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Par Hassan El-Khansa, correspondant
Le 1er juillet dernier, est entrée en vigueur en Chine la loi sur l’unité ethnique. Promulguée par le président du pays, Xi Jinping. Elle s’inscrit dans une continuité historique d’homogénéisation culturelle et politique autour de la majorité Han, désormais soutenue par un appareil de surveillance et de contrôle technologique sans précédent, tout en projetant sa puissance sur ses voisins.
L’assimilation culturelle accélérée
Cette récente loi comprend des dispositions qui contribuent au processus de sinisation forcée des minorités ethniques : primauté du mandarin comme langue d’enseignement obligatoire et des caractères chinois dans l’espace public, responsabilisation des parents à l’éducation de « l’unité ethnique » à leurs enfants, droit de signalement ouvert pour tout citoyen. La loi interdit d’ailleurs de manière vague et ambiguë « tout acte qui sape l’unité ethnique ou crée des divisions ethniques », ce qui facilite une application arbitraire et une répression, particulièrement chez les minorités qui subissent déjà une surveillance accrue de l’État chinois.
Dans la dernière décennie, Xi Jinping a renforcé l’autoritarisme de l’État en combinant une centralisation du pouvoir, des technologies de surveillance avancées et le contrôle des populations. La province du Xinjiang, à majorité ouïghoure et musulmane, en est un exemple parfait, où règne un climat d’assimilation culturelle : surveillance gouvernementale massive, camps de « rééducation » pour les dissident.es, contrôle et restriction des pratiques culturelles et religieuses.
Donnant davantage la primauté à l’ethnie et à la culture Han, cette loi soulève des inquiétudes quant à l’accélération du processus d’assimilation culturelle qui a lieu en Chine et la perte de l’autonomie régionale précédemment accordée aux minorités mongole, ouïghoure et tibétaine. Ces préoccupations s’inscrivent dans une suite de répressions de soulèvements de minorités ethniques.
Le renforcement de la surveillance chinoise à l’international
La loi dispose également d’aspects encore plus troubles, dont l’extraterritorialité de son application. L’article 63 de cette dernière stipule qu’elle peut tenir juridiquement responsable des personnes ou des organisations situées en dehors de la Chine, réputée pour son espionnage et sa surveillance de dissident.es à l’étranger.
Cette loi renforce les inquiétudes quant à la portée de la surveillance chinoise à l’international. Elle ne porte pas nécessairement à conséquence, sauf s’il s’agit de pays qui ont des traités d’extradition avec Pékin. Alors, des activistes qui se trouveraient dans ces derniers risqueraient d’être déporté.es vers la Chine.
Goliath qui s’en prend à plus petit que lui
Le renforcement de la répression de citoyen.nes de Chine s’accompagne d’une politique étrangère de plus en plus coercitive envers ses voisins. Depuis 2022, Taïwan subit une pression militaire et politique chinoise d’une ampleur sans précédent. Xi Jinping maintient une rhétorique de « réunification » avec l’île, considérée comme une province chinoise. Il n’exclut pas le recours à la force militaire pour parvenir à cet objectif, avec des estimations d’invasion à partir de 2027.
Les exercices militaires chinois autour de Taïwan se sont multipliés depuis cette période. Ils simulent notamment des opérations d’encerclement, de blocus maritime et de frappes contre des infrastructures stratégiques, comme les exercices Strait Thunder-2025A et Joint Sword en 2024.
En mer de Chine méridionale, Pékin revendique la majorité de cette zone maritime stratégique au moyen de la « ligne en neuf traits », une revendication contestée par plusieurs États voisins. Après avoir construit de nombreuses îles artificielles au cours de la décennie précédente, la Chine poursuit désormais leur militarisation en y aménageant des installations militaires, consolidant ainsi sa présence dans une région où ses revendications territoriales demeurent fortement contestées.
Ces ambitions territoriales se heurtent également au Japon. La Chine maintient une présence maritime accrue autour des îles Senkaku, revendiquées par Pékin sous le nom de Diaoyu. Ses activités aériennes dans la région ont entraîné plusieurs interceptions par les forces japonaises. Ces incursions ont provoqué une multiplication des tensions diplomatiques et sécuritaires entre Tokyo et Pékin.
Une majorité de la population taïwanaise ne souhaite pas être intégrée de force à la Chine. Une telle annexion de Taïwan constituerait une violation au 21e siècle du droit à l’autodétermination. Elle rappellerait les précédents historiques de l’expansion territoriale chinoise, notamment la prise de contrôle du Tibet au début des années 1950, qui était précédemment une république indépendante.
Derrière l’enjeu territorial de Taïwan, il y a aussi une importance critique pour l’économie mondiale, puisque l’île domine la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés au monde. Une crise dans le détroit de Taïwan, voire une prise de contrôle forcée de l’île, pourrait provoquer des perturbations majeures dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Sur le long terme, une crise à Taïwan risquerait d’accroître la fragmentation technologique mondiale et d’intensifier les rivalités économiques entre la Chine, les États-Unis et les autres puissances asiatiques, qui se spécialisent dans le secteur des semi-conducteurs. Washington et Tokyo ont affirmé être prêt à intervenir militairement pour défendre l’archipel en cas d’invasion chinoise, alimentant le risque de conflit armé ouvert dans la région de l’Asie-Pacifique.
Aux sources de la sinophobie
L’affirmation croissante de la puissance chinoise et sa politique de pression envers ses voisins augmentent le risque de conflits armés ouverts dans la région, dont les conséquences pourraient être majeures pour les populations civiles. Elle nourrit la sinophobie et la haine réciproque envers les Japonais.es, particulièrement dans un contexte de baisse de confiance dans les relations entre les deux pays depuis l’élection de Sanae Takaichi au Japon.
L’attitude de la Chine exacerbe des tensions historiques entre les peuples asiatiques. Elle alimente les discours xénophobes et est déjà utilisée comme levier sinophobe par l’extrême-droite japonaise notamment. La recrudescence des tensions et des conflits militaires dans plusieurs régions du monde n’épargne pas l’Asie.









