Niger: Moussa Tchangari toujours en prison un an après

Niger: premier anniversaire de l'emprisonnement de notre camarade Moussa Tchangari

Peak of the Drum, de Wumight © The Niger Bend

Moussa Tchangari, militant altermondialiste de la première heure et secrétaire général de l’Association Alternative Espaces Citoyens est toujours en détention depuis un an au Niger. Cet ancien cadre de l’Union des scolaires nigériens (USN), journaliste est aujourd’hui un des acteurs de la société civile les plus en vue. Il  est une des rares personnes de la Conférence nationale souveraine à rester constant dans la défense de l’intérêt général et des principes démocratiques. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de l’association pour souligner sa détention depuis un an.

Au Niger, la société civile attend la libération de l’infatigable Moussa Tchangari

À 56 ans, Tchang, comme on le surnomme affectueusement au Niger arrêté chez lui il y a un an, a été de toutes les batailles. Ses amis se souviennent du militant qu’il était déjà au lycée puis, étudiant en philosophie, à l’orée des années 1990, dans la vague du mouvement scolaire qui allait renverser, non sans sacrifices en vies humaines, les héritiers du général Seyni Kountché et de son régime d’exception. Révolutionnaire, marxiste, très attaché au milieu kanouri, dans l’extrême est du Niger, qui l’a vu naître, Moussa Tchangari a participé à la Conférence nationale qui a fracturé le glacis du parti unique pour accoucher du multipartisme et de la démocratie. Les étudiants y étaient présents en nombre. Mais, très vite, Tchangari se consacre aux droits humains, fondant en 1991, avec d’autres, l’Association nigérienne de défense des droits de l’homme (ANDDH) qui a joué un rôle décisif dans les combats pour les libertés publiques jusqu’à la fin des années 2000.

Après une carrière de journaliste portée par une plume brillante et érudite, il crée en 1994 sa propre structure, entre éducation populaire et école militante : Alternative Espace Citoyens. Plusieurs figures des médias, de la société civile et même de la politique sont issues de ce creuset où ont fleuri des radios associatives, des films, des journaux et d’inlassables programmes de formation citoyenne.

Ce travail obstiné et intransigeant a valu à Tchangari plusieurs arrestations et séjours en prison au fil des régimes et de ses engagements : contre la vie chère en 2005, contre les arrestations arbitraires dans les villages de l’est du pays en butte à Boko Haram en 2015, contre la loi de finances de 2018, et, après le coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, contre les nouveaux dirigeants militaires et la menace qu’ils représentaient pour le pays. Cet épisode a traduit une rupture avec une partie de ses anciens camarades de combat qui ont, eux, applaudi la chute du régime socialiste au pouvoir depuis 2011.

Affiche anniversaire de l’arrestation de Moussa Tchangari © Alternative Espace Citoyens

Le 3 décembre 2025, au siège d’Alternative Espace Citoyens, une journée de solidarité et de mobilisation était organisée pour «célébrer l’intégrité d’un homme dont l’absence physique n’a jamais effacé la présence morale», selon les mots de l’activiste Kaka Touda. Arrêté il y a un an, de retour d’un voyage à l’étranger, Moussa Tchangari est détenu à la prison de Filingué et poursuivi pour apologie du terrorisme, complot contre l’autorité de l’État, association de malfaiteurs et intelligence avec une puissance étrangère ennemie. Accusations qui font sourire ceux qui suivaient ses flèches anti-impérialistes, bien avant le coup d’État, contre la France, son exploitation de l’uranium et son intervention militaire. «Le connaissant et connaissant ses engagements, on sait bien qu’il ne peut pas aller à l’encontre des intérêts du Niger», s’agace l’un des participants. Le tempérament, la longévité et le carnet d’adresses de Moussa Tchangari lui valent de solides soutiens à l’étranger. Reste qu’au-delà du sort particulier d’une personnalité hors du commun, un participant à la réunion déplore un rétrécissement spectaculaire de l’espace civique et un nombre d’arrestations de journalistes inédit depuis la libéralisation du secteur, en 1991.