L’Afrique dans la transition post-capitaliste

 

Ameth LO

Présentation au panel « L’aurore de notre libération » dans le cadre de la conférence « La Grande Transition » tenue à Montréal du 17 au 20 mai, 2018.

 

La révolution Russe d’Octobre 1917, un événement d’une portée historique qui a ébranlé le monde, a fait l’objet de célébrations aux quatre coins de la planète.

Malgré les interprétations et appréciations diverses qu’il est possible d’avoir sur son déroulement et son impact, par rapport à son ambition originelle d’une transformation radicale de la société, il est indéniable que cet épisode a marqué durablement le cours de l’histoire.

Pour les peuples Noirs, cette révolution intervient presque un siècle après l’expérience réussie, de la première révolte massive et victorieuse des esclaves noirs d’Haïti en 1804, qui fut un jalon important dans le processus d’abolition de l’esclavage qui n’avait que trop duré.

L’érection de la première république noire dans l’hémisphère Nord, Haïti, fut le résultat d’un long processus de résistance face à l’oppression, avec des révoltes massives d’esclaves dans les plantations, en Jamaïque, au Brésil, et presque partout. Haïti continue de payer, à ce jour, le prix de son audace et de sa ténacité qui n’a jamais été pardonné par les tenants de l’ordre esclavagiste. Cette brèche ouverte allait contribuer plus tard, à la prise de conscience collective des Noirs.

En effet, ces évènements montraient que seule la lutte libère. C’est ainsi les Noirs jetèrent les bases du Panafricanisme, à partir de la Diaspora Africaine. Porté au début par des personnages tel que, l’éminent Marcus Mosiah Garvey, W.E.B Dubois, Edward Blyden et tant d’autres, la naissance de ce mouvement est concomitante avec les luttes des travailleurs et que des opprimés à travers l’Europe, qui culminaient avec l’avènement, de deux révolutions importantes :

  • la révolution française de 1789 ;
  • la Révolution Bolchevique d’Octobre 1917.

Vue sous cet angle, il est aisé de comprendre que, ces deux courants historiques, le mouvement communiste international et le Panafricanisme, aient créé des liens forts tissés par les écorces de misère et de la résistance. Ce qui n’a point empêché parfois des divergences, liées aux priorités ponctuelles et / ou stratégiques de ces deux courants de pensée.

Nous allons dans ce qui suit essayer de décortiquer la nature des relations entre ces deux courants qui se sont développés presque concomitamment sur une période de presque un siècle, afin de dégager des perspectives vers une transition pouvant déboucher sur l’avènement d’un monde plus juste, plus soutenable pour la survie de l’espèce humaine, et de notre planète. Bref, d’un monde meilleur, débarrassé des mécanismes de domination dont sont victimes les peuples noirs en général, situés majoritairement dans les pays à la périphérie du système capitaliste mondial, mais aussi certaines couches populaires dans les pays du centre.

 

Communisme et Panafricanisme : Une relation en dents de scie

D’emblée, il est nécessaire de situer la naissance du Panafricanisme, au sein de la diaspora Africaine, donc à l’extérieur du continent. Les conditions extrêmes auxquelles ont été confrontés les peuples noirs durant l’esclavage, sur une période de plusieurs siècles, allaient constituer le terreau fertile des prochaines révoltes dont surgira le Panafricanisme, en tant qu’outil idéologique de libération des peuples noirs opprimés. Ces millions de Noirs, ayant travaillé sans aucune forme de rémunération, donc gratuitement, sur des centaines d’années, ont rendu possible la révolution industrielle et l’accélération du processus de développement du système capitaliste mondial, à partir de ces bastions originels, d’Europe et d’Amérique du Nord.

