt d’incriminer Lula, de retarder ou avancer les dates des jugements selon la température de l’opinion publique. Pire, Moro a autorisé à installer des écoutes clandestines dans les bureaux des avocats de Lula. Tous ces messieurs, y compris Moro, ont allègrement célébré dans leurs groupes de discussion Telegram les défaites de Lula et sa mise en prison. Les procureurs ont aussi comploté contre les juges de la Cour Suprême qui s’élevaient timidement contre eux, alors qu’ils ajustaient leurs actions de commun accord avec d’autres juges de la Cour. Plus grave encore, Moro et ses complices faisaient, en même temps, des accord directs avec….le FBI aux Etats-Unis, et utilisaient l’argent récupéré des actions de corruption qu’ils dénonçaient pour financer une « association » à leur compte ! Bref, les enregistrements, largement diffusés dans les médias de gauche, montraient une véritable organisation mafieuse autour de l’opération « Lava-Jato », organisation commandée par le juge Moro en personne.Tout cela n’était pas vraiment une nouveauté, j’ai moi-même écrit un article en français avec toutes ces accusations, que j’ai diffusé à l’époque, bien avant que ces enregistrements n’apparaissent. Mais disons que la publication de ces dialogues a mis au grand jour ce qui était jusque-là dit seulement par les partisans de Lula.

Mais cela n’était pas encore suffisant. Même avec ces enregistrements, la version selon laquelle ils avaient été obtenus de manière illégale par un hacker (ce qui au Brésil n’a pas de poids juridique, à partir du moment où les enregistrements ont été expertisés et considérés comme véritables) a prévalu pendant des mois. Mais, à feux doux, la force de l’appui populaire aux persécutions contre Lula et la rage de médias contre lui commençaient à faiblir.

A tel point qu’au mois de mars, le juge de la Cour Suprême qui s’occupait spécifiquement du dossier Moro a enfin décidé de valider ces enregistrements et d’autoriser les avocats de Lula à les utiliser officiellement. Le procès contre la partialité de Moro auprès de la Cour Suprême a aussitôt repris de plus belle et, au sein du collège où il était analysé, les juges contraires à Moro reprenaient le dessus.

La possibilité que Moro soit déclaré partial est donc devenue très réelle. Or, si cela arrivait, non seulement tous les jugements de Moro contre Lula seraient caducs, y compris celui qui l’a condamné en deuxième instance (et qui l’empêchait légalement de se présenter aux élections, en raison d’une loi qui empêche quiconque sous le coup d’une condamnation en seconde instance de se présenter aux élections), mais aussi tous les autres jugements de l’opération « lava-jato ». Ce serait la mort politique et juridique non seulement de Moro mais de toute cette opération, un véritable désaveu public. Voyant la possibilité de plus en plus forte que ce collège conclue pour la partialité de Moro, le juge dirigeant le procès Lula, Edson Fachin, a décidé de jouer une dernière carte. Le 8 mars, dans une décision monocratique, il soudainement décidé de se « rappeler » du premier recours des avocats de Lula. Celui qui plaidait que les procès n’auraient jamais dû être confiés à Moro. Un recours qu’il avait rejeté auparavant à dix occasions. Tout d’un coup, un beau matin, il se réveille en acceptant l’argument et en renvoyant les procès au parquet de Brasilia, où ils devraient alors être repris du début (ce qui probablement ne donnerait pas le temps de recondamner Lula en deux instances avant les présidentielles de l’année prochaine). En plus simple, il a à peu près dit : « excusez-nous braves gens, mais vous aviez raison, Lula n’aurait jamais dû être jugé par Moro. C´est bête, s’il ne l’avait pas été, il aurait pu se présenter aux élections de 2018 et les aurait probablement gagnées, il n’aurait pas été en prison, mais mieux vaut tard que jamais, voilà, la situation est réparée, avec cinq ans de retard ».

