Lettre ouverte au Gouvernement Canadien sur l’élection de Bolsonaro au Brésil

Lettre adressée au gouvernement canadien par 35 organisations québécoises, canadiennes et internationales concernant l’élection du Bolsonaro à la tête du Brésil.

Nous, le Coletivo Brasil-Montréal et les organisations canadiennes et internationales signataires de cette lettre, tenons à exprimer par la présente notre profonde préoccupation quant au non-respect de la loi électorale brésilienne durant la campagne présidentielle 2018 au Brésil. Nous vous écrivons afin de vous demander d’interpeller le gouvernement brésilien afin de garantir un processus démocratique et l’application de la loi électorale du pays.

Les faits

Le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, qui est à la tête de tous les sondages électoraux pour le deuxième tour des élections présidentielles qui auront lieu le dimanche 28 octobre prochain, fait preuve, par le biais de ses propos et de son programme politique, d’une grande hostilité envers les femmes, la communauté LGBTQ+, les personnes racisées, les peuples autochtones et les communautés pauvres du Brésil. Il faut souligner que sa victoire au premier tour des élections présidentielles, le 7 octobre dernier, plusieurs cas d’agressions physiques et même des homicides envers ces groupes ont été signalés sur tout le territoire brésilien. « Les minorités doivent s’incliner devant les majorités. Les minorités s’adaptent ou disparaissent tout simplement », a-t-il déclaré en février 2017. Depuis le 7 octobre, les brésilien.ne.s ont pu témoigner d’une cinquantaine de crimes qui visaient des personnes ayant manifesté publiquement leur opposition à Bolsonaro et/ou faisant partie des groupes ciblés par les propos haineux du candidat. Certains de ces actes ont été revendiqués ou salués par des partisans de celui-ci. Bolsonaro a aussi directement menacé le journal qui a exposé le scandale du financement illégal de sa campagne électorale par des entreprises «Nous allons gagner cette guerre. Folha de S. Paulo, vous n’aurez plus droit à la manne publicitaire du gouvernement». Son programme menace les avancées politiques, économiques, sociales, environnementales et culturelles obtenues au cours des quatre dernières décennies.

L’éventuelle élection de Bolsonaro, la semaine prochaine, créerait deux précédents d’un grand danger pour la continuité de la démocratie brésilienne. Premièrement, les informations publiées par le Journal Folha de S. Paulo dénoncent ce qui constituerait un délit électoral grave qui aurait été commis tout au long de la campagne de Bolsonaro. Selon la révélation du Journal, au moins quatre entreprises auraient dépensé des millions de dollars pour payer des services de distribution en masse de faux messages au profit de Bolsonaro, par le système de messagerie instantané via réseau mobile Whatsapp. Ces services de diffusion auraient utilisé des listes de contacts fournies par le candidat, mais auraient également acheté des bases de données d’utilisateurs. Il est important de souligner qu’en 2017, la Cour suprême fédérale (STF) a statué que le financement de campagnes électorales par les entreprises constituait un crime et que, par conséquent, la candidature de Bolsonaro entraînerait un cas typique de «caisse noire», vu que non déclaré à la justice électorale justement pour essayer d’occulter les fonds de cette campagne.

Deuxièmement, les propos du candidat qui incitent à la violence contre les femmes, les minorités visibles et les mouvements sociaux en général frôlent l’illégalité puisque la loi brésilienne punit la diffusion de ce genre de propos haineux, notamment lors d’une campagne présidentielle. Bolsonaro a plusieurs fois déclaré que le Brésil n’a jamais vécu une période de dictature. En plus, lors du vote de destitution de l’ex-présidente Dilma Rousseff, il a rendu hommage au colonel Ustra, tortionnaire de la dictature «À la mémoire du colonel Brilhante Ustra, la terreur de Rousseff». Le 21 octobre, il a envoyé un message téléphonique diffusé en écran géant à ses partisans rassemblés à São Paulo où il disait que, s’il était élu, tous les «rouges» devraient quitter le pays ou aller en prison. «Le nettoyage sera beaucoup plus ample», a-t-il déclaré faisant référence à la dictature qui, selon lui, a commis l’erreur «de torturer sans tuer» ses adversaires. Bolsonaro a aussi déclaré qu’il préférerait voir son fils mort à ce qu’il soit homosexuel et qu’il n’accepterait pas que son fils vive avec une femme noire.