De par son engagement pour la cause des opprimes et exploites le mouvement communiste international a eu, dès sa naissance à prendre acte et à se solidariser avec la situation des peuples noirs en lutte aussi bien dans le continent que dans des pays comme les Etats-Unis, où la ségrégation raciale était à son apogée de 1920 à1924. Des passages brefs dans les archives du Kominterm, font en effet mention, des luttes menées par les Noirs, aussi bien au sein de la diaspora, que dans les pays sous domination coloniale en Afrique. En fait, la déclaration émise par le mouvement communiste international sur la question de la libération Africaine était d’inspiration fortement Panafricaniste dans son approche, et était l’œuvre de délégués noirs qui étaient fortement influencés par le mouvement Garveyiste.

Cette position de principe connut cependant des fortunes diverses dans le temps, à l’épreuve des contradictions internes qui se sont développées à l’intérieur du camp socialiste, et de la complexité induite par les luttes menées par les mouvements de libération nationale, dans un contexte de guerre froide où les enjeux inter et parfois intra-blocs ont souvent pris le dessus sur les positions idéologiques de principe, relatives au soutien inconditionnel aux luttes d’auto-détermination des peuples colonisés. Ces luttes se sont intensifiées à partir de 1930 et se sont poursuivis jusqu’à la phase de décolonisation et la défaite de l’apartheid en passant par la montée du fascisme en Europe, et leur démantèlement dont l’issue des guerre anticoloniales en Afrique a joué un rôle important.

Une phase décisive fut cependant la participation massive des Africains à la libération de l’Europe des griffes hitlériennes, à travers les tirailleurs sénégalais, ces forces prélevées à travers toute Afrique de l’Ouest, et dont le courage et la contribution décisive n’ont jamais été récompensées à juste titre. Au contraire, le pouvoir colonial français, suite à une revendication de ces tirailleurs, pour récupérer leur solde de démobilisation après la guerre, un 1er décembre 1944, massacra des dizaines, voire une centaine de ces résistants, dans ce qui est connu aujourd’hui comme « Le massacre de Thiaroye», au camp de Thiaroye situé à quelques kilomètres de Dakar, la capitale du Sénégal.

Guerre froide, Mouvement de Libération Nationale et Solidarité Internationaliste

Un des précurseurs du Panafricanisme, qui a joué un rôle majeur au sein du mouvement communiste international, est George Padmore. Jeune étudiant aux Etats-Unis, originaire des îles de Trinidad & Tobago, il rejoint très tôt le parti communiste américain, et a pendant longtemps relayé les aspirations du Mouvement panafricaniste au sein de ce mouvement communiste. En étant détaché en Union Soviétique et en Allemagne comme cadre révolutionnaire, il se résolut cependant en 1934, à couper les amarres avec ce mouvement. Ceci à cause de divergences profondes, relatives à la question de la décolonisation des pays Africains, jusqu’ici sous le joug des anciens empires coloniaux, principalement, l’Angleterre, la France, le Portugal pour ne citer que ceux-là. En effet, l’intérêt du mouvement communiste, après les années 1930, à vouloir calibrer les enjeux liés à la décolonisation par rapport à ses propres intérêts spécifiques, dans son positionnement par rapport au duel mené contre le camp occidental, a fini par convaincre les progressistes panafricanistes sur la nécessité, de prendre leurs distances, et à développer une autonomie de pensée et d’action, guidée primordialement par les intérêts des peuples noirs sous domination. Bref, compter d’abord sur ses propres forces.

C’est dans ce contexte que Padmore, qui jusqu’ici avait réussi tant bien que mal à maintenir sur l’agenda du mouvement communiste, la question coloniale, décide de rentrer en Angleterre. Il y rejoint un ami d’enfance de longue date, CLR James, qui était aussi très actif aussi bien dans les cercles Trotskistes que dans la communauté noire basée à Londres.

