Javier Milei, José Antonio Kast, Donald Trump, Daniel Noboa et Nayib Bukele
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Claire Comeliau, correspondante en stage

Depuis quelque temps c’est une nouvelle droite, autoritaire et conservatrice, qui trouve son essor en Amérique latine. Les figures qui incarnent cette tendance s’éloignent des chemins de la politique traditionnelle et s’appuient sur une population lassée des crises à répétition qui gangrènent la région. Dans ce contexte, Donald Trump cherche à renforcer son influence sur l’hémisphère occidental.

Montée globale de l’extrême droite sur la scène politique latino-américaine

Sur les scènes politiques latino-américaines, la montée en puissance de l’extrême droite est une tendance réelle. Une internationale réactionnaire transcende le continent ces dernières années, en quête du rétablissement d’un ordre présumé perdu. En atteste la récente élection de José Antonio Kast au Chili, premier dirigeant d’extrême droite depuis la fin de la dictature militaire de Pinochet en 1990. La présidence de Milei en Argentine, celle de Noboa en Équateur, de Bukele au Salvador et l’ère Bolsonaro au Brésil entre 2019 et 2023 confirment ce penchant.

La gauche s’essouffle et n’a remporté aucune élection présidentielle dans la région cette année. En Bolivie, pour la première fois depuis 20 ans de gouvernement socialiste, c’est Rodrigo Paz, un conservateur pro-business, qui a pris les rênes du pouvoir. Avec sa mesure phare « Capitalisme pour tous » et ses mesures de liberté économique visant à réduire « l’État-tranca » (l’État qui bloque), il s’inspire de l’expérience argentine de Milei, allant jusqu’à affirmer qu’il est « ouvert à recevoir des conseils » de sa part.

Même lorsqu’elle n’est pas au pouvoir, l’extrême droite gagne en popularité. C’est le cas au Pérou, où le conservateur José Jéri est devenu président le 10 octobre dernier – après la destitution de Dina Boluarte – et chez qui l’on retrouve des échos de la politique autoritaire de Bukele, notamment dans ses discours anticriminalité. En Colombie, bien qu’un gouvernement de gauche soit au pouvoir, de prochaines élections doivent avoir lieu en 2026 et c’est la candidate pro-Trump Paloma Valencia qui représentera la droite qui a le vent en poupe.

De manière générale, on observe de plus une radicalisation de la droite : l’exemple le plus marquant est celui de l’Équateur, où le président Daniel Noboa, issu d’un parti de droite traditionnel, a largement évolué vers l’extrême droite. Il a récemment durci sa politique de sécurité via une militarisation et des états d’exception, adoptant à certains égards les méthodes autoritaires de Bukele, notamment en s’inspirant de son modèle carcéral.

Naissance d’une nouvelle droite autoritaire et réactionnaire

Kast, Milei, Noboa, Bukele ou encore Bolsonaro ne sont pas issus de courants de la droite établie : tous incarnent une nouvelle droite aux penchants autoritaires qui combine ultralibéralisme économique et conservatisme social. Ce carcan de politiques réactionnaires légitime les penchants autocratiques sous couvert de vouloir rétablir un ordre perdu d’antan.

Ces nouvelles figures aux accents populistes, qui incarnent cette tendance, rejettent habituellement la classe politique traditionnelle et s’octroient une image d’outsider, annonciatrice d’une rupture avec un ordre établi qualifié de caduc. Au Paraguay, Paraguayo Cubas, un homme politique ayant obtenu 23% des voix aux dernières élections présidentielles, représente parfaitement cette nouvelle vague antisystème : il prétend ne pas faire partie de la « classe politique » et instrumentalise la méfiance de la population envers le système démocratique pour en tirer profit, adoptant des discours clairement démagogiques.

Avec l’émergence de cette nouvelle droite, des figures comme Bukele au Salvador, connu pour avoir drastiquement réduit le taux d’homicide dans son pays sous le prisme d’une politique autoritaire, sont maintenant devenues des références en Amérique latine pour bon nombre de personnalités politiques.

