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Claire Comeliau, correspondante en stage

C’est sous le signe de l’environnement et des changements climatiques que l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) a inauguré la 29e édition des Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI) à Montréal le 30 octobre dernier. Animée par la politologue Laura Fequino, l’activité a réuni trois panélistes qui ont échangé autour de l’urgence climatique et de la montée globale de mouvements politiques de droite, souvent associés à l’abandon de politiques environnementales et au discours climatosceptique.

Des panélistes solidaires

Trois panélistes engagé.es socialement ont pris la parole : Hadishrayen Diego Gros-Louis, un jeune Wendat et Innu de 19 ans, membre de la délégation jeunesse AQOCI à la COP30, actuellement étudiant en science politique à Ottawa. Il était accompagné de Yiwaalo Arnaud Gérald Bado, engagé au sein de GA MO WIGNA, une association burkinabè ayant pour mission de contribuer à la conservation et à la gestion durable des ressources naturelles. Enfin, Mariam Sow, déjà présente lors de précédentes éditions des JQSI, était de retour cette année. Née à Guédé au Sénégal en 1953, elle s’est investie très tôt dans la structuration des organisations paysannes. Repérée pour ses talents d’animatrice, elle est ensuite devenue coordinatrice d’équipe puis secrétaire exécutive avant de présider le Conseil d’administration d’Enda Tiers Monde.

Lors du lancement des JQSI @ Claire Comeliau pour le Journal

Des inquiétudes partagées

Pour Hadishrayen Diego Gros-Louis, l’exploitation forestière, souvent encouragée par les mouvements de droite, constitue l’une des menaces les plus graves. « La forêt, dit-il, est l’identité des peuples autochtones. »

Mariam Sow souligne de son côté la responsabilité historique des pays du Nord dans le réchauffement climatique, dont les premières victimes sont les pays les plus pauvres. Elle dénonce la poursuite des logiques extractivistes ainsi que le développement de technologies agricoles comme les OGM ou les engrais chimiques qui aggravent les émissions et renforcent les inégalités. En conséquence, la migration et la pauvreté s’accentuent.

Yiwaalo Arnaud Gérald Bado a insisté sur l’importance de la solidarité internationale dans la lutte climatique. En tant qu’acteur investi sur le terrain, il est témoin des impacts positifs de la coopération dans la réalité de certaines populations. C’est pourquoi il redoute une diminution de l’aide octroyée et par conséquent une désolidarisation si les mouvements de droite continuaient à gagner en popularité autour du globe.

Quelles stratégies d’action ?

Ces inquiétudes questionnent quant à des prises d’actions stratégiques à adopter pour contrer leurs réalisations.

Pour Yiwaalo Arnaud Gérald BADO, la solidarité est la clé : unir les forces des organisations afin de peser davantage dans le débat public et faire face à l’opposition. À l’échelle individuelle, chaque personne doit prendre conscience de ce qu’elle défend. C’est pourquoi un travail de sensibilisation profond doit être réalisé à travers le monde pour encourager l’action collective et faire face à la montée de la droite au nom de la protection de la Terre.

Mariam Sow revient sur l’importance de redonner à la population et aux organisations locales un véritable pouvoir décisionnel. Elles constituent un pouvoir intermédiaire incontournable pour établir un dialogue entre le gouvernement national qui décide des politiques et les communautés. Les élites ont besoin de ces échanges pour mieux appréhender la réalité et ainsi mieux protéger nos ressources et l’environnement. La négociation autour de la table se doit d’être égale si elle veut être efficace.

En tant qu’étudiant et jeune ayant grandi à une époque où l’enjeu climatique n’a jamais été aussi important, Hadishrayen Diego Gros-Louis constate un manque d’éducation concernant les moyens d’agir au sein des instances juridiques et politiques. Selon lui, il faudrait mieux informer sur les mécanismes accessibles pour contrer les actions de certaines entreprises. Les organisations et les institutions sont des contre-pouvoirs à l’État, dans lesquels il est possible de se défendre. L’identité sociale et climatique se forme dès l’enfance : c’est pourquoi l’éducation doit intégrer ces enjeux de manière systématique, particulièrement dans les pays qui détiennent davantage de pouvoir que les autres.

L’importance du contact avec la nature dans un monde numérique

Hadishrayen Diego souligne le problème de la mondialisation qui touche aujourd’hui les jeunes, y compris au sein des communautés autochtones. Cette mondialisation rend plus difficile le travail de reconnexion aux territoires. Selon lui, la montée exponentielle du numérique individualise, isole et éloigne encore davantage les gens de leur environnement. Il regrette un effacement généralisé des cultures au profit d’une « culture autochtone hollywoodienne », c’est-à-dire une version simplifiée, stéréotypée et déconnectée des réalités vécues.

Yiwaalo Arnaud Gérald Bado reconnaît, pour sa part, l’importance du numérique dans nos vies, mais rappelle que la nature demeure fondamentale. Les réalités diffèrent d’un pays à l’autre, explique-t-il : dans un territoire où il n’y a plus d’arbres et où la chaleur dépasse les 40 degrés, la priorité n’est plus l’écran du téléphone. Même si le changement climatique n’affecte pas tout le monde de la même manière, il reste un problème « sans passeport » : tôt ou tard, tout le monde y sera confronté. C’est pourquoi, selon lui, la jeunesse doit s’unir et se lever ensemble.

Les JQSI se déploient à travers 12 régions du Québec pour permettre de mieux comprendre les grands défis de notre monde et de saisir les possibilités d’engagement qui s’offrent à nous. Elles mettent en avant le travail quotidien de différents organismes québécois qui se battent et se mobilisent tous les jours pour développer la solidarité internationale.

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