La solution haïtienne à la crise plus que jamais d’actualité

Haiti Carifiesta Montréal juillet 2011 @ abdallahh CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Coalition des acteurs et actrices de la diaspora haïtienne

À l’aube de ce Nouvel An, force est de constater que la situation d’Haïti s’aggrave. Le spectre de la mission d’occupation kenyane se concrétise afin de renforcer le statu quo et les intérêts des puissances étrangères. Ainsi, la question de l’avenir du pays est plus que jamais à l’ordre du jour. Une question d’autant plus importante que l’existence même de la nation est en péril.

Situation hautement préoccupante pour nous de la diaspora qui gardons l’espoir d’un véritable changement dans notre pays natal et qui faisons tout pour soutenir les luttes que mènent, souvent dans la tourmente, nos compatriotes de l’intérieur. En ce sens, nous renouvelons une fois de plus notre appui au combat pour élaborer un État démocratique au service de la nation et de la population. Plusieurs obstacles et défis sont encore à l’horizon pour en arriver là. De ce fait, il est crucial de continuer le combat afin de trouver une solution véritablement haïtienne à la crise comme le propose l’Accord du 30 août 2021 dit Accord de Montana.

Pour mettre en œuvre cette solution, il est indispensable de prendre des mesures adéquates et réalistes.

Premièrement, la constitution d’un gouvernement de transition de rupture est incontournable. Ce gouvernement constitué d’un pouvoir bicéphale (un président et un premier ministre) comme le prévoit la Constitution de 1987 est un préalable nécessaire à la réalisation d’élections démocratiques menant à la formation d’un pouvoir librement choisi par le peuple. Ce gouvernement de transition est donc le premier grand défi à relever pour trouver une solution haïtienne à cette crise qui gangrène la nation depuis trop longtemps.

Deuxièmement, il est essentiel d’obtenir la démission du premier ministre de facto Ariel Henry comme condition préalable à la formation d’un gouvernement de transition. Il est l’objet de soupçons dans le meurtre de l’ancien président Jovenel Moise. De plus, il se comporte en autocrate en concentrant entre ses mains les trois pouvoirs de l’État et en bloquant de façon systématique les négociations avec l’opposition. Il a fait montre également de sa totale soumission à l’égard des puissances étrangères dont toutes les démarches consisteraient finalement à maintenir au pouvoir ce premier ministre de facto. Enfin, au cours de ces 29 mois de « transition », le gouvernement de facto dirigé par Ariel Henry a démontré son incapacité à défendre les droits et à fournir les services les plus élémentaires à une population prise en otage. Ce gouvernement a parallèlement présidé à une érosion flagrante sinon à un abandon total de toute autorité de l’État da ns un pays où les gangs imposent des taxes, prennent le contrôle d’administrations régionales ou locales sans aucune intervention d’un gouvernement central qui a totalement failli à sa mission.

Troisièmement, cette solution haïtienne à la crise s’impose parce que malgré toutes les démarches effectuées et les discussions entamées, les différentes instances étrangères, qu’il s’agisse de l’OEA, du BINUH et tout récemment de la CARICOM, ne font montre d’aucune volonté réelle de résoudre la crise. Il faut souligner que le Bureau de Suivi de l’Accord de Montana (BSA) se montre ouvert aux différentes négociations aussi bien avec le gouvernement de facto qu’avec des organisations étrangères. Posture inscrite dans les principes fondateurs de base de l’Accord de Montana qui est la recherche d’un large consensus politique.

Face à ce constat, le BSA a refusé de participer à une réunion convoquée à la dernière minute par le Groupe de personnes éminentes (GPE) de la CARICOM. Malheureusement, des membres de l’équipe de Montana ont précipitamment interprété cette décision comme un refus pris unilatéralement de continuer à participer aux négociations. Il est dommage que ces divergences de vues, normales dans un groupe hétérogène, aient été exposées au grand public, alors qu’elles auraient pu et auraient dû être réglées selon les mécanismes existants à l’interne.

Nous espérons que ce Nouvel An, qui marque le 220e anniversaire de notre indépendance, arrachée dans le sang et le sacrifice de notre peuple 1, incitera à un retour à l’esprit de cette proposition initiale de trouver une solution haïtienne à la crise. Une option essentielle qui appelle à une rupture avec les formes traditionnelles de gouvernance, la corruption et la gabegie. Nous souhaitons également, à ce moment critique de l’histoire de notre pays, que l’union des forces progressistes, démocratiques et patriotiques, de tous ceux et toutes celles qui croient à la nécessité de la lutte pour un changement réel, puisse continuer à se consolider.

Pour finir, rappelons que « la communauté internationale » a profité du séisme de 2010 pour quasiment prendre le contrôle du pays, imposer des élections de façon précipitée et décider du résultat du scrutin. Nous en payons encore les conséquences. Depuis novembre 2018, une catastrophe provoquée s’est abattue sur le pays : l’essor des gangs et la destruction de toutes nos institutions, avec l’appui de cette même « communauté internationale ». Il s’agit encore une fois de prendre le contrôle de notre avenir, le destin de notre pays, notre principale prérogative en tant que peuple.

La solution haïtienne à cette crise multiforme est la seule solution viable, et il appartient à nous, Haïtiens et Haïtiennes, de la mettre en application.

Pour la Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCDH)

  • Jean-Claue Icart
  • Chantal Ismé
  • Richard Mathelier
  • Dominique Mathon
  • Walner Osna
  • Alain Saint-Victor

Pour l’Initiative citoyenne de New York

  • Daniel Henrys
  • Daniel Huttinot
  • Julien Jumelle
  • Lionel Legros
  • Marie Michèle Montas

Pou Komite solidarite ak rezistans pèp Ayisyen nan Miyami

  • Pierre Max Antoine
  • Hudes Desrameaux
  • Abel Simon Zephir

31 décembre 2023

  1. Voir le compte rendu de lecture de Frédéric Thomas, Vertières, Haiti, 18 novembre 1803: le basculement du monde, sur le site du Centre Tricontinental, à propos du livre de Jean-Claude Bruffaerts et Jean-Marie Théodat, Après Vertières. Haïti, épopée d’une nation, Langres, Hémisphères et Maisonneuve Larose, 2023, concernant ‘la bataille qui marque le dernier acte de la guerre d’indépendance haïtienne, ainsi que les récits historiques divergents qui en rendent compte’.[]
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Coalition des acteurs et actrices de la diaspora haïtienne
La Convention internationale de la diaspora haïtienne est un collectif d'organisations et de personnes engagées se trouvant en Haïti, au Canada, aux États-Unis, en France, en Jamaïque, en Angleterre et en République dominicaine. Ils se sont réunis autour des enjeux de la gouvernance et de la sortie de crise haïtienne en organisant cette convention internationale qui s'est tenue à Montréal. Le comité organisateur est composé des membres du Forum Haïtien Pour la Paix et le Développement Durable, du Centre Jean-Paul-Lemay, du Forum économique international des Noirs, de la Maison d'Haïti, de Konbit pour Haït, de Haïti-Jamaica society et de United Front of the Haïtian Diaspora.