Le monde arabe et la pandémie : mobilisation populaire

 

MOHAMED RAMI ABDELMOULA, Orient XXl, 3 JUIN 2020

Avant d’évoquer les effets du coronavirus et ses répercussions économiques, sociales et humaines dans des pays arabes, il est utile de rappeler que près de la moitié d’entre eux vivent dans un état de guerre ou de faiblesse (voire d’absence) d’un État central ; ou de soulèvements sociopolitiques populaires, de blocus ou encore d’occupation : Syrie, Yémen, Libye, Somalie, Irak, Palestine, Algérie et Liban.

Les indices de développement humain (IDH) et le PIB par habitant varient d’un pays à l’autre, mais plusieurs d’entre eux sont classés très bas sur l’échelle mondiale. Hormis les pays du Golfe, les autres États ont enregistré en 2019, selon les chiffres de la Banque mondiale, des taux officiels de chômage compris entre 9 et 26 %. De plus, l’économie informelle occupe plus de 40 % de la population active (sans contrat de travail ni couverture sociale), sans compter les millions de personnes dont les emplois sont organisés, mais avec des salaires extrêmement bas.

Les pays arabes les plus nantis disposent de moins de 3 lits d’hospitalisation pour 1 000 habitants, contre 6 en France ou 13 au Japon. Ce chiffre tombe à moins d’un lit dans des pays comme le Yémen. Quant au nombre de médecins, toujours pour 1 000 habitants, il se situe entre 0,3 et 2,5 (3,4 en France). Toutes ces données permettent de mieux comprendre la fragilité de la situation sanitaire dans la plupart des pays arabes, que le coronavirus va exacerber.

PÉNURIE DE MATÉRIELS SPÉCIFIQUES

La plupart des pays déplorent un manque d’équipements de protection individuelle contre les infections (masques, bavettes, combinaisons spéciales et solutions hydroalcooliques pour stériliser et désinfecter). Ils manquent également de tests, de laboratoires d’échantillonnage et d’équipements médicaux lourds, nécessaires pour la prise en charge des personnes infectées par le Covid-19, dont l’état requiert l’hospitalisation, la mise sous surveillance et la réanimation. Ces pénuries s’expliquent par une politique, enracinée depuis longtemps, d’indifférence à l’égard du concept de « santé publique » en tant que droit. Elle a été accentuée par l’adoption des ajustements structurels imposés par le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que par les mesures d’austérité qui ont touché en particulier le secteur public de la santé.

Le problème devient plus compliqué encore quand il s’agit de lits de soins intensifs et de respirateurs artificiels. Leur nombre ne dépasse guère quelques milliers dans les pays arabes les mieux dotés, pour ne compter que quelques centaines dans la plupart des autres, et seulement des dizaines dans les pays les plus pauvres ou ceux ravagés par les guerres. En Tunisie, au Maroc et au Liban (environ 500 lits chacun), on constate même que le nombre de ces lits dans le secteur privé est égal ou supérieur à celui dont dispose le secteur public.

La rareté de tous ces appareils et équipements a ouvert la porte, d’une part, à la course aux monopoles et à la flambée des prix ; et d’autre part, à la fraude et à la corruption. Les prix des masques de protection et des produits désinfectants, par exemple, ont augmenté de façon exponentielle (jusqu’à décupler) au Liban, en Égypte, au Maroc, en Tunisie, en Algérie, au Soudan et en Syrie. Cette situation a aiguisé l’appétit de certaines entreprises spécialisées (ou pas) pour fabriquer ces équipements et les commercialiser à des prix élevés, alors que nombre d’entre eux ne sont pas aux normes. Plusieurs de ces sociétés se livrent à une concurrence acharnée afin d’obtenir des commandes des ministères de la santé et des pharmacies centrales des hôpitaux, sans passer par les procédures habituelles des marchés publics.

