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Entrevue avec Léa Pelletier Marcotte par Amélie David
Plusieurs ONG internationales opérant dans les Territoires palestiniens occupés ont récemment été menacées d’expulsion par les autorités israéliennes en raison de nouvelles règles d’enregistrement. En février dernier, une décision provisoire de la Haute Cour israélienne a toutefois suspendu cette mesure. Le Journal d’Alter a discuté avec Léa Pelletier Marcotte, analyste politique chez Oxfam Québec, pour comprendre les implications de cette décision et l’état actuel de l’aide humanitaire dans cette partie du monde.
JDA : Oxfam n’a finalement pas été suspendue par les autorités israéliennes. Pouvez-vous revenir sur cette décision ?

Léa Pelletier-Marcotte : Le 27 février, la Haute Cour israélienne a accordé une injonction provisoire qui gèle l’ordre du gouvernement israélien obligeant 37 ONG internationales, dont Oxfam, à cesser leurs activités dans le Territoire palestinien occupé. Cette injonction reste en vigueur jusqu’à ce que la Cour statue sur le fond de la requête que nous avons déposée pour contester la légalité des nouvelles règles d’enregistrement. Une décision est attendue dans les prochaines semaines.
JDA : Quelles sont vos demandes ?
Léa Pelletier-Marcotte : Les ONG contestent ce nouveau système parce qu’il exige la transmission de données personnelles sensibles concernant le personnel national. Cela expose potentiellement notre personnel et leur famille à des risques graves. Ces règles contreviennent au droit international humanitaire et aux principes humanitaires. Dans les faits, elles visent à restreindre ou à criminaliser l’aide humanitaire impartiale, dans un contexte où Israël exerce déjà de fortes pressions sur les organisations qui documentent les violations du droit international.
JDA : Quels sont les risques d’une telle demande pour votre équipe ?
Léa Pelletier-Marcotte : Les exigences israéliennes créent des risques importants pour la sécurité et la confidentialité de notre personnel. Elles sont incompatibles avec nos obligations de protection, c’est pourquoi nous refusons de transmettre ces informations.

JDA : Est-ce que, dans ce contexte, cette injonction est dans une certaine mesure une bonne nouvelle ?
Léa Pelletier-Marcotte : L’injonction nous donne un peu de répit, mais nous comptions poursuivre notre travail dans tous les cas, dans la mesure du possible, grâce à notre enregistrement auprès de l’Autorité palestinienne, qui est l’autorité civile reconnue dans le Territoire palestinien occupé. Au besoin, nous adapterons nos modalités d’accès, notre organisation du personnel et nos chaînes d’approvisionnement en fonction des contraintes. D’autre part, l’injonction offre un certain répit à notre personnel, notamment ceux de notre bureau à Jérusalem, mais l’incertitude demeure.
JDA : Où en sont vos activités dans ce contexte ? Comment allez-vous vous organiser dans les semaines à venir ?
Léa Pelletier-Marcotte : Malgré les menaces et les blocages persistants, le travail d’Oxfam et de ses partenaires se poursuit. Nous fournissons de l’aide alimentaire, de l’eau potable, du matériel et des réparations vitales en matière d’hygiène et d’assainissement, ainsi que des services de protection et de soutien psychosocial. À Gaza, nos capacités pourraient être déployées beaucoup plus rapidement et à plus grande échelle si l’aide humanitaire n’était pas entravée. Même avant les nouvelles règles d’enregistrement, nous faisions déjà face à de nombreuses contraintes. Depuis mars 2025, nous avons soumis plusieurs demandes officielles pour acheminer des fournitures dans Gaza. Elles ont toutes été rejetées, laissant environ 2,5 millions de dollars américains de matériel humanitaire bloqués à l’extérieur. Nous avons donc maintenu nos opérations grâce à l’achat local, à nos partenaires et à un soutien technique à distance, et nous continuons de le faire.
JDA : Qu’est-ce que cette situation dit de la situation humanitaire en Palestine ? Et du respect du droit international aujourd’hui ?
Léa Pelletier-Marcotte : Ces nouvelles règles violent l’obligation de la puissance occupante de faciliter l’aide humanitaire. Elles s’inscrivent dans une tendance plus large d’obstruction systématique à l’action humanitaire. Elles témoignent d’une crise humanitaire extrême, dans laquelle l’aide reste indispensable, mais où elle se voit instrumentalisée, voire militarisée. Ces règles vont à l’encontre des principes humanitaires de neutralité, d’indépendance et d’impartialité. Empêcher les ONG de travailler aurait des effets immédiats et irréversibles pour les civils.
JDA : Quelles seront vos prochaines actions ?
Léa Pelletier-Marcotte : Nous allons poursuivre nos opérations autant que possible. Nous maintenons également notre recours devant la Haute Cour israélienne pour contester le système d’enregistrement. Par ailleurs, nous travaillons avec nos bailleurs de fonds et avec les gouvernements afin d’obtenir la suspension de ce système et la levée des entraves à l’aide humanitaire. Enfin, nous continuerons de fournir une assistance vitale à travers nos équipes locales et nos partenaires.







