La mémoire au service des luttes, par Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

Il y a 64 ans, le 7 mai 1954, le peuple vietnamien emportait la victoire de Diên Biên Phu contre l’armée coloniale française.

Cette bataille fut déclenchée le 20 novembre 1953 par une offensive française qui s’empare de la vallée de Diện Biên Phu tenue par les résistants vietnamiens. L’armée colonialiste construit immédiatement un aéroport et pendant 4 mois débarquent armes et munitions.

Tout le peuple vietnamien se mobilisa alors pour transporter le matériel militaire autour du site. Les canons et le matériel lourd sont démontés et transportés à dos d’homme ou à bicyclette par des petites pistes de montagne et à travers la jungle. Ils sont enfouis dans des grottes pour ne pas être détruits par les bombardements.

Le 13 mars les canons sont remontés et commencent à pilonner les positions colonialistes. Les fantassins vietnamiens assaillent les occupants en utilisant la technique de la vague humaine, certains n’hésitant pas à se faire sauter sur les barbelés pour permettre à leurs camarades de passer derrière eux. Des renforts français sont parachutés le 16 mars sous la direction du sinistre Bigeard.

Les combattants vietnamiens changent alors de tactique et adoptent celle du harcèlement permanent afin de limiter les pertes. Pendant tout le mois d’avril, les vietnamiens grignotent petit à petit les positions françaises et les encerclent entièrement. Le harcèlement de jour comme de nuit empêche que les soldats colonialistes ne se reposent. Il rend également impossible les relèves. Après plusieurs semaines de combat, l’armée française est contrainte de capituler.

La victoire du peuple vietnamien est issue de la mobilisation de tous ses enfants explique le général Giap :

Nous étions si loin de nos bases, à 500 kilomètres. Les Français étaient persuadés, forts de l’expérience des batailles précédentes, que nous ne pouvions pas ravitailler une armée sur un champ de bataille au-delà de 100 kilomètres et seulement pendant 20 jours. Or, nous avons ouvert des pistes, mobilisé 260 000 porteurs — nos pieds sont en fer, disaient-ils —, des milliers utilisant des vélos fabriqués à Saint-Étienne que nous avions bricolés pour pouvoir porter des charges de 250 kg. Pour l’état-major français, il était impossible que nous puissions hisser de l’artillerie sur les hauteurs dominant la cuvette de Diên Biên Phu et tirer à vue. Or, nous avons démonté les canons pour les transporter pièce par pièce dans des caches creusées à flanc de montagne et à l’insu de l’ennemi. Navarre avait relevé que nous n’avions jamais combattu en plein jour et en rase campagne. Il avait raison. Mais nous avons creusé 45 km de tranchées et 450 km de sapes de communications qui, jour après jour, ont grignoté les mamelons.

La victoire est saluée dans toutes les autres colonies. Surtout cette victoire galvanise les peuples colonisés. Quelques mois après, le 1er novembre 1954, c’est au tour du peuple algérien de prendre les armes contre le colonialisme français. Le leader nationaliste algérien Ferhat Abbas déclare à propos de cette victoire :

Dien Bien Phu ne fut pas seulement une victoire militaire. Cette bataille reste un symbole. Elle est le Valmy des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe. C’est la confirmation des droits de l’homme à l’échelle universelle. À Dien Bien Phu, la France a perdu la seule légitimation de sa présence, c’est-à-dire le droit du plus fort.

Un autre leader anticolonial algérien, Benyoucef Ben Khedda se souvient :

Le 7 mai 1954, l’armée d’Ho Chi Minh inflige au corps expéditionnaire français au Vietnam l’humiliant désastre de Dien Bien Phu. Cette défaite de la France agit en puissant détonateur sur tous ceux qui pensent que l’option de l’insurrection à court terme est désormais l’unique remède, la seule stratégie possible (…). L’action directe prend le pas sur toutes les autres considérations et devient la priorité des priorités.

Merci camarades vietnamiens pour ces sacrifices et cette victoire qui accéléra l’histoire de l’émancipation.

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