En 1936, l’invasion Italienne du symbole que constituait l’Ethiopie (jusqu’ici seul pays africain, avec le Libéria, à ne pas avoir été colonisé), parvient à cristalliser dans les consciences de la diaspora Africaine basée en Europe, la nécessité non seulement de se mobiliser contre cette invasion, mais au-delà, d’accélérer l’organisation de mouvements nationalistes, d’orientation panafricaniste, pour hâter la fin de la colonisation.

Il faut noter qu’a la même période, les étudiants noirs en Europe étaient déjà très actifs et jetaient déjà les bases d’un ‘retour aux sources’, c’est à dire du retour en Afrique (culturellement et physiquement), pour la libération de leurs peuples. Parmi les plus en vue, et non des moindres, on peut citer le cas de la FEANF, basée en France (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire Francophone). Au Portugal, ce sont les étudiants, regroupés autour de la ‘Case Africa’, d’où seront issus plus tard, la majeur partie des leaders qui ont organisé et mené les luttes de libération nationale dans les ex-colonies portugaises de l’Angola, du Mozambique, de la Guinée Bissau, du Cap Vert (Edouardo Mondlane, Agosthino Neto, Amilcar Cabral).

En Angleterre, ce courant était porté par des personnes autour d’une structure nommée IASB (International African Service Bureau) autour de personnalités comme CLR James , Ras Makonen de la Guyane Anglaise, Jomo Kenyatta , le premier président du Kenya, Kwame Nkrumah , le père de l’indépendance du Ghana, à qui CLR James avait introduit auprès de Padmore… etc.

L’éclatement de la deuxième guerre mondiale finit par creuser le fossé entre le mouvement communiste et les Panafricanistes. En effet, la ligne officielle défendue par Moscou était de demander un ralliement à la guerre contre les forces Nazies et de reléguer à plus tard les luttes anticoloniales. (Il faut noter que jusqu’en 1941, l’URRS était diplomatiquement en phase avec l’Allemagne).

Il est évident qu’une telle position ne pouvait prospérer chez les panafricanistes, car la majorité écrasante des colonies Africaines étaient sous le joug non pas de l’Allemagne, mais plutôt ceux que Moscou considérait désormais comme ses alliés dans la lutte contre Hitler.
Encore une fois, les conditions concrètes du développement de la lutte, à l’échelle internationale, éclairaient les panafricanistes, sur la conduite à suivre et la nécessité de garder une certaines marge d’autonomie en essayant de se baser d’abord sur leurs propres forces pour se libérer, sans pour autant fermer la porte à des formes de solidarité internationaliste désintéressée.

Donc c’est plus tard, après la fin de la deuxième guerre mondiale, que des liens étroits et profonds de solidarité internationaliste se sont renoués pour appuyer les peuples africains en lutte contre les derniers bastions du colonialisme en Afrique. L’épisode du passage révolutionnaire de Che Guevara au Congo, avant l’expédition en Bolivie, bien que infructueuse, n’a pas empêché Cuba, de rester attaché à son désir ardent de soutenir l’Afrique, dans ses moment difficiles. En ce sens, la bataille historique de Cuito Cuanavale, avec les forces Cubaines combattant main dans la main avec les guérilleros des mouvements de libération nationale d’Afrique Australe, a réussi à défaire militairement l’armée du système raciste d’apartheid en Afrique du Sud, ouvrant ainsi la voix à l‘indépendance de la Namibie, à la libération de Nelson Mandela et à l’organisation des premières élections multiraciales en Afrique du Sud en 1994.

Auparavant, cette tradition s’est perpétuée à travers le rapprochement et la collaboration sincère entre Cuba et le Burkina Faso, durant la brève épisode révolutionnaire au Burkina Faso, sous la conduite de Thomas SANKARA et ses camarades entre 1984 et 1987.

Ainsi, la chape de plomb, que l’Afrique du Sud maintenait au-dessus des peuples africains (L’arme Nucléaire ayant été un des outils du régime de Botha), avec l’appui constant des puissances impérialistes du bloc de l’ouest (Etats-Unis / Europe), venait de subir une première défaite décisive. Défaite certes importante, mais pas encore finale, car les forces du grand capital, contrôlant les secteurs vitaux de l’économie sud africaine n’ont toujours pas été démantelées.

