Photo : Les membres de la communauté se sont réunis le 4 février 2026 pour une rencontre avec l'ambassadeur du Canada, Craig Kowalik. Crédit : FOA

SOURCE : MiningWatch Canada, Fédération des organisations paysannes et autochtones de l’Azuay (FOA)

Soixante-dix-sept organisations et coalitions de la société civile équatorienne, canadienne et internationale ont adressé une lettre officielle à l’ambassadeur du Canada en Équateur, Craig Kowalik, exhortant l’ambassade du Canada à mettre en œuvre les « Lignes directrices canadiennes sur le soutien aux défenseurs des droits humains » en réponse à la criminalisation des défenseurs autochtones et environnementaux de la Fédération des organisations autochtones et paysannes de l’Azuay (FOA). Lignes directrices du Canada sur le soutien aux défenseurs des droits humains, en réponse à la criminalisation des défenseurs autochtones et environnementaux de la Fédération des organisations autochtones et paysannes de l’Azuay (FOA, Federación de Organizaciones Indígenas y Campesinas del Azuay).

Les membres de la FOA font l’objet de poursuites pénales pour leur travail de défense de l’environnement visant à protéger le páramo de Kimsakocha contre le projet d’exploitation aurifère de Loma Larga, détenu par la société minière canadienne DPM Metals Inc.. Cette lettre fait suite à une communication envoyée en novembre 2025 par des organisations de la société civile et des universitaires à DPM Metals, appelant la société à mettre définitivement fin au projet et à cesser la criminalisation des défenseurs de la nature. À ce jour, la société n’a pas répondu.

La nouvelle lettre adressée à l’ambassade exprime une profonde inquiétude face aux poursuites pénales engagées par DPM Metals contre six membres de la FOA — Lauro Sigcha, Lizardo Zhaqui, Marco Tapia, Ruth Pugo, Carmita Pérez et Yaku Pérez — à la suite d’une action pacifique de nettoyage visant à retirer les déchets miniers laissés par la société près des sources des rivières Irquis et Tarqui dans le páramo de Kimsakocha. Le páramo de Kimsakocha est un écosystème fragile qui régule le cycle hydrologique régional et fournit de l’eau douce à des dizaines de milliers de personnes. Depuis plus de 30 ans, les communautés autochtones et paysannes défendent cet écosystème contre les projets miniers à grande échelle. En septembre 2025, la FOA et des organisations environnementales alliées ont mené une marche historique pour la défense de l’eau, rassemblant plus de 100 000 participants.

Cette lettre ouverte est envoyée à peine une semaine et demie après l’adoption par l’Équateur d’une nouvelle loi minière visant à accélérer les investissements miniers dans le pays. Les organisations de la société civile avertissent que cette nouvelle loi pourrait menacer la biodiversité et les territoires autochtones, tout en affaiblissant les protections dont bénéficient les communautés touchées par les projets d’extraction. L’Union des défenseurs de l’eau et de la nature (Unagua) a déposé un recours constitutionnel contre cette loi.

C’est dans ce contexte plus large d’expansion de la politique minière que les 77 organisations signataires expriment leur inquiétude quant à une intensification potentielle de la criminalisation des défenseurs de l’environnement. La lettre soulève également des préoccupations concernant la signature et la ratification imminentes d’un accord de libre-échange (ALE) entre le Canada et l’Équateur, qui augmenterait et protégerait davantage les investissements miniers canadiens dans le pays.

La lettre demande à l’ambassade du Canada :

  • D’assister aux prochaines audiences à Cuenca en tant qu’observateurs internationaux
  • De demander à DPM Metals de mettre fin aux poursuites pénales contre les défenseurs de l’eau
  • De retirer son soutien financier, politique et commercial à DPM Metals en raison de graves préoccupations environnementales et relatives aux droits humains

En outre, les organisations exhortent l’ambassade à demander à DPM Metals de suspendre définitivement le projet Loma Larga ; de respecter les décisions des tribunaux équatoriens qui maintiennent le projet en suspens depuis 2022 ; de respecter les référendums locaux contraignants organisés à Girón (2019) et à Cuenca (2021) ; et de s’abstenir de déposer des demandes d’arbitrage international qui violeraient la Constitution équatorienne.

Le 3 février, la FOA et plus de 100 membres de la communauté ont rencontré l’ambassadeur Kowalik lors d’une assemblée publique à Cuenca afin de lui faire part de leurs préoccupations concernant le projet minier canadien et l’accord de libre-échange proposé avec le Canada. Les représentants de la communauté ont exigé que le Canada fasse passer les droits humains et les droits de la nature avant les intérêts miniers.

Les signataires soulignent que les lignes directrices canadiennes « Voices at Risk » exigent des missions diplomatiques canadiennes qu’elles soutiennent de manière proactive les défenseurs des droits humains confrontés à des menaces et à des représailles. Ils font valoir que la situation actuelle dans l’Azuay correspond précisément au type de cas pour lequel ces lignes directrices ont été conçues.

La lettre dans son intégralité et la liste des organisations signataires sont disponibles ici.