Haïti : SOS

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« Non, c’est pas possible. Est-ce qu’on peut déserter la terre, est-ce qu’on peut lui tourner le dos, est-ce qu’on peut la divorcer, sans perdre aussi sa raison d’existence et l’usage de ses mains et le goût de vivre ? » Jacques Roumain

La situation actuelle

Depuis juillet 2018 et à de nombreuses reprises, dans un contexte de détérioration des droits et des conditions de vie, les Haïtien.nes se sont mobilisés avec force et courage contre un mode de gouvernance qui pratique largement la corruption et l’abus de pouvoir. L’autoritarisme et la répression furent parmi les principales réponses du gouvernement de Jovenel Moïse. En deux ans, la situation s’est aggravée : tant au niveau de l’accès aux services sociaux de base (éducation, santé, électricité, etc.) que des activités économiques et génératrices de revenus, ainsi que de l’État de droit.

La situation actuelle se caractérise par la corruption, la terreur et l’impunité.

  • Corruption : la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) a documenté le gaspillage et le détournement du fonds de 1,459 milliard d’euros de l’accord Petrocaribe, destinés à des projets de développement. Les hommes d’affaires haïtiens ainsi que la classe politique, dont Jovenel Moïse lui-même, sont mis en cause.
  • Terreur : prolifération, renforcement et convergence de gangs armés, dont certains sont liés au pouvoir. Ils sont à l’origine de violences et d’au moins quatre massacres (le dernier, fin août-début

septembre 2020), dont le plus meurtrier est celui de La Saline, où au moins 71 personnes, dont des

femmes et des enfants, ont été tuées dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018. Des enquêtes nationales et internationales ont mis en cause la responsabilité d’un ancien policier, Jimmy Chérisier, alias « Barbecue », ainsi que les liens entre les bandes armées et le pouvoir.

  • Impunité : le scandale Petrocaribe démontre non seulement la gravité, mais aussi le caractère systématique de la corruption, qui nourrit et renforce l’impunité. Aucune avancée dans les enquêtes

sur la corruption et les violations de droits humains, aucun procès à l’horizon. Les enquêtes sont au point mort, les massacres demeurent impunis, et les victimes, sans recours. Or, les perspectives sont très inquiétantes, du fait de la volonté du président de s’accaparer le pouvoir en organisant des élections et en réformant la Constitution. Ces dernières semaines, un cap a été franchi avec l’assassinat du bâtonnier du barreau de Port-au-Prince, Maître Monferrier Dorval, le massacre de Bel-Air, et la mise en place inconstitutionnelle d’un Conseil électoral provisoire pour hâter la tenue d’échéances électorales, qui ne peuvent être, dans les conditions actuelles, ni libres ni légitimes.

Sur quel soutien ont pu compter les Haïtien.nes jusqu’à présent ?

La « communauté » internationale ? Les États-Unis soutiennent le gouvernement actuel, tandis que les autres pays et les instances internationales du Core Group, dont l’Union européenne (UE), ne se démarquent pas de la politique étatsunienne. Et tous d’en appeler à une solution consensuelle, alors qu’il existe en Haïti un très large consensus contre le président actuel.

La société civile internationale ? La lutte des Haïtien.nes n’a eu que peu d’écho et de relais dans la presse internationale et dans les actions des ONG, associations et autres acteurs ; de toute façon très en-deçà de la gravité de la situation et de la solidarité à laquelle ils et elles auraient pu s’attendre.

Que voulons-nous ?

Nous voulons rompre le silence, l’indifférence et la complicité qui étouffent les voix des Haïtien.nes, en appelant à une mobilisation internationale en solidarité avec Haïti. Nous entendons relayer la parole de la société civile en Haïti, marquer notre solidarité avec ses acteurs, réaffirmer la souveraineté des Haïtien.nes, susciter un sursaut au sein des pays occidentaux, et changer la politique internationale d’appui inconditionnel au gouvernement de Jovenel Moïse.

C’est un défi lancé à toutes celles et ceux qui veulent clairement marquer leur désaccord avec la violation des droits des Haïtien.nes, perpétrée par le pouvoir, avec l’appui de la communauté internationale.Nous voulons développer diverses formes d’intervention, appeler à de multiples initiatives. Le plus urgent est de rassembler les acteurs associatifs internationaux autour d’une prise de position pour demander la fin de l’impunité en Haïti et dénoncer la mascarade d’élections pour lesquelles aucunes conditions (technique, juridique, démocratique et sécuritaire) ne sont réunies. Nous vous soumettrons dans les prochains jours un appel en ce sens à signer.

Vous êtes des nôtres ?

Si vous adhérez et souhaitez prendre part à cette mobilisation internationale pour Haïti qui n’aura d’impact qu’en pouvant compter sur la force et les réseaux de toutes celles et ceux qui décideront de s’y impliquer, merci d’envoyer un mail à l’adresse suivante : STOPSILENCEHAITI@gmail.com. Nous créerons une liste de diffusion entre nous, qui pourra être utile pour relayer toutes les mobilisations, les avancées de chacun d’entre nous, les mises en réseaux. Pour chaque mobilisation qui vous sera proposée ou que vous proposerez, nous demanderons à chaque organisation de donner son accord pour être co-signataire de ces appels à mobilisation. Le but étant que la liste des co-signataires puisse s’allonger rapidement pour témoigner de l’importance du mouvement, attirer l’attention de la presse, augmenter la pression que nous voulons/pouvons exercer avec et pour les Haïtien.nes.