
Vincent Janz, Communia
L’objectif de communia était et reste de porter la question de la socialisation – c’est-à-dire le transfert de secteurs économiques centraux vers la propriété collective – au-delà du secteur du logement vers d’autres domaines de l’économie, et ainsi de transformer les rapports de propriété eux-mêmes en un sujet politique.
La première grande conférence sur la socialisation, qui a réuni plus de 1 500 personnes à Berlin en 2022, a constitué une étape importante. La socialisation y a été discutée non seulement comme une revendication politique, mais aussi comme une stratégie et une perspective pour une transformation fondamentale du système économique. La conférence a fait connaître communia bien au-delà des cercles militants, comme la voix d’une nouvelle politique économique axée sur l’intérêt général.
Depuis lors, communia s’est imposée comme un groupe de réflexion progressiste, proche des mouvements sociaux. Avec une équipe en constante augmentation, l’organisation travaille sur des modèles scientifiquement fondés et applicables dans la pratique qui traduisent concrètement l’idée de socialisation. Son travail se concentre actuellement sur le secteur de l’énergie, identifié comme un levier central pour une transformation socio-écologique. Au cours des dernières années, communia a présenté des propositions politiques, juridiques et stratégiques sur la manière dont la production et l’approvisionnement énergétiques peuvent être socialisés.
Parallèlement à d’autres études et documents de réflexion, communia a également publié un document de synthèse j qui pour la première fois aborde d’un point de vue juridique la notion de moyens de production telle qu’elle est définie dans l’article 15 de la Loi fondamentale allemande relatif à la socialisation. Ce document examine dans quelle mesure cet article est applicable au secteur de l’énergie, tout en tenant compte du droit communautaire qui lui est supérieur.
Le résultat est clair : la socialisation de la production et de l’approvisionnement énergétiques est juridiquement possible, compatible avec le droit européen et pourrait être utilisée de manière ciblée pour faire avancer la transition vers une production énergétique écologique, tout en garantissant des prix énergétiques abordables pour les consommateurs.
Luxe public
communia cherche à traduire la dimension politique de la socialisation en une perspective sociale positive avec un narratif qui s’y attache. La notion de « luxe public » est ici centrale. Ce concept englobe l’accès inconditionnel aux biens qui non seulement rendent la vie possible, mais la rendent aussi digne d’être vécue – du logement, de la santé et de la mobilité à l’énergie, l’agriculture et les infrastructures numériques, en passant par les parcs publics, les piscines et une nature préservée.
Le « luxe public » correspond à une conception étendue des services publics. Il s’agit d’un contre-modèle aux tendances croissantes à la privatisation, qui organisent de plus en plus de domaines de la vie selon les principes du marché. Au lieu de cela, communia réclame une démocratisation audacieuse du domaine public et le retour des infrastructures centrales à la propriété collective.
On trouve même aux Etats-Unis des propositions axées sur le bien commun. À New York, par exemple, le nouveau maire Zohran Mamdani a présenté un projet inhabituel, mais qui a fait beaucoup de bruit : des supermarchés communaux. Dans les cinq arrondissements de la ville, un magasin géré par la municipalité doit voir le jour, sans but lucratif, avec des produits vendus au prix de gros. L’objectif est de faire baisser les prix des denrées alimentaires qui ont flambé. Deux tiers des New-Yorkais soutiennent cette idée.

Démocratisation
La socialisation n’est pas une fin en soi. Elle vise à soustraire les secteurs économiques essentiels au bien commun à la logique du profit privé et à les transférer vers une organisation orientée vers le bien commun. C’est la seule façon de relever les défis de notre époque – crise climatique, pandémies, inégalités et pauvreté croissantes, ainsi que la poussée de l’extrême droite – d’une manière socialement équitable.
Cela s’accompagne d’une démocratisation profonde de l’économie : la gestion des biens communs ne serait plus entre les mains des actionnaires et des investisseurs financiers,
mais serait contrôlée conjointement par les employés et la société. Le luxe public représente une approche concrète qui crée une sécurité économique pour toutes et tous et ouvre de nouveaux horizons à l’action politique : les possibilités d’une organisation collective et démocratique de l’économie et de la société.
Avec cette vision et de nombreuses études, expertises et documents stratégiques, communia souhaite faire avancer la démocratisation de l’économie. L’association travaille en étroite collaboration avec le mouvement social et se considère comme une interface entre la théorie et la pratique. L’année dernière, communia a ainsi organisé, en collaboration avec un large réseau d’organisations partenaires, une deuxième conférence nationale axée sur les possibilités de socialisation dans les domaines de l’énergie, de la santé, de la mobilité et de l’agriculture.
En outre, communia crée des espaces pour l’éducation politique, la mise en réseau et la coopération stratégique, par exemple lors du System Change Camp 2025 ou dans le cadre de coopérations avec des initiatives telles que RWE & Co. enteignen. L’objectif est de développer des approches orientées vers la pratique qui soutiennent les mouvements sociaux dans leur lutte pour une économie qui nous sert tous, car elle nous appartient à tous.
Traduit pour Europe Solidaire Sans Frontière par Pierre Vandevoorde







