Les fonds de pension canadiens financent la privatisation au Brésil

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Tom Fraser, extrait d’un texte paru dans Canadian Dimension, 14 septembre 2021

Fin avril, le président d’extrême droite brésilien Jair Bolsonaro a  décrété la vente de services d’eau et d’égouts de la société publique Companhia Estadual de Águas e Esgotos (CEDAE) à Igua Saneamento, confirmant la privatisation d’une partie des services publics de Rio de Janeiro. Malgré une injonction obtenue par la Fédération nationale des travailleurs urbains du Brésil pour retarder la vente aux enchères, le gouvernement de Bolsonaro procédé, donnant à

L’Office d’investissement du régime de pensions du Canada (CPP Investments) détient une participation de 46,7% dans Igua, tandis que l’Alberta Investment Management Corporation (AIMCo) détient une participation de 38,6%.

L’investissement de 213 millions de dollars de CPP Investment à Igua a eu lieu à la mi-mars, dans le cadre de la planification du plan de privatisation. Selon Reuters, son investissement était l’ élément critique de l’offre d’Igua pour CEDAE, la participation prise par CPP Investments renforçant les références de l’entreprise. RPC Investments est la société d’État qui gère et investit les cotisations au Régime de pensions du Canada, le régime de retraite public du Canada. En tant que pilier de l’État-providence, le RPC vise à offrir une retraite fiable à tous les Canadiens, qu’ils soient ou non couverts par leur employeur. Mais en tant qu’acteur du marché, RPC Investissements veille à ce que cette retraite repose sur la participation aux processus mondiaux de privatisation et d’extraction de richesse.

Commercialiser l’État-providence canadien

Le dénominateur commun de ces histoires sur les conséquences est le fait que les fonds en question sont tous des régimes d’employeurs, des fonds d’investissement qui agissent comme le corollaire privé de l’État-providence public pour les travailleurs tant du secteur privé et que du secteur public qui ont obtenu des régimes de retraite grâce à la négociation collective.

Le Régime de pensions du Canada n’a pas toujours été financiarisé, mais il a évolué dans cette direction dans les années 1990. La « crise » imminente perçue de l’évolution de la démographie générationnelle alors que les baby-boomers sont entrés dans l’âge moyen dans les années 1980 et 1990 a fourni des munitions aux efforts néolibéraux pour transformer les systèmes de retraite publics dans le monde entier. Les régimes par répartition, dans lesquels les retraites sont financées directement par les cotisations des travailleurs actuels, ont potentiellement été confrontés à des déficits importants à mesure que la population active diminuait et que la population retraitée augmentait. La solution identifiée à ce problème consistait à transformer les programmes gouvernementaux en fonds d’investissement.

Cette solution, aux yeux de la Banque mondiale, pourrait servir le double objectif de démanteler les programmes de protection sociale et de stimuler les marchés des capitaux. Transformer un fonds d’assurance sociale en un énorme réservoir de capital d’investissement réduirait non seulement la responsabilité de l’État en matière de soins aux personnes âgées, mais fournirait également une nouvelle source de liquidités à injecter dans l’économie financière mondiale.

La restructuration du RPC est le fruit d’une collaboration entre les gouvernements néolibéraux aux niveaux fédéral et provincial, et en particulier entre l’ex ministre fédéral libéral des Finances Paul Martin et le ministre conservateur des Finances de l’Ontario Ernie Eves. Dans le concte des politiques d’austérité et de déconstruction de l’État-providence, les libéraux et les conservateurs ont cherché à «réparer» le problème des retraites en lavant les mains des gouvernements de la responsabilité de la protection sociale.

Depuis lors, RPC Investments est devenu le plus important fonds de pension au Canada avec un actif de plus de 400 milliards de dollars.

Bien-être extractif

Les investissements dans la privatisation des services d’eau représentent un cas classique de néocolonialisme par le biais de la finance, car le capital étranger capture des ressources naturelles et convertit une nécessité vitale en une marchandise.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), l’un des plus grands syndicats du Canada, a demandé à RPC Investissements de se départir d’Igua.

Mais au-delà de ce cas, nous avons besoin d’une dé-financiarisation totale de la retraite.

Un régime de retraite public financé par des taux plus élevés d’imposition des sociétés et des cotisations patronales pourrait réduire considérablement la dépendance à l’égard des investissements en capital et transformer la base financière de la retraite au Canada. Rétablir le RPC à ses racines en tant que programme gouvernemental, plutôt qu’acteur du marché, peut aider à atténuer ce problème.

Reste cependant la question de savoir comment faire en sorte que chacun puisse accéder à une retraite juste. En fin de compte, cela signifie décommodifier les choses nécessaires pour vieillir dans la dignité : le logement, la nourriture, les soins médicaux et les produits pharmaceutiques. Tant que ces nécessités de la vie sont liées au marché, il existe toujours un besoin de pensions élevées, ce qui à son tour crée un impératif pour des taux de retour sur investissement élevés. Une stratégie socialiste pour la réforme des retraites doit être liée à une vision plus large du bon vieillissement – ​​l’objectif ultime devrait être un monde dans lequel une retraite importante n’est pas nécessaire parce que les gens sont pris en charge.