Incroyable, voire scandaleux. Mais avec un effet immédiat : sa décision rendait automatiquement nuls les procès contre Lula. Sans condamnation en seconde instance, Lula peut à nouveau être candidat.Mais pourquoi Fachin a-t-il agit de la sorte ? Voyant que la situation était perdue, il a voulu sauver Moro. Selon son raisonnement, si les procès contre Lula étaient annulés, ils cesseraient d’exister, et donc il n’y aurait plus de jugement d’impartialité à faire contre le juge Moro, puisque le procès n’existerait plus ! Lula était libre de revenir dans le jeu politique, mais au moins la « lava-jato » et Moro survivraient. C’était sans compter avec les disputes internes de la Cour Suprême. Immédiatement, les autres juges ont réagi. Et ont décidé que cela n’était pas le cas, qu’avec ou sans annulation du procès, Moro devrait être jugé. Le jugement a donc repris, et à tout l’air d’indiquer que Moro perdra. Mais le nouveau membre de la Cour, le juge Nuno Marques, nommé il y a quelques mois par Bolsonaro, a demandé du temps pour analyser le procès de plus près. Celui-ci est donc en suspens, jusqu’à nouvel ordre. Fachin, quant à lui, s’apercevant que son coup n’avait pas vraiment fonctionné comme il le voulait, a décidé de renvoyer sa décision à la plénière de la Cour, et pas au seul au collège où il était minoritaire. Une manœuvre un peu étrange, puisque sa décision était souveraine.

Il se peut donc, que la décision de renvoyer les procès de Lula à Brasilia soit encore renversée par l’ensemble de la Cour Suprême. Mais, à ce stade, le coût politique serait extrême. Après la décision de Fachin, Lula est monté à la tribune, et a fait l’un des plus solides discours de sa vie. En grand homme d’Etat, il a abordé la crise sanitaire, le désastre économique, et le président Bolsonaro. La comparaison est devenue trop criante, entre un fou fasciste hors de contrôle et l’ancien président qui a laissé son poste avec 90% de popularité. Le jour suivant, même Bolsonaro, apeuré, est apparu pour la première fois avec…un masque ! L’effet Lula a été foudroyant.

De plus, même si la Cour revient sur ses pas, le jugement de Moro est bien parti lui aussi, et mènera lui aussi très probablement à la suspicion de partialité de Moro et l’annulation des procès contre Lula. Lula ressurgit donc sur la scène politique, un an avant les présidentielles. D’un autre côté, la droite traditionnelle, celle de l’aristocratie qui détient vraiment le pouvoir, face à l’effondrement réel du pays entre les mains de Bolsonaro, commence à se dire que le « remède » fasciste anti-Lula a été un peu trop fort. Et se rend à l’évidence qu’aujourd’hui le seul nom vraiment capable de renvoyer Bolsonaro de son poste est bien….Lula. Ils ont peut-être décidé de faire avec, ou au moins de laisser Lula polariser contre le président, le temps qu’ils construisent une candidature de droite plus performante. Pendant ce temps, le négationnisme continue, nous arrivons aux 280.000 morts, et le ministre de la santé, le quatrième depuis le début de la pandémie, a été renvoyé par Bolsonaro. Lors d’un entretien avec une possible nouvelle ministre, une cardiologiste assez reconnue, Bolsonaro a d’abord soutenu que l’information selon laquelle 90% des lits d’urgence du pays sont occupés était « un mensonge des gouverneurs qui se lèvent contre moi » et, ensuite, lui a dit : « j’espère que vous n’allez pas m’imposer le lockdown dans le pays et avec ça foirer mon élection l’année prochaine ». La possible ministre a refusé le poste. Nous aurons droit à un nouveau fantoche du président à la tête du ministère. Est-ce que le Brésil va survivre jusqu’aux élections de 2022 ?

(Avec la gentille relecture pour la version française de Celina Whitaker et Olivier Réchauchère)