Le manque de médecins dans la santé publique est souvent criant. En Égypte, où le coronavirus menace de devenir une véritable pandémie, le président Abdel Fattah Al-Sissi a proposé de former « rapidement » les pharmaciens pour combler la pénurie de médecins ! Alors que 70 000 médecins égyptiens exercent en Arabie saoudite et que sur les 220 000 médecins inscrits au Conseil de l’ordre des médecins en Égypte, 120 000 travaillent en dehors du pays ! Huit cents médecins tunisiens nouvellement diplômés ont émigré en 2019. Il en va de même pour l’Algérie, le Maroc, l’Irak, la Syrie, le Liban, etc.

DES MOYENS DE SUBSISTANCE INSUFFISANTS

On a lu de nombreux articles qui mettent en avant les avantages du confinement. Rester chez soi offrirait autant d’occasions de méditer, lire, regarder des films, manger sainement, profiter de ses proches et repenser les concepts du temps et de l’époque. Tout cela est peut-être vrai, mais rester à la maison sans crainte pour l’avenir (du moins proche) est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. Le confinement d’une famille entière peut devenir un véritable enfer lorsque le logis ne comporte qu’une ou deux pièces pour plusieurs individus. Dans de nombreuses sociétés arabes, les journaliers et ceux qui exercent une activité dans le secteur informel constituent la majorité des travailleurs, sans parler des chômeurs. Ceux qui tiennent des petits commerces et sociétés de services, ainsi que les artisans, craignent également les conséquences de la récession économique et la baisse du pouvoir d’achat de leurs clients. Et bien que la plupart des pays aient pris certaines dispositions pour atténuer les difficultés des groupes sociaux les plus touchés, la peur persiste.

Les mesures gouvernementales sont souvent insuffisantes, car les sommes allouées sont faibles (entre 50 et 150 dollars, soit entre 45 et 135 euros) dans la plupart des pays arabes, et ne correspondent pas à la réalité des prix ni du coût de la vie. Elles n’incluent pas tous ceux qui y auraient droit, faute d’actualisation des bases de données sur les habitants et leur situation familiale, professionnelle et matérielle. Les choses sont pires dans les pays où l’économie parallèle est dominante, c’est-à-dire la grande majorité d’entre eux. La crainte de la pauvreté et de la faim a poussé de nombreux vendeurs ambulants, artisans et commerçants à transgresser le confinement. Ils sont sortis pour gagner leur vie dans une sorte de cache-cache avec les autorités qui se transforme parfois en accrochages, arrestations, fermeture de magasins et confiscation d’outils de travail et même de moyens de transport.

Ainsi, certaines catégories sociales se trouvent coincées entre diverses strates de peur : l’épidémie, la pauvreté et la violence du pouvoir. Plusieurs manifestations ont d’ailleurs eu lieu au Liban qui souffre, en plus de l’épidémie, d’un effondrement économique. De même, l’Irak est menacé d’une nouvelle explosion des mouvements de protestation.

LES FEMMES GRANDES PERDANTES

Au niveau sanitaire, les hommes sont plus exposés à la contamination par le Covid-19. Mais sur le plan économique et social, le tribut payé par les femmes semble plus élevé, qu’elles travaillent ou qu’elles soient financièrement dépendantes. Car si une femme est privée d’emploi, elle perdra son indépendance financière, qui ne sert pas seulement à subvenir à ses besoins matériels, mais lui assure également une sorte de position sociale et une protection contre l’avilissement. Si elle est sans emploi et que son « soutien de famille » a perdu son revenu, ou si celui-ci a baissé, la vie sera encore plus dure pour elle comme pour ses enfants. On pense ici aux « vendeuses de thé » au Soudan, celles de couscous en Mauritanie ou aux marchandes de pain, de sandwichs, de beignets et pâtisseries bon marché des marchés populaires de dizaines de villes arabes. Le danger guette aussi les moyens de subsistance de millions d’ouvrières tunisiennes, marocaines et égyptiennes qui travaillent dans les entreprises de l’industrie légère et de transformation (textile, alimentaire, conserverie, etc.). Leur activité est menacée en raison du manque des commandes et de l’interruption des échanges commerciaux.

