Haïti : connivence entre les gangs criminels et Jovenel Moïse

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Le nouvelliste, 10 mai 2021
Pierre Espérance du Réseau national de défense des droits humains et Gédéon Jean du Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme ont réagi sur  l’information fournie par une source de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion ( CNDDR) révélant que les gangs de Grand-Ravine et de Village-de-Dieu observent une pause qui peut s’étendre sur une durée de deux mois.  Ils voient en cette décision une stratégie du pouvoir en place qui veut apaiser les esprits dans la perspective de la réalisation du référendum.
Ces gangs armés ont décidé d’observer cette pause dans la perspective de l’organisation du référendum prévue le 27 juin prochain et la réalisation des élections, a analysé Me Gédéon Jean, directeur exécutif du Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH), durant son intervention à l’émission ‘’Panel Magik’’, sur Magik9 le lundi 10 mai. «  Lorsque Jovenel Moïse  dit que le kidnapping est politique, cela montre qu’il maîtrise la question. Et de fait,  vous pouvez constater que les messieurs (bandits) disent qu’ils ne vont plus kidnapper à un moment où le pouvoir s’apprête à réaliser le référendum, à un moment où la CNDDR va disposer de plusieurs millions de dollars et le Conseil électoral provisoire va gérer 20 millions de dollars des contribuables » , a expliqué l’homme de loi.
La baisse des cas de kidnapping sera opérationnelle à partir du mois prochain, prévoit Me Gédéon. «  C’est évident qu’on va avoir une baisse des cas de kidnapping dès ce mois parce qu’effectivement M. Jovenel Moïse montre qu’il contrôle le kidnapping. C’est une hypothèse qui est très plausible », a poursuivi le défenseur des droits humains.
L’entente trouvée par le pouvoir en place à travers  la CNDDR  prouve que le kidnapping est un kidnapping d’État, et l’insécurité, une insécurité d’État. De l’avis de Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, ce message est destiné à la communauté internationale. « Le week-end écoulé,  l’État, par le biais de la CNDDR et de certaines personnes, a prévu de débloquer de l’argent pour les gangs. Ils leur ont demandé de cesser leurs activités pour donner la perception que le climat sécuritaire du pays est propice à la réalisation des élections et du référendum. « Ce pouvoir banalise la vie ; il s’appuie sur les gangs comme seule force, pensant qu’avec les gangs il peut se renouveler », a-t-il lâché.
Ce projet de la CNDDR, dit M. Espérance,  est celui  du pouvoir en place, qui, depuis 2020,  a fédéré les gangs afin de les récompenser en les faisant passer pour des agents de développement. Pour ce faire, ils ont réclamé un montant de 20 millions de dollars du Bureau intégré des Nations unies qui a répondu favorablement. Et c’est cet argent qu’ils vont utiliser, selon Pierre Espérance.  « Ils ne l’ont pas fait pour protéger la population mais dans la perspective électorale », a-t-il soutenu.
 «  Le pouvoir n’a pas distribué de l’argent seulement aux gangs de Village-de-Dieu et Grand- Ravine, ils en ont aussi envoyé aux gangs du G9 et alliés, contrairement aux informations rapportées par la CNDDR », a ajouté Pierre Espérance, qui a souligné le mode opératoire des gangs qui se sont fédérés. « Des gangs qui font partie du G9 kidnappent aussi, mais ils ne gardent pas les otages. Ils les envoient à Grand-Ravine, Cité Soleil, Fontamara, Warf Jérémie, entre autres, ».
Considérant l’annonce de la CNDDR, M. Espérance pense qu’il peut effectivement y avoir une baisse des cas de kidnapping ce mois-ci. Cependant, compte tenu de  la faiblesse de l’institution policière « affaiblie par le pouvoir », il reste persuadé que la population connaîtra une ou plusieurs autres formes d’insécurité. En ce sens, le directeur exécutif du RNDDH exhorte la population haïtienne à prendre son destin en main en s’alliant avec la PNH pour forcer les gangs à se retrancher dans leurs fiefs.