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Honduras : défendre l’environnement au péril de sa vie

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Berta Zuniga Caceres, daughter of murdered indigenous environmental activist Berta Caceres, speaks with the press during a protest in front of the Honduran Public Ministry in Tegucigalpa, on February 3, 2020, to demand justice for Caceres. - Caceres, a coordinator for the Council of Popular and Indigenous Organizations (COPINH), was assassinated in March 2016. COPINH is demanding the conspirators in the assassination be sanctioned and brought to justice. COPINH alleges the murder was planned with the knowledge and consent of executives of the company Desarrollos Energeticos (DESA). Caceres opposed DESA plans to build a hydroelectric dam across the Gualcarque River. (Photo by ORLANDO SIERRA / AFP)
Depuis septembre 2020, trois militants écologistes ont été assassinés au Honduras. Dans ce pays à l’économie fragile et totalement dépendant au marché mondial, les tensions entre les puissances et les défenseurs environnementaux ont souvent des conséquences dramatiques. Avec plus de 130 morts en dix ans.

Émilien Roy, La Croix, 7 janvier 2021

José Antonio Teruel ; Arnold Joaquín Morazán ; Félix Vásquez. Ces trois Honduriens ont en commun d’avoir défendu leur terre au prix de leurs vies en 2020. Au Honduras, petit pays d’Amérique centrale parmi les plus meurtriers au monde, il ne fait pas bon être militant écologiste.

Félix Vásquez est le dernier à en avoir fait les frais, le 26 décembre dernier, date de son assassinat. D’origine Lenca, il s’opposait à de gros projets hydroélectriques qui avaient été autorisés sans consultation des populations locales.

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Un boom dévastateur de l’extractivisme

La question environnementale est extrêmement sensible dans toute l’Amérique latine. C’est le premier thème de conflictualité sociale. L’association Global Witness a recensé plus de 130 défenseurs de l’environnement tués de 2009 à 2019.

Bernard Duterme, directeur du Centre Tricontinental (CETRI) en Belgique, s’est intéressé au sujet. Dans la région, explique-t-il, « les communautés locales, dépossédées de leurs terres et ressources, ont commencé à se confronter aux investisseurs nationaux et transnationaux venus les exploiter dès l’aube des années 2000 ».

En 2001, en effet, la Chine rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et les matières premières présentes au Honduras explosent, devenant une aubaine pour le pays. Les gouvernements successifs, depuis, s’engouffrent dans l’exploitation à outrance des sols, avec le développement de l’agro-industrie – de la canne à sucre ou de l’huile de palme, notamment -, et celle des sous-sols, avec l’industrie minière.

Une dépendance accrue au marché international

Après une période profitable pour le Honduras, qui a multiplié les accords de libre-échange avec l’Europe, les États-Unis et le Canada notamment, les prix ont largement rechuté au milieu des années 2010. Depuis, si le pays tire toujours l’essentiel de son économie de ces extractions, et de l’exportation des matières premières, il est surtout empêtré dans une forte dépendance au marché international.

« La clé des tensions au Honduras est dans cette dépendance. Le pays exporte des matières premières sans valeur ajoutée, ou à peine, explique Bernard Duterme. Il est sous-industrialisé, donc il ne fait qu’exporter du sucre, de l’huile de palme ou des crustacés, ce qui perpétue cette relation inégale avec le marché mondial et qui fait naître les conflits environnementaux ». Toutes ces pressions sur les ressources créent des tensions et bon nombre de militants en font les frais.

Des tentatives d’apaisement qui peinent à se faire sentir

Plusieurs meurtres, chaque année, seraient ainsi perpétrés par des groupes paramilitaires proches du gouvernement du président Juan Orlando Hernández. « Dans ce pays où l’impunité est de 98 %, où aucune enquête ne sera ouverte, les motifs officiellement invoqués sont souvent des affaires privées, des soucis de voisinage, alors que les victimes peuvent être des militants écologistes de grande envergure ayant déjà fait l’objet de menaces, comme Berta Cáceres, en 2016 », déplore le directeur du CETRI.

« L’ONU a poussé les pays de la région à se rencontrer afin de trouver des solutions au problème, poursuit Bernard Duterme. Cela a abouti, en 2018, à la signature de l’accord d’Escazú, qui protège les défenseurs de l’environnement sur leur territoire ». Un accord que le Honduras tarde toujours à ratifier.