Cuba venait ainsi de démontrer à la face du monde, sa générosité légendaire, malgré ses ressources limitées et sa situation d’Etat assiégé par l’impérialisme Yankee. Cuba revivifia ainsi, plus de cinquante ans après, la vision première de solidarité internationaliste qui avait prévalu aux premières heures du mouvement communiste international, avec l’avènement de la révolution Bolchevique.

Auparavant, d’éminents progressistes et panafricanistes tels que Lamine Senghor (Sénégal) , Guarang Kouyaté (Mali) et Messali Hadj, avaient participé au congres de la ligue Anti-impérialiste (1927) à Bruxelles dont la présidence honoraire a été assurée par l’éminent scientifique Albert Einstein. Ce congres qui se voulait celui des peuples coloniaux sous domination de l’impérialisme, préfigurait déjà l’embryon d’un regroupement tel que le mouvement des non-alignés avec l’avènement de la conférence de Bandoeng en 1955. Celle-ci avait regroupé les leaders les plus en vue, en provenance de dizaines de pays Africains et Asiatique, dont Gamal Abdel Nasser (Égypte), Jawaharlal Nehru (Inde), Soekarno (Indonésie) et Zhou Enlai (Chine). Elle allait marquer un tournant décisif dans le processus de décolonisation des peuples du Sud.

Il faut noter cependant, que durant toute cette période de lutte anticoloniale menée par les mouvements de libération nationale à travers le continent, les rivalités idéologiques au sein du mouvement communiste, ont déteints négativement sur ces mouvements, qui parfois se sont comportés en porte-voix à tel ou tel courant. Ces mouvements nationalistes / panafricanistes/ progressistes africains, fragmentés en fonction des clivages idéologiques qui faisaient rage à l’intérieur du camp dit socialiste, ne parvenaient hélas pas à dépasser ses clivages, pour consolider toutes ces forces éparpillées, en un mouvement plus massif, capable d’aborder la phase de décolonisation profonde que nécessitait le passage de l’Etat colonial à des Etats indépendants. A ce jour, les séquelles de ces luttes continuent de constituer un handicape, face à l’urgence de fédérer les forces au sein d’un front uni capable de prendre en charge les enjeux du moment, face à un redéploiement agressif de l’impérialisme.

Les tentatives de mise en place, de front unitaire par les forces de gauche en Amérique Latine, devrait finir par convaincre les panafricanistes et progressistes, de la nécessité de surmonter les blessures des luttes de positionnement du passé pour ouvrir une nouvelle page dans un processus de lutte de nos peuples, à travers des cadres qui transcendent les espaces des Etats néocoloniaux. Le fait que plusieurs militants soient à cheval sur ces deux mouvements historiques, devraient constituer un atout, pour rassembler les embryons de forces panafricanistes et socialistes encore présentes. Une telle reconfiguration constitue un préalable fondamental pour aborder l’éventualité d’une transition vers de nouveaux horizons porteurs de progrès, et pourquoi pas une transition post-capitaliste. Mais quel est réellement l’état actuel de ce mouvement Panafricaniste et des forces socialistes et communistes, dans le continent et dans la diaspora ?

