L’Hindutva : l’idéologie nationaliste hindoue au cœur du pouvoir indien

Parade de volontaires du Rashtriya Swayamsevak Sangh à Hyderabad en novembre 2029 @ crédit photo kj1311 CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
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Hassan El-Khansa, correspondant

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi, à la tête du Bharatiya Janata Party (BJP), a conduit l’Inde vers une montée sans précédent du nationalisme hindou, connu sous le nom du hindutva. Cette dynamique s’accompagne d’une intensification des tensions communautaires, d’un durcissement législatif et d’une réduction progressive de l’espace civique, plaçant l’idéologie hindutva au cœur du pouvoir indien.

Idéologie ancienne, mais qui est devenue populaire

Idéologie conceptualisée par Vinayak Damodar Savarkar, dans les années 1920, l’hindutva définit l’Inde comme une nation fondamentalement hindoue, faisant de l’identité nationale un phénomène indissociable de la pratique religieuse. Longtemps marginale dans le paysage politique et social indien, elle est désormais largement dominante, depuis l’élection de Narendra Modi.

PM releases a specially designed commemorative postage stamp and coin during the centenary celebrations of the Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) at Ambedkar International Centre, in New Delhi on October 01, 2025.

Le RSS, Rashtriya Swayamsevak Sangh, est une organisation paramilitaire d’idéologie hindutva, fondée en 1947 et toujours active aujourd’hui. Le premier ministre indien en a fait partie durant sa jeunesse.

La législation à caractère nationaliste

L’influence de l’idéologie hindutva commence à se faire sentir en 2019, lorsque le gouvernement indien vote à deux reprises des réformes avec des motivations nationalistes et religieuses, quant à la citoyenneté et à un territoire contesté.

Le Citizenship Amendment Act de 2019 a amendé la loi de 1955 sur la citoyenneté, facilitant désormais l’obtention de la nationalité indienne pour les réfugiés installés en Inde, ayant fui des persécutions religieuses. Abaissant la durée requise de résidence de douze à six ans, l’amendement mentionne explicitement les réfugiés de diverses confessions, mais exclut les musulmans de ses dispositions, ce qui a suscité de vives réactions.

L’année 2019 a également vu l’État à majorité musulmane du Jammu-et-Cachemire perdre son statut d’autonomie spéciale. L’abrogation de l’article 370 et 35A de la Constitution indienne a révoqué son autonomie précédente sur ses affaires internes, étant doté de sa propre constitution et lois foncières. De 2019 à 2021, l’état a connu une période troublée incluant le déploiement massif de troupes militaires, l’imposition d’un couvre-feu, une coupure des médias et d’Internet.

Le Jammu-et-Cachemire craint désormais un changement démographique religieux, ayant vu de nombreux émigrants d’autres États indiens y obtenir un droit de résidence qui est facilité depuis la révocation du statut spécial que possédait précédemment l’État.

S’inspirant de l’idéologie hindutva, Modi avait fait l’abrogation de l’article 370 d’une promesse électorale dès 2014. Les élections de 2019 ayant donné une majorité écrasante au BJP à la Lok Sabha, soit la chambre basse du parlement indien, le premier ministre n’a pas attendu plus longtemps pour compléter son plan centralisateur.

Le façonnement de l’espace public et la suprématie hindoue

Outre les réformes législatives, la montée du nationalisme hindou voit également une transformation de l’espace public, accordant une place croissante au symbolisme hindou.

Plusieurs villes portant des toponymes d’héritage islamique ou moghol ont été renommées afin d’adopter des appellations à consonance hindoue. Les autorités justifient ces changements par une volonté de «décolonisation», un processus qui, selon elles, ne se limite pas à la période britannique, mais remonte aux conquêtes islamiques du sous-continent.

Cette reconfiguration de l’espace public ne se limite pas aux noms de villes et s’étend également aux lieux sacrés. Par exemple, prétextant qu’il s’agit du lieu de naissance de leur dieu Rama, les nationalistes hindous ont détruit le site de la Babri Masjid, une mosquée du XVIe siècle en 1992. En 2019, la Cour suprême a rendu un jugement historique, autorisant la construction d’un temple dédié à Rama, tout en attribuant un terrain séparé à la communauté musulmane pour y édifier une nouvelle mosquée. Le Ram Mandir, temple consacré à Rama, a été inauguré en 2024, constituant une victoire symbolique majeure pour Narendra Modi et le BJP.

L’éducation n’est également pas exemptée de la place croissante que prend l’hindouisme, les manuels scolaires étant désormais révisés pour mettre de l’emphase sur l’histoire hindoue et la civilisation indienne préislamique.

Les exhibitions religieuses ont toujours été monnaie courante en Inde. Désormais, ces festivals religieux atteignent une grandiosité record, de plus en plus de politiciens y participent. Ces festivals ayant longtemps constitué des célébrations religieuses et des moments de dévotion, ces derniers sont désormais politisés, démontrant la «force» de la nation hindoue.

Une haine organisée

Discours haineux, violences intercommunautaires, discriminations et marginalisation, polarisation politique, restriction des libertés religieuses; l’Inde traverse une période de tensions sectaires accrues.

Exercice militaire du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) au quartier général du Sangh, Reshimbagh Ground, à Nagpur, lors d’un camp national en mai 2011 @ crédit photo Ganesh Dhamodkar CC BY-SA 3.0 via WikiCommons

Le «love jihad», mythe selon lequel des hommes musulmans se marient à des femmes hindoues dans le but de les convertir à l’islam, est longtemps demeuré marginal, comme l’idéologie du hindutva, dont il est issu. Aujourd’hui, le terme est largement utilisé dans les discours des nationalistes hindous.

Les lois anti-conversion ayant été longtemps marginales parmi les États indiens, ces dernières ont connu une accélération significative depuis 2014. Bien que ces lois n’empêchent pas la conversion sur le plan personnel, ces dernières encadrent désormais de manière stricte leurs modalités. Dans plusieurs États, des mariages interreligieux ont été annulés par des magistrats, et des prêtres et pasteurs ont été arrêtés, accusés d’avoir mené des conversions par l’incitation ou la contrainte. Désormais, toute conversion dans les États appliquant ces lois doit être déclarée à l’avance aux autorités, pouvant également être suivie d’une enquête pour confirmer que celle-ci ne s’est pas faite sous la contrainte.

Plusieurs observateurs constatent la montée record des discours haineux et des violences intercommunautaires. Des lynchages ayant causé des morts se multiplient et sont davantage médiatisés qu’auparavant, ces derniers touchent particulièrement les minorités religieuses. Ceux-ci deviennent si fréquents que l’Inde traverse désormais une épidémie de lynchages, normalisés partiellement par la montée du BJP.

Des groupes autoproclamés de défenseurs des vaches bloquent des camions transportant des bovins sur les autoroutes et attaquent les transporteurs de marchandise. Ces actions affectent de manière disproportionnelle les communautés musulmanes et les hindous de caste Dalit.

Les deux dernières années ont enregistré un record de discours haineux en Inde. En augmentation de 13 % de 2024 à 2025, et de 97 % de 2023 à 2025, ces discours sectaires proviennent de diverses souches de la société : politiciens, groupes de nationalistes hindous, etc., et sont largement rediffusés sur les réseaux sociaux, ce qui a causé des émeutes et des lynchages.

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