Haïti: des professeurs d’universités veulent le changement

Le Nouvelliste, 27 septembre 2019

 

« Pour stopper le chaos dans lequel le pays s’engouffre, pour redonner espoir aux familles, aux jeunes, aux entrepreneurs, aux travailleurs, nous appelons le président de la République, les présidents des deux Chambres du Parlement, le président de la Cour de cassation et président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire à reconnaître leur échec collectif et à démissionner, en vue de permettre la mise en place d’une solution concertée », soutiennent un groupe de professeurs d’universités qui sont interpellés par l’état de dégénérescence de la situation.  Dans une note parvenue, le jeudi 26 septembre2019, à la rédaction du journal, ces universitaires appellent donc à une démission collective.  

« Le pays fait peur et nous sommes de nouveau la risée de la presse internationale qui se complaît avec l’image du pays maudit, incapable de relever les défis grandioses de son indépendance glorieuse. Nous avons échoué à donner à notre pays des institutions stables et sûres qui garantissent le respect de la volonté du plus grand nombre dans un souci d’équité et de partage », consternent les professeurs qui disent relever l’incapacité des trois pouvoirs à apporter des réponses aux revendications de bien-être et de justice exprimées sous des formes diverses par la population depuis plusieurs mois.

Conscients et interpellés par la conjoncture, les professeurs estiment, avant tout, qu’il s’agit d’une crise politique, sociale et économique. Leur constat est simple. « Les trois pouvoirs de l’État sont en crise ». Ils pointent du doigt notamment l’Exécutif qui, impliqué dans des scandales de prévarication, de népotisme, de conflits d’intérêts qui, disent-ils, reste sourd aux multiples revendications en faveur du procès PetroCaribe, de la lutte contre la corruption, contre le clientélisme et la cherté de la vie.

Les professeurs critiquent le pouvoir législatif qui s’est mis en marge des aspirations légitimes de la société et se retrouve décrié par la présence à la Chambre basse comme au Sénat de mandataires véreux qui se sont compromis dans des louches histoires de pots-de-vin et de trafics d’influence qui ne font pas honneur à leurs circonscriptions respectives. Ils dénoncent également le pouvoir judiciaire qui, écrivent-ils, est fort avancé dans sa décomposition, avec des juges à la compétence douteuse, des sentences données selon des principes qui nient les plus élémentaires des droits humains, et des mécanismes qui alimentent l’impunité et engendrent des règlements de compte.

A un niveau social, les professeurs observent que le pays est traversé par une vague de violence qui mine ses assises et fait régner la loi des brigands. La population est livrée à elle-même, et la police a failli à sa mission, constatent-ils. Ajouter à cela la faillite des institutions dont la CSC/CA, l’OPC, l’ULCC, l’UCREF, les parquets, qui n’ont pas su  jouer leur rôle de vigiles dans l’intérêt de la société.

Les signataires de la note endossée par les professeurs Ronald Jean-Jacques, Jean-Marie Raymond Noël, Odile Reiher et Jean-Marie Théodat évoquent la dégénérescence de la situation sur le plan économique.  « La monnaie nationale est en chute libre par rapport au dollar, les usines ferment les unes après les autres, les conditions pour attirer les investissements directs de l’étranger ne sont pas réunies, l’inflation est galopante autant que la détresse de la majorité de la population », écrivent-il, estimant hypothétique l’espoir d’un lendemain meilleur aux jeunes générations.

Les universitaires relèvent le déficit de crédibilité dont jouissent le Président, le Parlement, le système judiciaire auprès des diverses composantes de la société. Ils affirment prendre acte de la situation d’ingouvernabilité dans laquelle s’enfonce le pays chaque jour davantage, en raison de l’arrogance, du laxisme, de l’incompétence, de l’irresponsabilité et de la gloutonnerie des uns et des autres de ces trois pouvoirs.

En ce sens, ils appellent à la responsabilité des trois pouvoirs à un dépassement de soi. Ils invitent le président de la République, les présidents des deux Chambres du Parlement, le président de la Cour de cassation et président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire à reconnaître leur échec collectif et à  donner leur démission, en vue de permettre la mise en place d’une solution concertée à cette situation de chaos dans laquelle le pays s’enlise. Les professeurs annoncent qu’ils travaillent déjà à ce que l’institution universitaire joue pleinement sa partition en vue de faciliter la concertation.

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