L’état actuel de la Gauche et du Mouvement Panafricaniste

D’emblée nous pensons qu’on ne peut contempler l’éventualité d’une transition, sans procéder auparavant à une évaluation rigoureuse de l’état réel des forces Panafricanistes et socialistes. En Afrique, le flambeau de la résistance anti-systémique à l’expansion du capitalisme a été porté, sur une courte durée, par les mouvements de libération nationale en Afrique Australe et dans les anciennes colonies portugaises. Des expériences prometteuses de transformation radicale allant au de-là de l’état néocolonial, allaient cependant se heurter aux déstabilisations sanglantes orchestrées par l’impérialisme par le biais de ses relais locaux. De Samora Machel au Mozambique, à Amilcar Cabral en Guinée Bissau, en passant par Steven Bantu Biko et Chris Hani en Afrique du Sud, Patrice Lumumba au Congo, l’impérialisme réussit à neutraliser temporairement tous les projets de transformation radicale. L’assassinat systématique de tout leader anti-impérialiste, finira par installer un vide, une période d’accalmie de plusieurs décennies au cours desquelles les institutions financières du grand capital ont repris du poils de la bête, démantelant petit à petit toutes les avancées ultérieures, fruit de sacrifices de vaillants patriotes solidement adossés aux valeurs du Panafricanisme et/ ou du Socialisme. La seule exception à cette longue période d’accalmie a été entrecoupée par le sursaut des forces progressistes menées par Maurice Bishop et le New Jewel Mouvement dans les iles Grenades (1979) et Thomas SANKARA au Burkina Faso (1984). La chute du mur de Berlin finit par assommer et désorienter d’avantages ces forces déjà largement affaiblies par des querelles internes de positionnement idéologique, et un ancrage insuffisant au sein des masses populaires Africaines.

Le parti communiste Sud-Africain, l’un des plus anciens du continent, a réussi cependant, à jouer un rôle important dans le processus de mise a mort du système de l’Apartheid (1994), en forgeant un partenariat fécond avec les forces nationalistes (ANC) et la classe ouvrière organisée autour de puissants syndicats tel que COSATU (Congres des syndicats Sud-Africains).

C’est dire donc, que l’état fragile des forces panafricanistes et socialistes, hyper-fragmentées en des forces embryonnaires, ne milite pas en faveur de l’émergence d’un mouvement capable de constituer un challenge sérieux à l’impérialisme tel qu’il existe actuellement. Des nouvelles luttes citoyennes concrétisées à travers les révoltes populaires ayant renversé les régimes de Ben Ali et Moubarak en Tunisie / Egypte, et de Blaise Compaore au Burkina Faso, surgira t’il de nouveaux leaderships capables de remettre le métier à l’ouvrage, pour l’érection de mouvements politiques suffisamment organisés et idéologiquement armés pour faire face aux menaces actuelles ? En attendant une telle éventualité, l’absence de mouvements d’avant-garde, suffisamment ancrés dans les masses, pourrait expliquer en partie l’échec de transformer ces différentes révoltes populaires citées plus haut, en véritable révolution.

L’expérience SANKARISTE

Dans la période ayant suivi l’épisode des mouvements de Libération nationale, l’exemple de la Révolution Burkinabé constitue sans nul doute le cas le plus pertinent d’une tentative de déconnexion du système colonial et / ou capitaliste. Une révolution puisant ses forces aussi bien dans ses orientations anti-impérialistes que dans ses inspirations profondément Panafricanistes.

Le Burkina Faso, ce petit État sahélien, situé dans la zone ouest-africaine et caractérisée par son extrême pauvreté, coincé dans une région souvent exposée à des cycles de sécheresse qui poussent ses populations vers des pays d’immigrations tels que la Cote d’Ivoire. Il fut longtemps le théâtre de secousses politiques résultant de la lutte acharnée de ses élites pour contrôler l’appareil d’État à des fins d’enrichissement personnel.

Des la proclamation de la révolution du 4 aôut, Sankara et ses camarades annoncent les couleurs en se solidarisant avec toutes les luttes des masses opprimées à travers le monde (la Palestine, le Sahara Occidental etc.), et invitent le peuple Burkinabé à retrousser les manches afin de jeter les bases d’un développement endogène autocentré, s’appuyant sur leurs propres forces.
Malgré son caractère éphémère (4 ans), elle continue de servir de modèle à la jeunesse africaine et du monde en quête d’un monde meilleur, marqué par des valeurs humanistes de solidarité dans la lutte contre l’impérialisme qui continue d’imposer par les armes ou par le chantage économique, ses méthodes néolibérales dévastatrices, synonymes de contrôle du monde par les tenants du capital financier international.