En ce qui concerne la sécurité publique, au lieu de proposer de nouvelles mesures et politiques, Bolsonaro a toujours défendu l’armement des citoyens. Il considère que l’État devrait donner des garanties juridiques lors d’actions violentes de la part de la police, mesure connue sous le nom de «permis de tuer».

Bolsonaro a déjà déclaré que, comme les États-Unis, le Brésil se retirera de l’accord de Paris sur le changement climatique, ce qui, dans le cas brésilien, pourrait provoquer une une vague de déforestation. Son arrivée au pouvoir serait donc un frein majeur à toute politique internationale ambitieuse en matière de défense de l’environnement et de préservation de la paix.

Contexte national

En 2016, le gouvernement actuel du Brésil, par le biais de coupures et d’affaiblissement des infrastructures, a entamé un processus de démantèlement de l’ancien Ministère des droits humains et du Programme de protection des défenseurs des droits humains. Des zones rurales aux zones urbaines, l’État brésilien a systématiquement échoué à protéger les victimes de violence et les personnes menacées. D’ailleurs, on rapporte que toutes les 25 heures a lieu une mort violente de personnes LGBTQ+. Dans le case des femmes, il est important de mentionner que ce sont elles les plus touchées par la violence dans le contexte d’activisme, ce qu’Amnistie internationale décrit comme étant une double discrimination.

Considérant cette situation et le fait que le gouvernement canadien cherche à prioriser les droits humains et la démocratie, nous espérons qu’il fera usage de l’influence qu’il a sur ses alliés au sein du gouvernement brésilien, de par leurs nombreux partenariats commerciaux. nous demandons donc que le Canada interpelle le gouvernement brésilien sur les points suivants:

  • Que l’État brésilien garantisse un processus électoral démocratique, rigoureux et transparent, en respect de la Loi électorale en vigueur dans ce pays. Dans le cas échéant, que les mesures judiciaires requises soient prises.
  • Que le Canada exprime sa profonde préoccupation face à la situation critique générée par les discours haineux du candidat du PSL, Jair Bolsonaro, qui incitent à la violence contre des populations déjà fortement discriminées.
  • Que le Canada affirme son engagement envers les valeurs démocratiques, en exigeant que son homologue brésilien respecte les droits humains, les droits des femmes et des minorités, tels que stipulés dans la constitution fédérale du Brésil et dans les multiples traités internationaux en matière de droits humains auxquels il a adhéré.
  • Compte tenu du climat de répression policière et militaire pendant la campagne électorale, que le Canada reste vigilant lors des prochaines élections au Brésil, afin qu’il y ait un processus électoral respectueux des droits humains, de la libre-expression et de la loi électorale.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à ces demandes,

Cordialement

Signataires
Coletivo Brasil-Montréal
Comité pour les droits humains en Amérique latinel
Alternatives
Common Frontiers
Conseil central du Montréal métropolitain – CSN
Friends of the MST in Canada
The Bishop’s University Social Justice Collective
Centre Internationaliste Ryerson Fondation Aubin (CIRFA)
Plateforme altermondialiste
Nouveaux Cahiers du socialisme
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)
Mouvement contre le viol et l’inceste
Women of Diverse Origins / Femmes de Diverses Origines
UNION PAYSANNE
Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG)
Centre de recherche – Éducation, environnement, écocitoyenneté
Fédération des femmes du Québec
Femmes Autochtones du Québec Inc
Collectif Opposé à la Brutalité Policière (COBP)
Latin American and Caribbean Solidarity Network – LACSN
Comité de Solidarité/Trois-Rivières
ATTAC-Québec
Réseau Québécois Groupes Écologistes
Conseil régional FTQ Montréal métropolitain
Leap Montreal
Climate Justice Montreal – Justice Climatique Montréal
Réseau d’études latino-américaines de Montréal (RELAM)
Équipe de recherche interuniversitaire sur l’inclusion et la gouvernance en Amérique latine (ÉRIGAL)
Concordia University’s Lab for Latin American and Caribbean Studies (LLACS)
Due Process of Law Foundation (DPLF)
Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (Fneeq-CSN)
Groupe de recherche sur l’enseignement du théâtre de l’UQÀM (GRET)
GRAIN
Comité pour la Libération de Milagro Sala -Montréal

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