Klara Alkalla, collaboratrice

 Au cœur de l’actualité, l’extrême droite aux portes du pouvoir en France : le Rassemblement national obtient 33 % des votes ! Nombreux.ses se questionnent : comment en est-on arrivé là ? Alors que la vague d’extrême droite surfe sur l’Europe depuis plusieurs années, le documentaire Le repli (2022) de Joseph Paris nous permet de constater que la France a sa propre histoire identitaire, son propre déclin humanitaire.

La première du film au Cinéma sous les étoiles

Incontournable des étés montréalais, la 15ᵉ édition du festival organisé par Funambules Médias propose des projections gratuites dans les parcs de Montréal du 26 juin au 28 août 2024. Le Cinéma sous les étoiles nous offre des films aux enjeux politiques entre l’art et l’engagement social. Le 1er juillet, c’était la première québécoise du documentaire français Le repli par Joseph Paris.

C’est la voix de l’auteur qui nous guide tout au long de la projection. Au regard d’images en noir et blanc, sinon sous un contraste de couleurs froides, il fait le bilan de ce qu’est devenue la France. Par ses mots et ses plans, il s’inquiète, nous alerte. Qu’en est-il de la démocratie ? En France, pour voter, il faut avoir la citoyenneté.

Cependant, Le repli montre que depuis les années 1970, le poids du racisme pèse sur les identités. De la volonté de diviser les « étrangers des nationaux » émerge la différenciation de la population. À travers ce documentaire, Joseph Paris et l’analyste politique Yasser Louati déconstruisent l’idée du « bon et du mauvais français ».

Déclin de la démocratie et violences policières

En 1995, Umberto Eco évoque pour la première fois l’Ur-Fascism, traitant des principales caractéristiques du fascisme en quatorze points, dont « la peur de la différence » et « l’obsession du complot ». Dans son documentaire, Joseph Paris explore le repli identitaire en France depuis cinq générations, commençant dans les années 1980 avec le soulèvement de la classe ouvrière immigrée.

Leur capacité d’agir dans la lutte sociale dérange. La presse s’empare du mouvement en exploitant la crainte de l’islam à des bénéfices politiques. La peur de la différence s’accompagne de l’obsession du complot lorsque les activités grévistes sont associées à une « guerre sainte » dirigée par un « ayatollah », illustrant ainsi les théories d’Eco.

Par une ellipse temporelle, le documentaire nous transporte des archives à l’actualité, montrant que les événements de 1980 marquent le début des violences policières en France, exacerbées par les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Il dénonce le climat anxiogène que la communauté musulmane endure depuis. Alors que le président François Hollande décrète l’état d’urgence, justifié par un état de guerre, des familles racisées témoignages des violences systématiques subies. L’égalité n’est plus. Justice est demandée.

Et si la France n’était plus le pays des libertés ?

L’état de droit s’affaiblit de plus en plus au regard des violences policières usées sous les mandats d’Emmanuel Macron. Alors que l’enjeu sécuritaire est scandé pour justifier la défense de la République, le constat est tout autre. Ce sont les libertés du peuple français qui sont sacrifiées pour renforcer le pouvoir des politiques.

Le documentaire met en lumière que le repli n’est plus une question étrangère, mais aussi française. De la discrimination raciale aux manifestations violemment réprimées, il semble que l’on perde le droit de simplement vivre. Le mouvement des Gilets jaunes illustre cette dégradation des libertés civiques et sociales en France. Le climat est à la crainte. Avoir peur pour soi, avoir peur pour son pays.

Le bilan est mauvais. Il est difficile d’espérer un avenir meilleur quand les revendications sociales ne sont pas prises en considération. Pire encore, réprimées jusqu’au sang. Joseph Paris fait un bilan inquiétant de ce qu’est devenue la France. Le repli devrait être celui des armes pour que le pays puisse pleinement profiter de sa diversité identitaire, sociale et culturelle. Il est temps de scander à nouveau la devise française : « Liberté, Égalité, Fraternité » pour retrouver un apaisement.


Le repli