Cette alternative, vise essentiellement la satisfaction des besoins des masses africaines paupérisées par des décennies d’ajustement structurel, avec comme résultat, le paiement continu d’une supposée dette a des « bailleurs de fonds » véreux.

Malgré des difficultés réelles inhérentes a tout projet de transformation révolutionnaire, beaucoup de projets réalisés allaient transformer qualitativement les conditions d’existence des populations Burkinabé. Avec l’aide de quelques volontaires Cubains, plus de 2,5 millions d’enfants ont été immunisés en quelques mois contre des maladies infectieuses qui d’habitude faisaient des ravages chez les enfants en bas âge. Les taux d’accès à l’éducation sont passes de 12 à 22 % en l’espace de trois ans. En même temps une lutte acharnée a été menée pour contrer l’avancée du désert, a travers une campagne de plantation de 10 millions d’arbres.
L’événement qui a le plus marqué les consciences, et qui a contribué à un changement des mentalités des populations qui, jusqu’ici, étaient marquées par un ensemble de croyances issues d’un système féodal, fut l’avènement des « mercredi de la femme », visant a sensibiliser les hommes sur les dures conditions dans lesquelles les femmes se débattaient chaque jour pour assurer le maintien de la famille dans des conditions décentes. Sans cette transformation des mentalités, la révolution sera tout sauf populaire, car maintenant presque une moitié de la population dans les liens de l’asservissement.

Plusieurs digues de rétention d’eau, ont aussi permis aux populations rurales de pratiquer plusieurs cultures pendant l’année, accroissant ainsi leurs sources de revenu. La capitale Ouagadougou fut également complètement transformée avec la construction des cités de la révolution, et la réalisation d’un ambitieux programme d’assainissement des quartiers populaires, jadis des ghettos. Sur le front culturel, l’émergence du théâtre populaire et le cinéma ont permis de galvaniser les populations dans l’œuvre de reconstruction nationale.

Le dénouement de cette expérience fort prometteuse vers une transition postcoloniale, aussi douloureuse soit-elle, doit aussi nous amener à approfondir la réflexion sur la nature du cadre organisationnel le plus apte à mener à bien un tel projet de transformation radicale des sociétés africaines.
La construction d’un large front progressiste, adossé a un projet de société alternatif de transformation radicale de l’ordre capitaliste et / ou Néocolonial, nous semble incontournable. Ceci nécessite, de se départir de nos convictions dogmatiques qui souvent empêchent la recherche de consensus autour de l’essentiel, tout en contribuant à déstabiliser des initiatives louables (Burkina Faso, Grenada), en exacerbant de façon disproportionnée des contradictions souvent mineures et / ou secondaires.

Il faudra également mener une lutte systématique contre l’élitisme de forces petites bourgeoises issues de l’intelligentsia, déconnectées des masses et de la culture populaire, qui se complaît dans des combats théoriques, loin des préoccupations des populations. Enfin, il nous faut rompre avec le mimétisme consistant a vouloir plaquer des expériences spécifiques sur des environnements ayant leurs propres réalités historiques, même si des expériences ont une certaines dimension universelles etc.…

Vue sous cet angle, le renouveau actuel du mouvement Panafricaniste aussi bien a l’intérieur du continent que dans les Diasporas Africaines peut augurer de bonnes perspectives, si et seulement ci, il allie le travail de remobilisation des forces Panafricanistes avec les luttes populaires concrètes autour des enjeux auxquels sont confrontes les populations (accaparement des terres, accords de partenariats économiques, souveraineté monétaire, militarisation accrue, dégradation de l’environnent face aux changement climatiques etc.)..