Rester longtemps à la maison en compagnie du mari ne signifie pas forcément pour les femmes plus de proximité et d’amour. De nombreux pays arabes — ils ne font pas exception dans le monde — ont enregistré une augmentation significative du nombre de victimes de violence conjugale depuis la mi-mai 2020. En Tunisie, des organisations féministes comme l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche sur le développement (Afturd) confirment que le nombre de femmes qui ont signalé a des violences a quintuplé par rapport à la même période de 2019. Au Maroc, ce phénomène a incité les organisations féministes à lancer la campagne « Aidez votre pays et restez chez vous sans violence ». Ces mêmes organisations ont multiplié les cellules d’écoute pour les victimes. Au Liban, le nombre d’appels reçus sur la hotline réservée aux plaintes des femmes a doublé par rapport à la même période de l’année 2019. Il en va de même en Jordanie, où Jordanian Women’s Union a mis en garde contre l’aggravation des cas de violence à l’égard des femmes.

LES OUBLIÉS DE LA PANDÉMIE

D’autres personnes sont carrément oubliées en temps d’épidémie. Ainsi des milliers d’étudiants arabes, par exemple, se retrouvent coincés dans les pays étrangers où ils poursuivent des études, sans espoir d’être secourus financièrement par leur pays d’origine, ni rapatriés. En Tunisie, en Mauritanie et au Maroc notamment est apparu le problème des émigrés souhaitant rentrer chez eux par les frontières terrestres : les postes frontaliers leur ont été fermés au nez à cause des mesures de confinement. Des centaines de Tunisiens se sont ainsi entassés, durant des semaines, à la frontière avec la Libye, dans l’attente d’un accord des autorités leur permettant de rentrer. Ils ont fini par perdre patience et ont forcé le passage au poste de Ras-Jédir. À la frontière mauritano-sénégalaise, de nombreux Mauritaniens se trouvent bloqués, même si certains d’entre eux ont réussi tout de même à s’infiltrer.

La plupart des pays arabes qui abritent sur leur territoire des camps de réfugiés (Palestiniens, Syriens, Irakiens et d’autres nationalités) les ont abandonnés à leur sort et laissés aux bons soins des organisations internationales et non gouvernementales. Dans certains pays, la propagation de la pandémie et la déclaration du confinement sanitaire ont porté un coup dur aux immigrés pauvres ou sans papiers. Le problème concerne particulièrement les Africains subsahariens qui se trouvent dans les pays du Maghreb, et les Asiatiques dans les pays du Golfe. Nombre d’entre eux ne sont plus en mesure de subvenir à leurs besoins et ne peuvent s’adresser aux autorités officielles de crainte de tomber sous le coup de la loi, ou bien parce que les lois sont, elles-mêmes, discriminatoires. La majorité d’entre eux partagent un logement avec un grand nombre d’individus, ce qui rend difficile tout respect des règles de confinement et de prévention contre la contamination.

LES JEUNES AUX AVANT-POSTES DE LA SOLIDARITÉ

Depuis les premiers jours de la propagation du virus, et surtout après les décisions de confinement sanitaire, dont la rigueur et la sévérité varient d’un pays à l’autre, les gens ont saisi à quel point la situation était grave. Certains d’entre eux ont compris que la solidarité était indispensable pour traverser cette crise. Des actions caritatives et de volontariat se sont mises en place si rapidement qu’il est impossible de les recenser ou de les évaluer. Certaines formes de cette solidarité sont anciennes, comme l’entraide familiale, clanique, tribale, et même régionale et communautaire. D’autres ont été prises à l’initiative d’associations et d’organisations caritatives et de secours, locales ou internationales, qui travaillent depuis des années et ont l’expérience et les moyens pour intervenir vite et efficacement.

Il y a aussi de nouvelles initiatives nées récemment et que nous avons choisi de mettre en lumière. En Tunisie, par exemple, les jeunes ont joué, et continuent de jouer, un rôle important dans l’organisation concrète de la prévention et de la solidarité. En plus des campagnes d’explication de la maladie et des moyens de s’en protéger, plusieurs d’entre eux, parfois en coordination avec des structures gouvernementales et des acteurs de la société civile, ont mené des opérations pour désinfecter des rues et des bâtiments, et pour faire respecter les exigences de la distanciation physique dans les files d’attente.

