La mémoire au service des luttes – Malcolm X

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Il y a 56 ans, le 21 février 1965, le camarade et éducateur Malcolm X était assassiné.

Né en 1925, Malcolm est le fils de Earl Little et Louise Little (née Louisa Norton). Son père est un disciple de Marcus Garvey (1887-1940). Celui-ci, refusant l’intégration, prônait le retour en Afrique des Afro-Américains. En 1917, Garvey fonde l’Association universelle pour l’amélioration de la condition noire (United Negro Improvement Association, UNIA), organisation à laquelle adhéra le père de Malcolm.

Sa mère est originaire de la Grenade. Elle est métisse, fille d’une Noire violée par un Blanc. Toute sa vie, elle est hantée et traumatisée par la mémoire de ce viol. Elle déteste son teint clair, héritage de cet acte barbare. Malcolm, qui aussi avait le teint relativement clair, dira plus tard qu’il «haïssait chaque goutte de ce sang de violeur».

Dès son plus jeune âge, Malcolm est confronté à la violence raciste. Trois de ses oncles sont tués par des Blancs et un autre est lynché. Ses parents sont menacés de mort par le Ku Klux Klan du fait de leur adhésion au mouvement politique de Garvey. La maison familiale est brûlée en 1929 par le KKK et son père est assassiné en 1931 par la Black Legion, un groupe de suprématistes blancs affilié au KKK.

La mort du père plonge la famille dans la misère et la détresse. La mère de Malcolm sombre dans une dépression dont elle ne se remettra jamais. En 1939, elle est internée en hôpital psychiatrique d’où elle ne sortira que vingt-six ans plus tard suite aux démarches entreprises par Malcolm et ses frères et sœurs.

Sa mère étant internée, Malcolm est pris en charge par les services sociaux. À l’école, il se distingue comme un élève brillant, mais confronte très tôt le «plafond de verre» ou plutôt le «plancher collant» que constituent les discriminations racistes. Un de ses professeurs lui dit que son choix de devenir avocat n’est «pas du tout réaliste pour un nègre». Malgré ses bonnes notes, Malcolm décide, face à cet horizon bouché, de quitter l’école.

Commence alors pour lui une période marquée par la délinquance (consommation et revente de drogues, de jeu, de racket et de cambriolages). Pendant toute cette période, Malcolm tente de s’identifier aux Blancs (défrise ses cheveux, par exemple)

En 1946, il est arrêté à Detroit pour cambriolage et est mis en prison. Là, il dévore les livres qu’il parvient à obtenir et devient un véritable autodidacte. Il dira ainsi : «Sans éducation, on ne va nulle part dans ce monde» ou encore «L’éducation est le passeport pour le futur, car demain appartient à ceux qui s’y préparent aujourd’hui».

C’est en prison qu’il découvre la Nation of Islam, mouvement auquel Malcolm se convertit par la suite. La «Nation de l’Islam» est à l’époque une petite organisation de quelques centaines de membres, basée à Chicago. L’organisation a une idéologie caractérisée par trois principales thématiques : une forme très hétérodoxe d’islam (pour eux par exemple Dieu est noir), un vigoureux nationalisme noir (revendication d’un État pour les Noirs dans le sud des États-Unis) et un total rejet des Blancs considérés comme l’incarnation du démon sur la terre.

En sortant de prison en août 1952, Malcolm devient rapidement le principal orateur de l’organisation. Il rejette son nom de famille, Little, considéré comme un nom légué par le système esclavagiste et prend le nom de Malcolm X. Sous l’effet de son action, la petite organisation devient une organisation de masse (elle passe de 500 membres en 1952 à 30 000 en 1963) implantée dans de nombreuses villes.

Au début des années 1960, plusieurs controverses vont graduellement éloigner Malcolm des Black Muslim. La rupture eut lieu en mars 1964. Elle est essentiellement politique : Malcolm est sensible au mouvement des droits civiques qui se développe depuis 1955 et qui regroupe des Noirs de plusieurs confessions. Ce mouvement se radicalise au cours des années 1960.

Malcolm est en désaccord avec le choix des Black Muslim qui refusent de s’engager dans ce combat. Dans le même temps, il approfondit sa connaissance de l’Islam et est de plus en plus attiré par l’islam sunnite. La découverte de nombreuses relations adultères entretenues par Elijah Muhammad (dirigeant et leader spirituel des Black Muslim) avec de jeunes secrétaires constitue certes pour Malcolm le déclencheur de la rupture mais les causes profondes sont politiques.

Il quitte officiellement la Nation of Islam le 11 mars 1964. Il fonde alors deux organisations : «The Muslim mosque inc.», une organisation ouverte à tous les musulmans et l’«Organisation pour l’Unité afro-américaine», un groupe politique non religieux, ouvert aux Noirs de toutes confessions ou sans confession religieuse.

Pendant cette période, il effectue un pèlerinage à la Mecque d’où il revient avec une conviction universaliste : «Il y avait des dizaines de milliers de pèlerins, de partout dans le monde. Ils étaient de toutes les couleurs, des blonds aux yeux bleus aux Africains à la peau noire. Mais nous étions tous les participants d’un même rituel, montrant un esprit d’unité et de fraternité que mes expériences en Amérique m’avaient mené à croire ne jamais pouvoir exister entre les Blancs et les non-Blancs.» Pour marquer ce nouveau changement, il change une nouvelle fois de nom et devient El-Hajj Malek El-Shabazz.

Il développe alors des positions politiques nouvelles qui le rendent populaire auprès de toute la jeunesse noire : appel à l’auto-organisation des Noirs, refus de condamner la violence des opprimés, appel à l’organisation de l’auto-défense, appel à la solidarité avec les luttes de libération nationale, condamnation de l’impérialisme états-unien, etc.

Il est assassiné le 21 février 1965, alors qu’il prononce un discours dans le quartier de Harlem, à New York, devant un auditoire de quatre cents personnes, dont son épouse et ses enfants. Trois membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966 mais la complicité du FBI ne fait aucun doute.

Malcolm mort, ses idées restent pourtant vivantes. Il devient ainsi une référence pour les Black Panthers, pour les jeunes de Soweto, pour un leader comme Thomas Sankara, etc. Il incarne fondamentalement le combat intransigeant contre l’oppression, combat qu’il déclare mener «par tous les moyens nécessaires», il est un révolutionnaire, un anti-impérialiste et un éducateur politique des masses. Conscient de l’image que ses détracteurs voulaient laisser de lui, il prédit dans son autobiographie : «Après ma mort, ils feront de moi un raciste, quelqu’un de colérique qui inspire la peur… Je ne suis pas raciste. Je ne crois en aucune forme de ségrégation. Le concept du racisme m’est étranger.»

Malcolm est décédé à l’âge de 39 ans. Sa trajectoire aurait été marquée par la lutte incessante contre l’injustice, mais aussi par le souci de transformation de soi, comme le montrent les différentes expériences qui ont marqué son existence.

Repose en paix frère et camarade. Aujourd’hui plus que jamais, ta mémoire reste pour nous une source d’inspiration et de fierté.

Texte : FUIQP et Alain Saint-Victor