Le désenchantement des partis politiques traditionnels

Comment expliquer la popularité de cette nouvelle droite ? Ce courant réactionnaire prend clairement source dans le désenchantement de la population civile à l’égard des partis politiques traditionnels.

La rupture s’est profilée en 2015, année caractérisée par la fin du boom des matières premières, qui déboucha sur une période de crises économiques et sociales dans la région. Les classes populaires et les classes moyennes manifestèrent leur mécontentement et leur fatigue face à un pouvoir d’achat en baisse, la hausse de la corruption et l’insécurité généralisée.

Une opportunité saisie par l’extrême droite pour faire irruption et s’alimenter en capitalisant sur les insatisfactions montantes de l’opinion publique à l’égard des institutions traditionnelles, caractéristiques de la démocratie. Sur une partie du continent, des leaders radicaux ont alors réussi à séduire progressivement un électorat lassé par les crises à répétition et l’instabilité.

Des droites plurielles, mais qui convergent vers le trumpisme

Si ces droites restent bien propres à chaque pays, nourries par des tendances culturelles et intérieures menant à diverses politiques radicales, on observe toutefois une certaine convergence sous l’égide de Trump.

Le président américain influence en effet l’Amérique latine de manière significative. Un alignement clair de cette extrême droite latino-américaine et des similarités évidentes peuvent être établies avec le trumpisme telles que l’identitarisme, l’obsession sécuritaire, le nationalisme ou le rejet des minorités…

Politiquement, Trump n’hésite pas à s’allier chaleureusement avec des figures politiques comme Milei, Kast, sans même évoquer ses accords de coopération sur les prisons avec Bukele. Ni à soutenir de nouvelles figures de l’ultradroite pour les aider à accéder au pouvoir. Au Honduras par exemple, des élections ont eu lieu le 30 novembre dernier. Bien que le scrutin n’ait toujours pas de vainqueur à ce jour (à la suite d’un conflit de dépouillement), Donald Trump avait appelé à voter pour Nasry Asfura, menaçant le pays de couper les aides américaines si son poulain ne gagnait pas les élections, une intimidation qui a bien pu influencer l’électorat d’un des pays les plus pauvres du monde. En Colombie, Trump s’est également aligné avec Paloma Valencia, candidate à l’élection présidentielle, qui de son côté le soutient dans sa lutte contre Maduro au Venezuela, pays qui subit une agression militaire de la part des États-Unis depuis quelques mois.

Il est d’ailleurs notoire que Trump condamne fermement les régimes cubain, vénézuélien et nicaraguayen, tous autoritaires, socialistes ou communistes, alors qu’il n’hésite pas à s’allier avec des régimes ou des figures politiques à tendance autoritaire engagées dans des dérives illibérales, telles que Bukele, Kast, Noboa, avec lesquels il se montre beaucoup plus accommodant.

L’influence extérieure de Donald Trump s’inscrit aussi majoritairement dans son bras de fer hégémonique avec la Chine, acteur qui se place comme le premier partenaire commercial au Brésil, au Chili et au Pérou. Si le président américain veut autant s’implanter en Amérique latine, c’est en effet pour barrer la route à l’influence chinoise sur le continent. C’est en quelque sorte une résurgence de la doctrine Monroe, que certains scientifiques ont désormais rebaptisée en « doctrine Donroe ».

Un tournant qui n’est cependant pas irrémédiable

Enfin, insistons sur le fait que la montée en puissance de l’extrême droite en Amérique latine n’est pas inexorable, en témoigne la défaite de Noboa lors d’un référendum le 16 novembre dernier. La dérive de l’Amérique latine pourrait ne pas durer, étant principalement le résultat d’un rejet général des gouvernements qui ne produisent pas de résultats par une population lassée des crises à répétition.

Rappelons aussi que les deux plus grandes économies de la région, le Mexique et le Brésil, qui représentent à elles seules quasiment 60 % du PIB de l’Amérique latine selon la Banque mondiale, ont aujourd’hui des gouvernements de gauche.

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