Pour les jeunes des comités de résistance au Soudan, la lutte contre le coronavirus et ses effets sociaux est considérée comme une nouvelle bataille. Ils ont donc monté des campagnes de sensibilisation et tenté de s’opposer aux détenteurs du monopole des produits de stérilisation et de désinfection, en coordonnant leur action avec le Comité central des pharmaciens et en distribuant gratuitement des centaines de milliers de packs. Ils ont également contribué au recensement des familles qui ont le plus besoin d’aide alimentaire.

En Somalie, des étudiants de l’université de Mogadiscio ont participé à la campagne « Une once de prévention vaut mieux qu’un quintal de traitement », très active dans les zones les plus pauvres et les plus exposées à la propagation de la maladie, comme les grands groupements d’habitation et les camps des migrants à la périphérie de la capitale. Ces étudiants y distribuent des articles de base pour la protection individuelle et collective tels que savons, kits de stérilisation et produits de nettoyage domestique.

Il en est de même dans de nombreux villages égyptiens pauvres et abandonnés à leur sort où les jeunes jouent un rôle vital. Ils désinfectent les rues avec des moyens modestes et sans le soutien du gouvernement dans la plupart des cas, et contribuent à organiser la vie quotidienne et à trouver des solutions pour l’approvisionnement en produits alimentaires et autres, à des prix raisonnables.

Les initiatives des jeunes à Gaza se distinguent par leur persévérance et leur créativité. Dans un territoire assiégé pendant quatorze ans, soumis à une succession de guerres israéliennes destructrices, ils ont vite saisi que cette situation serait catastrophique si la propagation de l’épidémie n’était pas anticipée et les conditions de vie des habitants soutenues, car la pauvreté frappe 70 % de la population de Gaza.

Partout, jeunes médecins et infirmiers étaient aux premiers rangs des volontaires dans les hôpitaux et dans les circuits consacrés à l’accueil, l’examen et le traitement des personnes atteintes du Covid-19. Par exemple, les étudiants de l’Université libanaise publique ont été les premiers à mettre en place avec des infirmiers, à l’hôpital universitaire gratuit Rafic Hariri, une cellule d’accueil et de conseil pour les malades soupçonnés d’être infectés par le Covid-19. Ils sont même allés jusqu’à traiter ces malades, dans un pays où le secteur médical privé vampirise tout, alors que la plus grande majorité des citoyens n’a pas les moyens d’y accéder.

DE NOMBREUSES INITIATIVES POUR DES GROUPES SPÉCIFIQUES

Au Soudan, les mesures de confinement et de couvre-feu ont privé totalement ou en partie des dizaines de milliers de femmes de leur source de revenus qui consiste à vendre du thé dans les rues. Une collecte d’argent intitulée « Reste chez toi, tes sous tu les auras à ta porte » a vu le jour pour compenser un peu les pertes de ces « dames du thé ». Quelqu’un a même donné l’argent qu’il réservait à son mariage ! Dans certaines régions du Liban, la campagne « Nous sommes à tes côtés » a été menée pour soutenir les chauffeurs de taxi, gravement touchés par le confinement. Par ailleurs, en vue de distribuer les aides officielles ou des dons, des équipes de jeunes se sont constituées pour procéder au recensement des familles dans le besoin à Tripoli, la ville la plus pauvre du pays.

Certaines personnes n’ont pas besoin de dons, mais ont du mal à sortir faire leurs courses et même à obtenir leurs médicaments. Dans la ville marocaine de Tétouan, ainsi que dans de nombreuses villes égyptiennes, plusieurs jeunes se sont portés volontaires pour acheminer des provisions pour des personnes âgées, des handicapés et des malades dont le système immunitaire est faible.

En Égypte, plusieurs restaurants se sont mobilisés pour fournir des repas gratuits aux personnels des hôpitaux voisins et soutenir ainsi « l’Armée blanche » dans sa bataille contre le Covid-19. D’autres repas ont aussi pu être offerts aux gens qui n’ont rien à manger. En Tunisie, des associations, en coordination avec des restaurateurs, ont fourni des milliers de repas chaque jour aux personnels de la santé, de la collecte des déchets, ainsi qu’aux étudiants étrangers et aux travailleurs immigrés, notamment ceux originaires d’Afrique subsaharienne.