Vers une transition post-capitaliste? Enjeux et Perspectives

Cent ans après l’avènement de la Révolution bolchévique, et cinquante après la fin du colonialisme formel, les défis pour l’émergence d’un monde nouveau, et la question de la transition vers une société post-capitaliste restent toujours d’actualité.
Apres une brève accalmie des luttes radicales, dans une période précipitamment décrétée par les idéologues du marché libre, comme la victoire finale du capitalisme, les contradictions inhérentes au mode de production capitaliste demeurent intactes, et continuent de poser les mêmes enjeux de fond qui conditionnent la survie ou non de l’espèce humaine. Cette période se caractérise par une détérioration rapide de notre système écologique, un approfondissement accru des disparités entre les différentes couches sociales, à l‘intérieur des pays et au niveau mondial, et ceci aussi bien dans les pays du Sud que dans les centres avancés du système capitaliste. En effet, le mode de production capitaliste, comme l’avait prédit Karl Marx d’ailleurs, a atteint ses limites et est aujourd’hui devenu un frein au développement de l’humanité. Plutôt que de libérer les travailleurs par une réduction significative de leurs heures de travail, la robotisation accrue est entrain de pousser des millions de prolétaires dans les armées des sans travail et du lumpen prolétariat.

En Afrique, enjeu fondamental pour le Panafricanisme et pour le monde, l’on constate un mouvement massif d’accaparement des ressources naturelles du continent, sur fond de militarisation accrue, avec la présence de dizaines de bases militaires étrangères, servant à protéger les intérêts géostratégiques des puissances impérialistes. La nature de l’Etat postcolonial, les enjeux sécuritaires de survie collective face à des mouvements dits djihadistes, qui bien souvent sont contrôlés par ceux-là même qui prétendent les combattre, doivent convaincre plus d’un, sur le caractère inachevé des processus d’indépendance. En réalité, les instigateurs de l’actuel pseudo-chaos organisé, sont plus dans une stratégie de « sapeurs pompier-pyromanes », toujours prêt à activer des forces tapies dans l’ombre. C’est ainsi que les forces impérialistes, dans leur stratégie de repositionnement, tentent de se rendre indispensable dans le continent, afin de mieux continuer à assurer leur présence effective, pour un contrôle plus efficace sur les ressources énergétiques immenses dont regorge le continent. L’accès presque gratuit à ces ressources, est indispensable au maintient de la qualité du niveau de vie dans les pays de la Triade (Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Japon).

Dans les caraïbes, les populations africaines de la diaspora voient leur dépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger s’accentuer de jour en jour, du fait des effets des changements climatiques, de l’avancée des mers, et de la salinisation des sols. Le tout dans un contexte économique contrôlé par une industrie touristique extravertie, entre les mains de grandes chaines de banques étrangères et de sociétés de bateaux de croisière. Sans compter les accords de partenariat déséquilibrés avec l’Union Européenne, qui continuent d’empêcher l’émergence d’une industrie locale capable de concurrencer les multinationales étrangères.

La reprise agressive de l’expansion de l’Impérialisme américain pour isoler d’avantage les pays dits émergents du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), dans une stratégie d’encerclement bien planifiée, tout en étalant ses tentacules en Afrique à travers l’installation de multiples bases militaires (AFRICOM,, bases militaires françaises, Allemandes, Turc , Chinoises..) repose l’acuité de la formulation d’une alternative crédible. Celle-ci doit être capable de penser le monde au-delà la société capitaliste contemporaine qui, bien qu’affaiblie par l’émergence de nouveaux blocs, brisant ainsi le monopole jusqu’ici exercé par cette Triade, ne s’effondrera pas d’elle-même.

D’un autre côté, le monde a enregistré au cours du siècle dernier, des progrès significatifs dans le domaine des connaissances scientifiques, qui, orientés vers les besoins cruciaux de la majorité de l’humanité, pourrait faire entrevoir l’avènement d’une société nouvelle, capable de révolutionner le monde du travail et par conséquent les relations sociales issues de la division du travail en cours.

