Sérigne Saar, correspondant à Dakar
Nous présentons la deuxième partie d’une analyse de notre correspondant à Dakar sur les tensions au sommet de l’État entre le président Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre Ousmane Sonko, tous deux des membres dirigeants du parti Pastef. Pour accéder à la première partie, cliquez ici.
La querelle Diomaye-Sonko ne se déroule pas dans un contexte de stabilité et d’abondance. Elle éclate au pire moment possible pour les finances publiques sénégalaises. C’est ici que réside le danger le plus grave.
La dette totale du secteur public et parapublic du Sénégal atteignait 132 % du PIB à la fin de 2024, dont environ 4 % en arriérés intérieurs. Cette pression sur les finances publiques continue de peser lourdement sur les relations entre Dakar et ses partenaires financiers internationaux.
Un audit de la Cour des comptes a mis en lumière une manipulation des données budgétaires sous l’ancienne administration, révélant que le déficit budgétaire réel avait dépassé de près de 5 points de PIB les chiffres officiellement communiqués entre 2019 et 2023.
Entre 2026 et 2028, le Sénégal devra faire face à un service de la dette estimé à 14 870 milliards de FCFA (23 millions d’euros), soit près de 6 000 milliards de FCFA (9 millions d’euros) par an nécessaires pour honorer les besoins de refinancement — ce qui explique la prudence persistante du FMI.
Bank of America a averti en décembre 2025 qu’un moratoire sur la dette extérieure, suivi de négociations de restructuration, apparaît comme le scénario le plus réaliste fin 2026. Sans soutien du FMI, le pays pourrait difficilement couvrir ses besoins financiers pour les 2e, 3e et 4e trimestre 2026.
Mais est-ce pertinent? Le premier est convaincu du contraire, car accepter une restructuration revient à confirmer que l’État sénégalais serait en défaut de paiement! Et ça Sonko n’accepte pas un tel schéma. Il incite plutôt la population sénégalaise à relever le défi avec le Gouvernement Diomaye!
Dans ce contexte, une rupture ouverte entre les deux têtes de l’exécutif enverrait un signal catastrophique aux marchés, aux investisseurs et aux institutions de Bretton Woods. Elle fragiliserait la position de négociation du Sénégal, compromettrait l’accès aux financements extérieurs et porterait préjudice aux millions de Sénégalais ou de Sénégalaises qui attendent, impatiemment, les dividendes de la rupture promise. Ceux-là qui prônent la restructuration auraient dû pain béni pour étayer leur argumentaire!
Une base commune qu’il faut préserver
Il serait injuste et inexact de ne voir dans ce tandem que le choc. Les deux hommes partagent un socle idéologique réel et indéniable. Tous deux s’inscrivent dans un projet souverainiste, panafricaniste, résolument tourné vers une révision des termes de l’échange avec les partenaires étrangers. Tous deux ont payé un prix personnel élevé pour leur engagement. Tous deux bénéficient d’une légitimité démocratique incontestable.
Le Président Diomaye Faye a lui-même affirmé : «Je ne ferais jamais de mal à Sonko et il ne me fera jamais de mal», tout en défendant ses choix institutionnels. Ce sont là les fondements d’un dialogue possible, d’une réconciliation nécessaire.
Ce que la nation est en droit d’exiger
L’intérêt supérieur de la Nation sénégalaise ne saurait être l’otage des ambitions personnelles, des calculs électoraux pour 2029, ni des injonctions des bases militantes sur les réseaux sociaux.
Le Sénégal a besoin, aujourd’hui, d’un exécutif uni, cohérent et crédible aux yeux du monde. Il a besoin que ses deux dirigeants comprennent que la grandeur d’un homme d’État se mesure non pas à sa capacité à dominer son allié, mais à sa capacité à se dépasser lui-même pour servir son peuple.
- Que le Président exerce pleinement son autorité constitutionnelle, avec sérénité et hauteur.
- Que le premier ministre canalise son énergie combative vers les réformes que la population sénégalaise attend.
- Que les adeptes des deux camps comprennent qu’un Sénégal divisé au sommet est un Sénégal affaibli à la base.
L’histoire jugera ces deux hommes non pas sur leurs discours de rupture, mais sur ce qu’ils auront construit — ou détruit — ensemble.
«Un peuple qui se divise sur des questions de personnes, lorsque la Nation est en danger, donne à ses adversaires la seule arme dont ils ont besoin.»