Dans plusieurs pays arabes, des médecins, des infirmiers et des étudiants ont utilisé les médias sociaux et la vidéo en ligne pour fournir des informations sur le coronavirus. Plusieurs pages Facebook ont vu le jour en Irak, publiant les numéros de téléphone de médecins bénévoles dispensant des conseils médicaux gratuits. Au Maroc, des médecins ont lancé l’initiative « Chifa » (guérir), qui organise notamment des entretiens en direct avec des spécialistes. Au Soudan, le Comité central des pharmaciens ne s’est pas contenté de préparer gratuitement de grandes quantités de produits désinfectants (en collaboration avec le Conseil de l’ordre des médecins et la jeunesse de la révolution soudanaise). Il a réussi à contourner des difficultés comme le manque de certaines matières essentielles, ou leur prix élevé, en les remplaçant par des composantes moins onéreuses, mais tout aussi efficaces.

LES INGÉNIEURS RETROUSSENT LEURS MANCHES

Nombreux sont les diplômés et les étudiants des écoles d’ingénieurs et des instituts technologiques qui ont tenté de trouver des alternatives aux pénuries d’équipements médicaux. Au Maroc avec l’initiative « Ingénierie vs Covid-19 Africa », des ingénieurs ont développé des prototypes de masques et des composants de respirateurs en recourant seulement au marché local, notamment à partir de pièces de masques et d’autres équipements de plongée. En Tunisie, les élèves des écoles d’ingénieurs se sont lancé le défi de fabriquer des modèles de respirateurs artificiels avec des moyens locaux aussi, tout en garantissant la qualité et la précision. Les étudiants de l’École nationale d’ingénieurs de Sousse ont développé un modèle qui a été approuvé par le ministère de la santé.

Les habitants de la bande de Gaza assiégée ont de leur côté démontré, une fois de plus, leur détermination et leur capacité à trouver des solutions. Certains d’entre eux se sont employés à fabriquer des respirateurs malgré la rareté des équipements et composantes nécessaires. D’autres encore ont essayé des alternatives à la pénurie de tests, en utilisant des logiciels capables de diagnostiquer les cas d’infection avec une précision d’environ 80 %.

DES CHOIX TROP LONGTEMPS NÉGLIGÉS

Toutes ces initiatives sont louables et nécessaires, mais peut-on compter indéfiniment sur elles ? De nombreux experts affirment que les jours les plus difficiles sont à venir. Ce qui signifie que plusieurs de ces bénévoles pourraient ne plus être en mesure de continuer à agir, voire de se trouver, pour certains du moins, dans le besoin d’assistance et de solidarité à leur tour. Que feront les États à ce moment-là ? Imposeront-ils des taxes exceptionnelles aux plus riches ? Cesseront-ils de payer leurs dettes aux institutions financières internationales ? Engageront-ils une campagne pour récupérer l’argent du peuple auprès des corrompus et des fraudeurs du fisc ?

Enfin, la pandémie de coronavirus a révélé — une fois de plus — que les services de santé sont étroitement liés à d’autres secteurs. D’abord une éducation publique de qualité, et la capacité de retenir dans leur pays les spécialistes, dont les médecins et les infirmiers, alors que sévit une énorme hémorragie migratoire des diplômés à cause des salaires médiocres et du chômage. Ensuite il y a les conditions d’habitation décentes, dont celles relatives à l’hygiène et à l’espace de vie. Puis la couverture sociale qui permet à chacun d’espérer des soins de santé gratuits et de qualité. Le travail enfin donne accès à ce qui est nécessaire à sa vie et à son alimentation, etc.

Il s’agit là de choix politiques, économiques et sociaux qui ont été longtemps négligés. Le Covid-19 vient d’en révéler les conséquences. Le monde arabe souffre de problèmes structurels, anciens et nouveaux, qui la menacent non seulement de pertes humaines importantes en cas de prolongation de la pandémie, mais aussi de graves conséquences économiques et sociales.