Malgré ce potentiel de transformation qualitative, les progrès technologiques actuels, avec en tête la révolution en cours d’outils tels que l’Intelligence Artificielle, portent aussi les germes pouvant produire l’effet opposé, se focalisant essentiellement sur un contrôle accru et permanent sur les citoyens (cyber –surveillance et manipulation, minimisation du travail productif et mise en relief de la spéculation financière etc.… ), aussi bien sur le plan mental que physique, pour empêcher toute velléité de remise en cours de l’ordre dominant.

En un mot, la manière dont les récents progrès technologiques seront utilisés, détermineront dans une large mesure, la nature de la vie sociale dans l’ère post-capitaliste. Il convient dès lors, aussi bien pour les socialistes que pour les panafricanistes, de renouer avec les traditions radicales de lutte, à l’échelle transnationale, pour l’émergence d’une société nouvelle. Renouer avec les solidarités transnationales pour faire avancer la lutte des classes populaires opprimées. Cependant, pour la gauche euro-centrique, une telle éventualité passe par une reconnaissance du fait que des changements en profondeurs des rapports de forces à l’échelle internationale, induira forcement, ne serait-ce que dans une phase transitoire, une dégradation du niveau de vie dans les pays centre, jusqu’ici garantie par le seul fait du pillage systématique des ressources des pays du Sud en général et de l’Afrique en particulier. Cette gauche est-elle prête, pour une telle éventualité ? L’avenir nous édifiera.

D’un autre côté, ces luttes prendront forcément des formes nouvelles du fait de la capacité du système capitaliste de s’auto-ajuster en permanence pour survivre, d’où l’urgence pour les forces alternatives aussi de faire montre de la même capacité d’adaptation dans l’élaboration des tactiques et stratégies nécessaires pour atteindre ces objectifs.

Pour l‘Afrique et les Caraïbes, une telle transition passe nécessairement par un approfondissement du panafricanisme qui doit reposer l’urgence d’une avancée décisive vers la création de l’Etat fédéral, une fédération politique, entre l’Afrique et ses Diaspora, qui seule sera capable de contrecarrer les dynamiques de domination actuelle prenant avantage de la fragmentation de nos peuples dans des Etats néocoloniaux faibles, tous incapables, pris individuellement, à garantir les conditions de leur propre survie, ou d’avoir une marge de manœuvre suffisante pour bien négocier, de façon souveraine, les termes de leur insertion dans le système mondial. Une telle fédération offrira en plus aux frères et sœurs de la diaspora Africaine dans les pays du Nord, l‘opportunité d’un retour aux sources, en Afrique, si tel est leur désir, ou leur contribution sera décisive compte tenu de leur expérience quotidienne en tant que minorité noire opprimée dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord.

Toute autre approche demeure illusoire, et sera incapable de secouer sérieusement l’alliance formée par les bourgeoisies des pays impérialistes à travers leurs multinationales, en toute complicité avec les élites africaines en charger de gérer ses pseudo-Etats, et qui prennent leur propre peuple en otage, en jouant un rôle éternel de force supplétive, de position tampon, entre les forces dominantes du système capitaliste mondial et les classes populaires en lutte.

L’issue de ces luttes est loin d’être tranchée et augure d’une transition, dont le rythme des avancées, paraitra tantôt lente, tantôt rapide, mais dont seuls les peuples en lutte ont la capacité de générer le rythme de leur développement. En définitive, s’il y’a une certitude, c’est celle qu’avait énoncé y’a de cela quelques décennies l’ancien président Burkinabé, le révolutionnaire Thomas SANKARA, que « Seul la lutte Libère ».

Ameth LO, GRILA Toronto (Groupe de Recherche et d’Initiatives pour la Libération de l’Afrique)

 

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